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28.05.2008
PEILLE, VILLAGE DE LÉGENDE ET DE TRADITIONS
Le festin des baguettes se déroule à Peille, situé au Nord de Nice, le 1er Dimanche de Septembre. L’origine de cette coutume où la jeune fille offre une baguette enrubannée à son danseur ou à son fiancé se confond avec la légende.
En 1357, Peille se trouva brusquement privé d’eau, l’unique source qui l’alimentait ayant brusquement disparu au cours d’un éboulement. La vie était donc devenue pénible au village, les citadins étaient contraints d’emporter, depuis les campagnes éloignées, leur provision d’eau.
Le Seigneur de la cité s’en trouvant fort affecté, convoqua aussitôt un jeune berger dénommé « Gioanin » auquel on attribuait de larges dons de sourcier et même de sorcier. N’avait-il pas prédit quelques années auparavant un terrible orage qui devait décimer tout un troupeau de chèvres ?
La matin même de la catastrophe, il refusa de conduire le troupeau sur les pentes du Baudon. On l’invectiva d’abord, mais on regretta ensuite de ne pas l’avoir écouté, de nombreuses chèvres ayant été foudroyées.
Fort de ce succès, le Seigneur le pria d’exercer ses dons afin de rendre à la communauté cette source, cause de tous les malheurs. La pâtre hésitait, était-ce une vengeance des « Forces souterraines » envers les Peillois qui n’avaient pas tenu compte de ses prédictions ?
Comprenant la gravité du moment, Roussetta, la fille du seigneur, un rameau d’olivier à la main, s’avança vers lui : « Gioanin, lui dit-elle, prends cette baguette, devine-nous la source, je te promets en échange ... mon coeur ».
Convaincu par cette douce proposition, le berger se décida. Saisissant la baguette magique, il fit quelques pas dans les rochers, s’arrêta. Miracle ! la baguette vibra et tourna, indiquant la circulation souterraine de l’eau.
« Creusez ici, à quelques mètres, vous trouverez l’eau ». Les travaux commencèrent aussitôt. Effectivement, quelques jours après, l’eau fut retrouvée, et d’ailleurs, de nos jours vous pouvez encore la déguster sur la place de la République, ex-place de « l’Aïga », elle est fraîche et légère ...
Roussetta tint ses promesses et pour fêter cet heureux événement fut créée la fête des Baguettes, que nos deux héros présidèrent longtemps.
La fête de la pomme fleuri ou « poum » qui était autrefois une pomme remplacée aujourd’hui par une orange se célèbre au 1er Janvier. Le curé et l’abat-mage (ou premier commissaire élu de la fête) présentent aux garçons une orange dans laquelle il pique une branche de buis, une fleur de néflier et des œillets. Chaque garçon offrira le « poum flourit » à la jeune fille de son choix.
Sur la place Saint Roch, on chante, on danse et on fait circuler des paniers d’oranges fleuries. Ce n’est plus forcément de leurs fleurs naturelles car on pique à l’endroit du pédoncule aujourd’hui, souvent, un bouquet des fleurs de saison : giroflées et les traditionnels œillets ou buis. On enveloppe chaque orange selon le rite, d’une feuille de bibassier (ou néflier du Japon).
Au cours du bal, lorsque les couples sont saisis par le démon de la danse, tout à coup, un commandement est lancé qui les arrête net : « Grand rond ... grand rond ...! » et c’est alors « lou rodou » qui se forme. Filles et garçons font cercle autour de la place en se tenant par la main, et les corbeilles d’oranges fleuries leur sont alors présentées à la grande joie de tous.
D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes » (Equinoxe-éditions Saint Rémy de Provence), pour commander cet ouvrage dédicacé de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé :
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21.05.2008
VALLÉE DES MERVEILLES, DES SORTILÈGES AUX MALÉFICES
La tradition a conservé pour ces sites étranges ou merveilleux des noms évoquant les sentiments divers partagés par les audacieux qui s’y hasardaient.
Que de fantasmes sont nés de ces paysages sauvages inaccessibles une grande partie de l’année, de ces roches abruptes dominant des déserts de pierrailles battus par les vents et les orages, de ces figures insolites tracées sur la pierre !
Ces appréhensions, ces craintes se sont concrétisées dans des dénominations révélatrices qui ont véhiculé jusqu’à nos jours les mentalités des premiers visiteurs.
A ce titre, ces noms de lieux constituent des vestiges spécifiques à la Vallée des Merveilles, capables de fournir des informations sur son passé et sur les frayeurs qu’elle a fait naître.
Nous classerons cette toponymie en trois groupes : le premier relevant du culte ou de la peur inspirée par le site, le second des pratiques pastorales et le dernier des termes descriptifs.
Centre de gravité sur lequel pivotent toutes les exigences culturelles de la région : le Bégo a vu son nom décliné dans toutes les langues. De Bégum venant du radical Beg, signifiant seigneur en indo-européen, il est devenu Bekkos, dieu chez les Grecs, Baigorix avec le même sens chez les Celtes, Bog chez les Russes et même Bâga en mongol, l’étymologie étant toujours d’origine divine.
Plus prosaïquement, nous proposerons : Bégo, du gaulois becco ou bec, pointe, sommet. Mais la filiation des deux termes reste la même : Beg, radical signifiant le dominateur, le sommet ou le dieu.
Bobba appuie son explication sur une légende selon laquelle une divinité rustique Bekkos, correspondant au Pan des latins, aurait présidé la religion du Bégo dans l’Antiquité…
Dans l’esprit du culte taurin répandu à la préhistoire, il est bon de signaler : la Cima del Toro dominant le chemin d’accès, depuis la vallée du Gesso et le Piémont par le col de Sabion. Il existe plusieurs exemples en rapport avec les cornes, thème majeur des Merveilles, mais aussi attributs caractéristiques du Diable.
Le premier est situé sur le chemin de Transhumance (draille) s’ouvrant vers la Provence dans le massif de l’Authion, il s’agit des Mille-Fourches, voisinant le quartier de la Forcat qui en confirme l’étymologie.
Dans la même vallée, le lac Forcat ou Fourcat reprend cette idée du fourchu.
Plus explicite encore, la pointe de la Corne du Bouc retient la même notion, elle fait face aux pentes sud du Bégo. Le même animal cornu est repris à proximité du col de Sabion, avec la cime et le col Vei del Bouc (d’où l’on voit le Bouc).
Ne figurant plus que sous son nom de col de Tende, la grande porte alpine conserva jusqu’au XVII ème siècle l’appellation de col de Cornio, en relation avec le site voisin des Merveilles où pullulaient les insignes d’un culte en forme de cornes ou peut-être en souvenir du terrible brigand Jean de Cornio, détrousseur des voyageurs franchissant ce passage.
Ces terres minérales, aux cimes effrayantes, forment une zone métallifère exceptionnelle, porteuse d’uranium radioactif, chargée d’oxydes teintant les roches et de plus propres à attirer la foudre tout comme à dérégler les boussoles !
Les influx émis par ces propriétés du relief ne pouvaient que troubler les visiteurs de ces lieux déjà sous le charme du décor.
En ce qui concerne les anciennes frayeurs dégagées par ces paysages, la liste en est abondante : le col, la cime et le lac du Trem (tremblement de terreur), près de la cime du Diable, le mont del Frisson au-dessus du vallon du Sabion, le val d’Enfer, la cime du Diable (Testa del Inferno en italien), la Valmasque (vallée des sorcières jeteuses de sort), le val et la cime des Merveilles avec ses sortilèges et ses maléfices où la beauté fascinante côtoie les pires dangers.
Plus haut dans le nord, le mont Matto (le mont fou), la cime de la Maledia (la malédiction) ajoutent leurs épouvantes à la Rocca de l’Abisso (l’abîme).
Plus anecdotiques, la cime et le col des Verrairiers (des gens sincères) rappellent les châtiments qui menaçaient les menteurs pénétrant sur les terres du Diable.
Provocateur et téméraire, le mont Sainte Marie se dresse au nord du Bégo pour faire échec au paganisme. Couronnant le val d’Enfer criblé de lacs, le mont Macruère recèle dans ses syllabes le sens de la cruauté associée au sang, mais garde le secret de ses origines.
Le second groupe où transparaissent les pratiques pastorales nous offre : Le Chanvrairée ou Cianvraireo (plateau des chèvres), l’Arpette (l’alpage), les monts Agnel et Agnelet (agneau et berger), la cime de la Nauque (auge abreuvoir) sans compter les multiples gias (bergeries).
Plus classique le dernier ensemble présente les termes descriptifs habituels : lac noir, vert, carbon (charbon), la cime de Chamineye (couloir, ravin, cheminée), cime de la Charnassère (forêt), cime du Scandail (escandail, balance romaine), cime de la Lusière (billante, luisante, lumineuse), lac de l’Huile aux eaux figées et dormantes comme l’huile, Valaurette (petite vallée ventée, pour certains vallée dorée !), cime du Capelet (de cap, pointe), mont Paracouerte (pierre couverte : dolmen non repéré), Peyrafica (pierre plantée, fichée : menhir à retrouver), Ciappe ou Chape (roches lisses), vallon du Caïros (éboulis de pierres).
A cette dernière série, nous pourrions associer les noms dérivés des récits ou légendes mettant en scène tour à tour : la muette (de peur ?) du lac de la Moute (muta) ; un habitant de Saorge, proche village de la Roya, dans le lac Saorgine ; le bât d’un mulet perdu dans le lac du Basto, ainsi que la fontaine blanche
( comme l’albâtre) de la Fontanalbe.
Ce bref coup d’œil sur une toponymie pittoresque née des angoisses du passé serait incomplet sans la découverte des contes, fables et autres histoires, découlant de ces lieux impressionnants, propres à frapper l’âme humaine.
D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
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14.05.2008
LES TEMPLIERS A NICE, LEURS POSSESSIONS, 3éme partie
Aujourd’hui encore appelée et visitée par les touristes comme l’église des Templiers, Saint Michel de Gast, lassée M.H., mérite que soit rappelée ses origines authentiques.
Seul Moris a attribué cette église aux Templiers dans son livre « Au Pays Bleu ». Dans sa monographie sur Roquebillière, J. Musso rappelle : « C’est à Gastum que l’ancienne église de Roquebillière est donnée en 1141, par Pierre évêque de Nice, à l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Le quartier dénommé aujourd’hui Plan de Gast reçu ainsi l’église Sainte Marie du Gast devenu ensuite la paroisse Saint Michel ».
L’auteur se réfère au « Cartulaire de l’ancienne cathédrale de Nice » de Caïs de Pierlas. Il rappelle que les chevaliers Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, furent ensuite, au gré de leurs exils successifs, chevaliers de Rhodes, puis en 1550, lorsque Charles Quint leur céda l’île de Malte, chevaliers de Malte.
Cité en 1338 comme siège d’une maison des Hospitaliers avec son église de l’Ordre, Roquebillière où sont cultivés 100 séterés de terre, fournissait à l’Hôpital 200 séterés de seigle. Avec possession d’un moulin arrenté, des dîmes prélevées sur le blé, la récolte du raisin (20 saumées de vin), l’élevage d’agneaux, ces gens et services divers, cette riche commanderie apparaît comme la troisième de l’Ordre dans le bailliage de Nice.
Comme ces biens appartenaient en propre aux Hospitaliers depuis le XII ème siècle, il n’est pas question dans cette localité d’une présence des Templiers.
L. Dailliez cite Roquebillière comme l’un des premiers prieurés de l’Ordre des Trinitaires que fonda Jean de Matha, en citant le cartulaire général de cet Ordre. Si rien ne s’oppose à la présence d’un prieuré trinitaire, l’église Saint Michel de Gast appartint incontestablement aux Hospitaliers.
Saint-Martin-Vésubie : Au pied des cols franchissant la chaîne alpine pour rejoindre la fertile plaine du Piémont, ce joli bourg médiéval, jadis nommé Saint Martin de Lantosque, est souvent cité comme une importante place templière.
La Haute Vésubie est dominée au Moyen-Age par la famille des Garac, mentionnée en 1067 comme détentrice du château de Venanson. Ces feudataires fondent dans la vallée une église dédiée à leur saint patron Saint Martin, confiée au monastère bénédictin de Saint-Dalmas-de-Valdeblore.
La paroisse regroupe un village protégé par un château, signalé en 1232.
Plus tardive, l’hypothétique présence templière est surtout attestée par la possession d’un hospice et de la chapelle de la Madone de Fenestre, construits au VIII ème siècle par les bénédictins, puis cédés vers 1147 à l’Ordre du Temple jusqu’en 1308.
Situé au pied du col de Fenestre, le plus bas de la chaîne de montagnes environnantes, cette maison va devenir un sanctuaire important à la suite d’une apparition de la Vierge matérialisée et vénérée ensuite par une statue du XIII ème siècle.
La tradition fait de Saint Luc l’auteur de cette statue en bois de cèdre du Liban apportée d’Orient par les Templiers.
L’arrestation des frères de l’Ordre et leur mort après d’atroces supplices, alors qu’ils veillaient pieusement sur l’hospice en accueillant charitablement les pèlerins, apparurent comme autant de maléfices, à l’origine d’effroyables légendes. Ces récits populaires admettent, qu’impitoyables et vindicatifs, les spectres des malheureux Templiers assassinés, persistent à hanter les abords désolés du sanctuaire.
Là encore objet de polémique, la présence du Temple à Saint-Martin-Vésubie mérite qu’on s’y arrête, en citant les sources soutenant cette thèse et les objections soulevées par ses détracteurs.
Durante est clair lorsqu’il affirme : « A Saint Martin de Lantosque – Raymond Bérenger IV, Comte de Provence, accorda aux habitants le privilège d’y établir une foire annuelle où les marchands de la Provence et du Piémont venaient acheter les bêtes à laine et vendre leurs denrées. Au profit que donnaient ces échanges se joignaient les produits agricoles obtenus par l’établissement des Templiers.
Ces moines chevaliers y acquirent des terres considérables, s’enrichirent par des défrichements étendus et leur exemple encouragea cette population à chercher dans la culture d’un sol vierge de nouvelles sources de prospérité.
Une pieuse inspiration décida l’abbé Hugues Régaldo à fonder, près du col de Fenestre un hospice destiné à secourir les pèlerins et les voyageurs au passage périlleux de cette montagne. Il y fit bâtir un sanctuaire dédié à la vierge des Grâces et décoré de la statue moresque d’une madone rapportée de Palestine.
Lorsque l’Ordre des Templiers fut supprimé, l’hospice avec ses dépendances passa sous la juridiction du chapitre de la cathédrale de Nice, acte du 13 mai 1343 ».
L. Raiberti dans ses écrits sur l’histoire de Saint-Martin-Vésubie et de la Madone de Fenestre insiste sur la fondation bénédictine de l’hospice au VIII ème siècle, devenu sanctuaire après l’installation de la statue attribuée à Saint Luc. Celle-ci transportée en Provence par Marie Madeleine dans sa retraite de la Sainte Baume, aurait été transférée à Fenestre au XII ème siècle par les Templiers.
Selon ce même auteur, Fenestre cité dès 1130, verra s’édifier une église dédiée à Sainte Marie vers la fin du XII ème siècle. Passant des Templiers aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem puis au XIX ème siècle, au chapitre de Nice, le sanctuaire deviendra « commanderie ».
La légende la plus courante prétend qu’en 1308, une troupe d’hommes d’armes pénétra dans le sanctuaire de Fenestre où elle surprit et mis à mort une quinzaine de chevaliers du Temple. Ils auraient été décapités et enterrés dans les décombres de l’église.
Lorqu’au XVIII ème siècle, on retrouva leurs squelettes, avec les têtes séparées des corps, cette tragique découverte remis en mémoire la malédiction qui pesait sur ces lieux.
Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui fréquentant la région, prétendent avoir vu les fantômes des chevaliers à la croix pattée, errer sur les sommets environnants nimbés de brouillard.
Avec la volonté de démystifier une présence templière qu’il se refuse à admettre, L. Dailliez ne voit à Fenestre qu’un sanctuaire bénédictin où l’on venait adorer une représentation de la vierge peinte par Saint Luc (document de 1136).
Il confirme : « Là encore nous n’avons aucune preuve d’une possession templière, tandis que le contraire est flagrant ».
J.A. Durbec va dans le même sens, en insistant sur le fait que les Hospitaliers, héritiers du Temple, n’avaient aucun droit à Saint-Martin-Vésubie au début du XIV ème siècle : « ce qui enlève toute vraisemblance à une présence antérieure du Temple dans cette localité, partant à l’authenticité des «vestiges »qu’il y aurait laissés ». Prudent, il laisse tout de même planer le doute, en classant Saint-Martin-Vésubie dans les « cas incertains ».
Insensible à ces supputations, la vénérable statue de la Vierge Mère, richement ornée, persiste à attirer les foules tout particulièrement au grand pèlerinage du 15 août.
Depuis 1846, la Madone voyage chaque automne jusqu’à l’église du village, elle remonte ensuite au début de l’été avec les transhumants vers son sanctuaire, pour y apporter la paix et exorciser ces lieux infestés de douloureuses présences.
D’après «Les Templiers en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
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13.05.2008
LE DIABLE EN PROVENCE ORIENTALE
Seule l’antinomie a pu créer le Diable, aussi immanquablement son image s’est altérée avec l’évolution des mentalités entraînées vers un monde agnostique : sans Dieu, point de Diable !
Aujourd’hui, les espiègleries du Diable amusent plus qu’elles n’effraient. Il n’en fut pas toujours ainsi dans le passé où sa menace provoquait chez les hommes une crainte permanente, entretenue par l’Eglise. Cette frayeur ne s’atténuera qu’au «Siècle des Lumières ».
Symbole fantasmagorique de l’imaginaire populaire, le Diable a fortement imprégné la mémoire et la tradition des Alpes Maritimes.
Terres de contrastes, aux vallées cloisonnées, soumises plus qu’ailleurs à l’emprise d’un conservatisme pesant, le Comté de Nice et la Provence orientale perpétueront longtemps les peurs ancestrales.
Omniprésent à travers les contes et les légendes, le Diable s’impose dans les peintures didactiques des multiples chapelles moyenâgeuses, comme autour de tous les caprices de la nature.
Le choix de présenter les diverses apparitions exaltantes du Diable dans les Alpes Maritimes, comme des « aventures » extraordinaires, romanesques, voir comiques s’imposait face à la diversité et l’abondance de la matière.
Les sorcières, actives servantes du Prince de Ténèbres, ne pouvaient être tenues à l’écart, devant leur importance dans le répertoire des récits traditionnels.
Leurs silhouettes seront associées à partir de la Vallée des Merveilles, point central de l’ouvrage où leurs multiples exploits se combinent à ceux du Diable.
Au total, une trentaine de bourgs et villages sont concernés par autant de relations, présentées successivement de la Côte vers le Haut-Pays.
A l’exemple des anciens conteurs, nous n’avons pas groupé ces histoires en chapitres, pour permettre un choix sélectif du lecteur.
Certains de ces écrits sont repris dans des ouvrages antérieurs. Une anthologie basée sur le thème spécifique du Diable ne pouvait les ignorer.
La mode actuelle, prétexte à frissonner aux facéties délirantes d’Halloween ou à vibrer aux exploits du « Seigneur des Anneaux » et d’ « Harry Potter » promeut et flatte plus que jamais l’image du Diable et des sorcières.
Incontestablement, les aventures du Diable sont dans l’air du temps puisque correspondant à une attente et à une demande du public.
Depuis « La Mare au Diable » jusqu’à « La Beauté du Diable », pour ne citer que les plus célèbres, des dizaines d’œuvres se sont référées dans leurs titres, avec succès, à ce fascinant personnage.
De plus, avant d’être « envoyé au diable », nous avons été un « bon petit diable », pour devenir peut-être un « pauvre diable » qui « tire le diable par la queue », pour le reprendre en bonne part dans le langage familier, porteur d’une présence manifeste.
Le Diable alimente tous les fantasmes humains, aussi ses « aventures » dans un cadre touristique connu, ne pourront que ravir un lecteur désireux de se divertir autour de ce thème fécond.
Livre de veillée ou de plage, « Les Aventures du Diable au Pays d’Azur (Alpes Maritimes)» devraient captiver l’intérêt potentiel du million de résidents permanents de ce département, auquel s’ajoutent dix millions de visiteurs annuels, désireux de s’accorder une part de rêve.
Fruit d’une documentation abondante, l’ouvrage proposé s’efforce d’allier avec précision l’histoire à l’insolite, la tradition à l’humour pour le seul attrait du lecteur.
Sujet inédit, le Diable dans les Alpes Maritimes n’a été abordé que sommairement en 1941, par Paul Canestrier, dans la revue culturelle locale « Nice Historique ».
L’originalité et la nouveauté évidente de cet ouvrage ne pourront que séduire et satisfaire la curiosité d’un large public.
En connaisseur, le metteur en scène Claude Chabrol prétend que : « Nous sommes fascinés par ce qui effraie », aujourd’hui, la passion et la crainte persistante du Diable garantissent le succès futur des « Aventures du Diable au Pays d’Azur ».
« Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
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07.05.2008
PÉONE, BERCEAU D'UN EMPEREUR ET DE DEUX REINES
Péone dresse ses maisons sur une colline à 1164m d’altitude, au confluent des torrents du Tuébi et de l’Aygue Blanche, à une centaine de kilomètres de Nice, sous la station de Valberg.
Bien que possédant un curieux nom de berger espagnol, sa toponymie dériverait de Pédona signifiant hauteur rocheuse. La tradition raconte que Raymond Bérenger V, Comte de Provence, originaire de Barcelone, aurait repeuplé Péone au XIIIème siècle avec des colons venus de Catalogne, d’où le nom de “ Catalans ” donné depuis aux Péonois.Une autre version cite des ouvriers de passage dans ces lieux, après avoir été employés à la construction de Barcelonnette et qui fondèrent là, vers 1240, un village auquel ils donnèrent le nom de la ville natale de leur chef, Péona en Catalogne. L’occupation espagnole de 1743 à 1749 aurait conforté cette marque originelle. De plus, le port du béret basque, de la veste où une seule manche est enfilée propre aux gens de Péone, seraient typique des Catalans ! Pourtant l’historien local G. Barbier écarte cette origine d’outre-Pyrénées pour celle tout aussi exotique d’une colonie grecque en provenance de la lointaine Péonie, une province de la Thrace antique, venue là plusieurs siècles avant Jésus-Christ !
Plus sûrement née vers le Xème siècle, Péone ne sera cité pour la première fois qu’en 1315 avec 75 habitants. Selon P. Canestrier, au début du XIVème siècle, des Cathares chassés du Languedoc se fixèrent à Péone. Des querelles de voisinage avec les proches Guillaumois provoqueront une véritable guerre entre les deux communautés. Péone sera pris d’assaut, pillé et incendié avec une rage destructrice, le 5 Novembre 1391, comme en témoignent les archives communales. Durant la guerre de “ Trente ans ” (1618-1648), les milices locales du capitaine Boniface de Sauze, cernées par les Français, capitulèrent à Péone.
Carrefour de transhumance, au débouché du col de Crous faisant communiquer les vallées de la Tinèe et du Var, ses rivalités avec Guillaumes s’expliquent par l’importance de son rôle économique dans la société du Moyen Age. Péone possède un fort potentiel de pâturages sur le plateau du Quartier où s’installera plus tard Valberg, avec une superficie voisinant déjà les 5000 hectares au XVIIIème siècle.
Après ce saccage, Péone aura du mal à renaître. Pourtant, à la veille de la Révolution, on y recense : quatre maçons, six maréchaux-ferrants, sept cordonniers, un cabaretier, un boulanger, un boucher, deux maîtres d’école, deux notaires, un chirurgien, cinq prêtres.
Tournent : une fabrique de papier, une de draps, chaque famille tisse l’hiver et quatre foulons produisent feutre et drap. Bois, cuir et laine font vivre la petite communauté. On signale aussi un martinet à eau, chez l’un des maréchaux-ferrants, fournissant quelques gueuses extraites du minerais local.
En effet, au XIXème siècle avec l’industrie naissante, on s’activera autour de la mine de plomb argentifère de Saint Pierre (vallon de l’Aygue Blanche), avec des fortunes diverses de 1821 à 1906. Patrie des mulets de prix, Péone connut jadis une grande renommée pour ce type d’élevage.
Ici, comme dans d’autres villages isolés de fond de vallée (Allos, Entraunes, Saint Dalmas le Selvage), on fabrique dès le XVIIème siècle des violes rustiques. Ces “ sansougnas ” sont caractérisées par leurs formes épaisses. L’immigration offre la possibilité de s’occuper ailleurs durant les longs hivers, l’abandon définitif vient ensuite. Marseille est un pôle d’attraction invariable au cours des siècles. Au XIXème, les gens de Péone se transforment en laitiers à Marseille et à la Ciotat. Au début du XXème, une rue de la cité phocéenne sera investie par cinquante familles de Péone.
La réussite économique viendra plus tard en 1935-36 avec la création d’une des premières stations de sports d’hiver et estivale des Alpes-Maritimes : Valberg, à 1700 mètres d’altitude. Cette dernière dépassera très vite en constructions et en habitants le chef-lieu relégué au fond de la vallée. On recensait 820 habitants en 1838, 646 après le rattachement à la France et seulement 404 en 1954. Aujourd’hui Péone compte 530 habitants rivalisant encore avec Guillaumes !
Fin Août, pour la Saint Vincent - patron du village qui a détrôné le malheureux Saint Erige - on déguste “ l’agnocous ” (sorte de gnocchis à la niçoise). La semaine sainte, les cloches devenues silencieuses, on sortait des crécelles (les tarabas) pour les remplacer.
Péone se signale aussi comme le berceau de célébrités régnantes. La légende rapporte que l’empereur romain Pertinax serait né en 126 au hameau de St Pierre, où une petite colonie romaine vivait proche de la mine de plomb argentifère. Il finira égorgé en 193 après un règne éphémère de 87 jours ...
Mais l’originalité qui fait la renommée internationale et le plus beau titre de noblesse de ce petit village, vient justement de cette immigration marseillaise où s’illustra la famille Clary à l’origine de deux reines.
François Clary (1725-1794), riche négociant marseillais venu de Péone eut neuf enfants parmi lesquels : Marie-Julie (1771-1845), mariée le 1er Août 1794 à Joseph Bonaparte - souverain de Naples (1806-1808) et d’Espagne (1808-1813) - et sa sœur, plus connue, Eugénie Bernardine Désirée (1777-1860) qui épousa Bernadotte en 1798, lequel deviendra roi de Suède en 1818.
L’actuelle maison régnante de Suède est issue de cette union. Napoléon, jeune général en 1794, avait ébauché une idylle avec Désirée Clary, belle-sœur de Joseph, mais elle lui préférera Bernadotte. Le nom de la famille Clary ne s’est pas éteint. Il se perpétue encore de nos jours à Péone.
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