31.07.2009
FÊTE DES GUEYEURS

LES GUEYEURS, UNE TRADITION HISTORIQUE ORIGINALE
A l’origine Saint Laurent du Var fut bâti au bord du Var pour en assurer la traversée.
Rappelons que déjà en 1005 l’abbé de Saint Véran reçut une habitation dans un hameau dénommé Varum, sur la rive droite du fleuve, où Saint Laurent s’est installé par la suite.
Au XIIè siècle un ermite se rendait chaque année sur les bords du Var avec deux chevaux pour faire passer les pèlerins se rendant à l’abbaye de Lérins.
La création d’un hospice confié à des religieux va poursuivre cette coutume pendant les siècles suivants jusqu’au XVè siècle. « La barque de l’hospice » assurait alors le passage d’une rive à l’autre du Var.
Lorsque Saint Laurent est repeuplé en 1468 par son seigneur l’évêque de Vence, Raphaël Monso, désireux de garantir la sécurité du gué, obligation est faite aux nouveaux venus, de tenir une barque sur le Var pour en assurer le passage. Ces premiers gueyeurs laïques, dénommés « Riveraschi », vont s’organiser en corporation et maintenir leur activité jusqu’au XIXè siècle.
Les gueyeurs disparaîtrons lorsqu’un pont traversera enfin le fleuve de manière définitive en 1864. Ils avaient été durant plus de huit siècles les maîtres du fleuve.
Laissons Smolett les décrire: «Au village de Saint-Laurent, il y a une équipe de passeurs toujours prêts à guider les voyageurs dans le passage de la rivière. Six de ces hommes, les pantalons retroussés jusqu'à la ceinture, avec de longues perches en main, prirent soin de notre voiture et, par mille détours, nous conduisirent sains et saufs à l'autre bord.»
Et Papon, dans son «Voyage en Provence», de préciser : «... si l'on ne passe (le Var) ni en voiture, ni à cheval, on s'assied sur l'épaule de deux hommes qui se tiennent l'un contre l'autre».
Aujourd’hui le souvenir des gueyeurs se perpétue dans le Vieux Village par une modeste rue portant leur nom, elle relie la place de la Fontaine à la rue des Remparts.
Récemment, en 2000, un rond point au carrefour des rues du 11 novembre, du Point du Jour et de l’Ancien Pont s’est vu paré d’une sculpture représentant une voyageuse à califourchon sur le dos d’un de ces porte-faix, acteurs glorieux de l’Histoire de la cité.
Saint Laurent du Var possède, grâce aux gueyeurs, un patrimoine original, unique en France.
Ces données historiques fondées sur la tradition locale ne peuvent négliger le plus illustre des gueyeurs, leur patron Saint Christophe, dont la fête est célébrée en août grâce au « Comité de sauvegarde du vieux village de Saint Laurent du Var. »
Pour la quatrième année le 8 août, ce même Comité vous invite à participer aux diverses festivités qu'il organise à la gloire des célèbres gueyeurs.
Edmond ROSSI
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18.06.2009
LOUP: LA SYMBOLIQUE

De tout temps et à travers toutes les civilisations, le loup comme la louve sont avant tout pour l’homme, synonyme de sauvagerie avec une nuance de débauche pour la louve.
Mais ce sont là des notions sommaires. La louve reste surtout connue comme la nourrice de Romulus et Rémus, devenue l'emblème de Rome.
Le symbolisme du loup, comme beaucoup d'autres, comporte deux aspects: l'un féroce et satanique, l'autre bénéfique.
Parce qu'il voit la nuit, il est symbole de lumière. C'est là sa signification chez les Nordiques et chez les Grecs où il est attribué à Belen ou à Apollon (Apollon lycien). Le symbolisme lumineux du loup, usuel dans les pays septentrionaux, n'apparaît pas dans le domaine celtique qui a identifié Lug (équivalent ou homologue d'Apollon) au lynx (et non au loup). Le loup n'a pas, du reste, en irlandais, de nom particulier et le mot qui sert à le désigner, faol, s'applique quelquefois au chien.
Le jeu de mots que l'on fait quelquefois entre le breton blelz loup et le nom de Blois ou de saint Biaise ne peut dépasser le stade de la signification analogique (Charbonneau-Lassay L., Le bestiaire du Christ).Ainsi, l'aspect lumineux du loup en fait un symbole solaire.
Le loup a aussi chez les Mongols un caractère nettement céleste; il est l'ancêtre de Gengis Khan. La Chine connaît également un Loup céleste (l'étoile Sirius) qui est le gardien du. Palais céleste (la Grande Ourse). Ce caractère polaire se retrouve dans l'attribution du loup au Nord. On remarque toutefois que ce rôle de gardien fait place à l'aspect féroce de l'animal: ainsi, dans certaines régions du Japon l'invoque-t-on comme protecteur contre les autres animaux sauvages. Il évoque une idée de force mal contenue, se dépensant avec fureur, mais sans discernement.
Le loup est un obstacle sur la route du pèlerin arabe, la louve sur celle de Dante, où elle prend les dimensions de la bête de l’Apocalypse.
L'iconographie hindoue n'y voit qu'un animal de mauvais augure et l'attribue aux divinités sous leur aspect sinistre. La voracité de l'animal s'exprime par le rapport du loup avec le péché, et de la louve avec la passion, le désir sensuel. Le loup est une des formes données à Zeus (Lykaios), à qui on immolait en sacrifice des êtres humains, aux temps où régnait la magie agricole, pour mettre un terme aux sécheresses, aux fléaux naturels de toute sorte: Zeus déversait alors la pluie, fertilisait les champs, dirigeait les vents (Eliade Mircéa, Traité d’histoire des religions).
La gueule du loup, dans la mythologie scandinave, est un symbole de réintégration cyclique, ce qu'il faut sans doute rapprocher du loup avaleur de la caille dont parle le Rig-Veda.
Si la caille est, comme nous l'avons noté, un symbole de lumière, la gueule
du loup est la nuit, la caverne, les enfers, la phase de pralâya cosmique; la délivrance de la gueule du loup, c'est l'aurore, la lumière initiatique faisant suite à la descente aux enfers, le kalpa.
La force et l'ardeur au combat font du loup une allégorie guerrière pour de nombreux peuples: Je suis le loup solitaire, je rôde en maints pays dit un chant de guerre des Indiens de la prairie nord américaine (Alexander Hartley Bur, Le cercle du Monde).
De semblables métaphores abondent dans la poésie turque et mongole. Parmi ces peuples, le mythe du loup bleu revêt une importance fondamentale ; ce loup bleu ou loup céleste est une cratophanie de la lumière ouranienne, de la foudre; il est le partenaire de la biche blanche ou fauve, représentant la terre, dans la hiérophanie terre-ciel, d'où naissent, entre autres héros et chefs de lignées, Gengis Khan.
Au loup bleu céleste, créateur des dynasties mongoles et chinoises, s'oppose la louve de Romulus et Rémus, terrienne, elle, sinon chthonienne. Mais dans un cas comme dans l'autre, cet animal reste associé à l'idée de fécondité.
La croyance populaire, en pays turc, a jusqu'à nos jours conservé cet héritage. Ainsi parmi les bézoards appréciés par les Yakoutes, en Sibérie, celui du loup est considéré comme le plus puissant; en Anatolie, c'est-à-dire à l'autre extrémité de l'extension géographique des peuples altaïques, on voit encore des femmes stériles invoquer le loup pour avoir des enfants.
Au Kamchatka à la fête annuelle d'octobre, on fait une image de loup en foin et on la conserve un an pour que le loup épouse les filles du village ; chez les Samoyèdes on a recueilli une légende qui met en scène une femme qui vit dans une caverne avec un loup (Roux Jean Paul, Faune et flore sacrée dans les sociétés altaïques).
Le loup comme le chien remplit également un rôle de psychopompe. Un mythe des Algonquins le présente comme un frère du démiurge Menebuch le grand lapin, régnant à l'Ouest, sur le royaume des morts (Muller Werner, Les religions des Indiens d’Amérique du Nord).
Cette même fonction de psychopompe lui était reconnue en Europe, comme en témoigne ce chant mortuaire roumain :
Paraîtra encore
Le loup devant toi
Prends-le pour ton frère
Car le loup connaît
L'ordre des forêts
Il te conduira
Par la route plane
Vers un fils de Roi
Vers le Paradis
(Trésor de la poésie universelle, par R. Caillois et J.C. Lambert, Paris, 1958).
Le loup existe déjà en tant que divinité infernale, dans la mythologie gréco-latine : c'est la louve de Mormolycé, nourrice de l'Achéron, dont on menace les enfants, exactement, comme, de nos jours, on évoque le grand méchant loup (Grimal Pierre, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine); c'est le manteau de peau de loup dont se revêt Hadès, maître des Enfers (Krappe Alexandre, La genèse du Mythe); les oreilles de loup du dieu de la mort des Etrusques; c'est aussi, selon Diodore de Sicile, Osiris ressuscitant sous forme de loup pour aider sa femme et son fils à vaincre son frère méchant (ibid.).
Dans la tradition nordique les loups symbolisent la mort cosmique: ils sont dévorateurs d'astres (Durand G., Les structures anthropologiques de l’imaginaire); ce qui n'est pas sans rappeler le jaguar chthonien des mezo-américains, ouvrant sa gueule monstrueuse pour avaler le soleil. Fenrir, le loup géant, est un des ennemis les plus implacables des dieux. Seule la magie des nains peut arrêter sa course, grâce à un ruban fantastique que nul ne peut rompre ou couper.
Dans la mythologie égyptienne Anubis, le grand psychopompe, est appelé Impou celui qui a la forme d'un chien sauvage (ibid.) ; on le révère à Cynopolis comme le dieu des enfers.
Cette gueule monstrueuse du loup, dont Marie Bonaparte parle dans son auto-analyse, comme étant associée aux terreurs de son enfance consécutives à la mort de sa mère, n'est pas sans rappeler les contes de Perrault Grand-Mère, comme tu as de grandes dents ! Grand-Mère, comme tu as une grande bouche ! G.Durand conclut excellemment en ces termes: Il y a donc une convergence très nette entre la morsure des canidés et la crainte du temps destructeur. Kronos apparaît ici avec le visage d'Anubis, du monstre dévorant le temps humain ou s'attaquant même aux astres mesureurs de temps.
Le loup est également, dans l'imagerie du Moyen Age européen, la forme que revêtent le plus fréquemment les sorciers pour se rendre au Sabbat, tandis que les sorcières, dans les mêmes occasions, portent des. jarretelles en peau de loup (Grillot de Givry, Le musée des sorciers, mages et alchimistes).
En Espagne, il est la monture du sorcier. La croyance aux lycanthropes ou loups-garous est attestée depuis l'antiquité en Europe ; Virgile en fait déjà mention.
En France, à peine commençait-on à en douter sous Louis XIV. C'est une des composantes des croyances européennes, un des aspects sans doute que revêtent les esprits des forêts.
Selon Collin de Plancy, Bodin raconte sans rougir qu'en 1542 on vit un matin cent-cinquante loups-garous sur une place de Constantinople.
En résumé, qu'il soit dévorateur d'astres, dévorateur d'enfants ou maître des enfers, le loup, en Europe, remplit un rôle symbolique analogue à celui du jaguar pour les méso-américains : il est essentiellement le porteur de la gueule des enfers, qui s'ouvre, béante, à l'horizon de la terre.
D’après «Les Histoires de loups en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
Le loup est de retour en France et plus exactement près de nous, dans le Parc du Mercantour et les Alpes du Sud.
Ce « grand méchant loup », cauchemar de nos nuits d’enfant, traînant dans la mémoire collective des générations de « mères-grand » et de « chaperons » dévorés tout cru, revient cette fois sur notre territoire nanti du statut intouchable d’espèce protégée par le Conseil National de la protection de la nature et la Convention de Berne.
Réhabilité et qualifié de « prédateur indispensable à la chaîne alimentaire et aux rétablissements des équilibres naturels », le voici blanchi de tous ses crimes passés et à venir et toléré aux portes de nos villages.
L’homme encore une fois a décidé du destin de la bête avec sa propre logique.
Pourtant, les souvenirs laissés dans la mémoire de nos aïeux ne sont pas tendres et méritent qu’on s’y arrête.
Les Alpes Maritimes ou « Pays d’Azur », nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de vallées aux forêts sauvages et de villages perchés aux traditions vivaces.
Edmond Rossi, auteur niçois de différents ouvrages sur le passé et mémoire de sa région, présente ici une trentaine de récits recueillis dans les annales de la Provence orientale et du Comté de Nice.
Témoignages authentifiés touchants de vérité, ces textes évoquent les péripéties du loup, dans ce vaste territoire.
Parfois issus d’une tradition orale qui se perpétuait jadis aux veillées, ces contes portaient le plus souvent sur des faits réels, auxquels nos anciens se trouvaient mêlés.
Partons sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de ses propres fantasmes.
A travers les « Histoires de loups au Pays d’Azur » retrouvez les contes de jadis, cette vieille magie des mots qui vous emmène au pays du rêve et de l’insolite.
Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur
http://saintlaurentduvarhistoire.hautetfort.com
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02.05.2007
RENCONTRE AVEC L'AUTEUR...
11:00 Publié dans TRADITION | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : HISTOIRE
18.04.2007
SORCELLERIE: UNE MENTALITE QUI PERDURE
SORCELLERIE
Manifestation, évènement extraordinaire d’origine mystérieuse, qui semble relever de pratiques magiques de forces surnaturelles.Le fait est que le mot magie n’a pas de signification vraiment précise et qu’il en existe de nombreuses définitions. La sorcellerie, les superstitions, les guérisons magiques, divinations bohémiennes, l’envoûtement par rituel et vaudou, toutes ces pratiques et croyances ne peuvent donc pas être réunies sous la même appellation de « Magie ». Cependant, la magie peut être simplement décrite comme « un ensemble de techniques rituelles traditionnelles visant à contrôler les évènements ainsi que le comportement des individus »
Ceux qui pratique la sorcellerie et la magie
En fait, il existe trois catégories de magiciens, la première, la catégorie inférieure comprend les sorciers ou sorcières qui utilisent la magie noire avec l’intention de nuire. La magie noire avait certainement fait de nombreux adeptes dès l’aube de la civilisation, comme l’attestent différents textes Égyptiens. Il est à noter que les sorciers ou sorcières ne sont pas des spectres et qu’ils ne sont pas à l’image des contes de fée, ils sont tous mortels et ils ne se promènent pas sur un balais. Leur nom désignait seulement qu’ils ne se prêtaient pas à la magie positive.
La deuxième, la catégorie intermédiaire, on retrouve les magiciens à l’esprit noble, qui ont développé leur faculté (leur 6ième sens) au point d’être capable d’utiliser à volonté leurs pouvoirs surnaturels et de parvenir à des résultats physiques et mobiles telle que la télékinésie (psychokinésie), la télépathie, la voyance ou bien comme les pouvoirs d’Uri Geller qui consiste à agir mentalement sur la matière.
On termine avec la catégorie supérieure qui représente les mages ou sages, qui utilisent leur connaissance des arcanes pour pénétrer le sens véritable de la vie. Comme par exemple les moines des Lamaseries au Tibet qui possèdent des pouvoirs paranormaux. On peut penser également que les magiciens furent les premiers médecins avec leurs rituels spéciaux assortis de recettes miraculeusement magiques.
En abordant le XX ème siècle, la magie cérémonielle trouvera encore un public avide de spiritualisme, cet attrait constant pour les sciences occultes s’explique difficilement. Les adeptes de l’occultisme constituent un groupe très fragmenté. Seuls ou en cellules, ils se consacrent à la pratique de spécialités magiques diverses, dont la magie égyptienne, la magie celtique, la magie nordique et une version de la Kabbale d’inspiration chrétienne. Aujourd’hui la magie existe toujours et la survivance des superstitions est une simple façon pour elle de continuer à prospérer au sein de la culture contemporaine.
Les alchimistes : Prêtres magiciens
Depuis les temps les plus reculés, on avait cherché le moyen de transformer les métaux vils en or. En Égypte, la métallurgie considérée comme une activité secrète, était placée sous l’autorité des prêtres magiciens.
Les "Gypsies" (Gitans, Roms) ont eu de tout temps la réputation de savoir prédire l’avenir et ils pratiquaient une forme de magie adaptée à leurs besoins propres. Venus de l’Inde où ils apparurent vers l’an 1000 de notre ère. Très proche de la nature par leur vie nomade, ils cultivaient toute sorte de croyances relatives aux animaux et aux plantes.
La sorcière classique s'habille tout en noir. Elle porte une longue robe fripée et rapiécée, un chapeau pointu et des bottines à bouts pointus ou carrés avec une boucle de métal. Elle a un nez crochu et de longs cheveux toujours en broussaille, noirs ou gris selon son âge. Les vieilles sorcières portent généralement un châle ou une veste de laine, alors que les plus jeunes préfèrent la cape. Les bijoux des sorcières représentent un démon, un crâne ou une chauve-souris. Ce sont souvent des bijoux creux dans lesquels elles peuvent mettre des mixtures magiques. Le costume ne serait pas complet sans l'attirail habituel: le balai effiloché, le grand chaudron, le chat noir et les ingrédients dégoûtants des potions maléfiques.
D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes »,
pour commander cet ouvrage dédicacé de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.
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09.08.2006
AVEC LE DIABLE !
LE DIABLE EN PAYS D’AZUR
Les Alpes Maritimes, nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de villages perchés et de vallées aux étranges merveilles.
Accrochés à la roche, au-dessus de gorges impénétrables, ces villages du Haut-Pays, protégés de la vie trépidante de la Côte d’Azur, présentent un décor insolite, reflet des secrets du cœur et de l’âme de ses habitants.
C’est dans ces minuscules villages belvédères, bâtis au Moyen-Age, avec leurs rues étroites et obscures que l’on perçoit le mieux l’occulte présence du Diable, écarté par une kyrielle de signes conjuratoires. Linteaux et portes, sculptés d’énigmatiques gravures, trahissent des préoccupations d’un autre âge, encore respectées de nos jours.
L’homme, placé dans un manichéisme affirmé dès l’enfance, baigne ici dans une atmosphère imprégnée de témoignages véhiculés par une tradition vivace.
Dans la nature, l’omniprésence du Diable s’exprime dans les accidents du relief où cimes, grottes et précipices conservent des noms révélateurs. Ailleurs, les peintures naïves ou réalistes, décorant chapelles et églises, perpétuent, comme les relations, les extraordinaires exploits et les rocambolesques aventures du Prince des Ténèbres.
Notre propos sera de recueillir et présenter une anthologie des récits les plus remarquables, relatifs aux diverses péripéties prêtées au Diable et à ses séides les sorcières, dans ce vaste territoire.
Partons vers les quatre coins du département, sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de nos propres fantasmes.
N’oublions pas qu’en chacun de nous existe un côté ange et un côté démon, bien fragile est le vernis qui nous conduit à montrer l’un, plutôt que l’autre.
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29.07.2006
AU VILLAGE PERCHE DU BROC : UNE SOURCE BIENFAISANTE
Extrait des « Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes », publié en 2002 chez Equinoxe Editions à Saint Rémy de Provence.
AU BROC, LA SOURCE MIRACULEUSE DE SAINT GERMAIN
En quittant le village perché du Broc, au Nord en direction de Bouyon, prendre la D201, petite route étroite qui aboutit au quartier Sainte Marguerite, où s’élevait jadis le village disparu des Dos Fraïres. A un kilomètre du village, un oratoire restauré se dresse sur le bord gauche du chemin. Dans la niche, une statue mitrée de Saint Germain, portant crosse, domine une petite fontaine où coule l’eau fraîche. Une sébile en pierre scellée dans le mur attend les offrandes des fidèles. Saint Germain est ici chez lui depuis le jour où il fit halte au Broc, sur la route de Ravenne où il décédera en 448.
La légende rapporte qu’un mendiant aveugle fut guéri là, grâce à des ablutions faites avec l’eau de la fontaine où s’était désaltéré le saint. Après cet événement mémorable, le quartier portera les noms successifs de la Germaine et de Saint Germain. Celui qui combattit dix sept ans durant l’hérésie en Grande-Bretagne avait auparavant à Paris consacré à Dieu Sainte Geneviève en 430. Il se rendit ensuite en Italie pour rencontrer l’Impératrice Placidie, afin de plaider la cause des peuples d’Armorique opprimés par Syagrius.
Cet évêque d’Auxerre, paré de toutes les vertus sacerdotales, est vénéré au Broc depuis des siècles. De nos jours, la fête patronale du village coïncide avec celle du Saint célébrée le 31 Juillet.
Déjà en 1312 (selon Caïs de Pierlas), il est question du prieur de Sancto Germano, donc d’un religieux à la tête d’un prieuré installé sans doute à proximité de la fameuse source miraculeuse.
Le même lieu est cité en 1589 par Joseph Brès : « En 1589, au début de l’année, le sieur de Villeplane, chevalier, vient avec deux compagnies où il y avait bien 500 hommes celle du dit chevalier et du sieur son frère le cadet, celle du baron de Castellet et autres, vinrent se loger près du Broc en un lieu appelé Saint Germain de la Commanderie de Saint Jean, et demandèrent à y entrer, ce que leur étant refusé, passèrent à Saint Paul qui tenait pour le parti de la Ligue. »
La commanderie de Saint Jean dépendait de l’ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, devenu au XVIIème siècle l’ordre des chevaliers de Malte, au destin plus heureux que celui de leurs frères Templiers.
Puis tout s’amplifie, mais cette fois-ci au Broc, où sont signalées des reliques de Saint Germain. Il n’est plus question de prieuré, probablement abandonné ou détruit.
Les reliques, provenant sans doute de l’ancien monastère, sont signalées par Doublet en 1604 dans l’église du Broc. Il s’agit d’un bras en bois, contenant quatre petits os enveloppés d’une étoffe rouge. Crillon, autre chroniqueur, nous indique en 1705 que le buste en bois de Sainte Marie Madeleine contient une once d’un doigt, celui de Saint Germain, évêque d’Auxerre.
Enfin, aux alentours de 1860, le bras disparaît et les reliques seront placées dans un buste doré représentant Saint Germain.
La tradition des vertus curatives de l’eau de la source de Saint Germain sur les affections des yeux s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Le secret est transmis de bouche à oreille et chacun recueille pieusement l’eau qui guérit pour l’emporter.
Une analyse scientifique en laboratoire nous apprendrait sans doute toutes les données qui aboutissent à la savante composition de l’eau de la source miraculeuse. A moins que, comme pour toutes les fontaines saintes, l’eau lustrale de la source issue de la terre mère origine de la vie suffise à guérir par ses seules propriétés surnaturelles. Si les fontaines sacrées sont en général prétexte à pèlerinages, nous n’avons pas trouvé ici trace de ce type de vénération.
Amoureux des choses du passé et soucieux de protéger notre patrimoine local, M. et Mme Caméra, voisins immédiats de la source et de son oratoire, ont entrepris avec l’aide de la municipalité du Broc de réhabiliter le modeste monument menacé dans sa survie.
Aujourd’hui, ce touchant édicule attend votre visite, n’oubliez pas votre bouteille, vous serez alors à même de vérifier si l’eau conserve tout son pouvoir magique.
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http://saintlaurentduvarhistoire.hautetfort.com10:21 Publié dans TRADITION | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : CROYEZ AU MERVEILLEUX !
20.07.2006
HISTOIRES DE LOUPS EN PAYS D'AZUR
LES LOUPS DANS LES ALPES MARITIMES
Les Alpes Maritimes, nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de villages perchés et de vallées sauvages aux traditions vivaces.
Notre propos sera de recueillir et présenter une anthologie des récits les plus remarquables, relatifs aux diverses péripéties prêtées au loup, dans ce vaste territoire. Nés d’une tradition orale qui se perpétuait jadis aux veillées, ces contes partaient le plus souvent de faits réels auxquels nos anciens étaient mêlés.
Partons vers les quatre coins du département, sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de nos propres fantasmes. Mais d’abord, apprenons à connaître cet animal mythique qui persiste à hanter les Alpes Maritimes. Le loup gris d’Europe vit en meute de cinq à six individus sur un territoire d’environ 250 km2. Un code subtil de comportement vise à maintenir la stabilité du groupe et à limiter l’agressivité des individus. Animal social le loup reste soumis à une forte hiérarchie. La meute est structurée autour d’un couple dominant, seul à se reproduire chaque printemps. Les mimiques, les postures et les vocalises nuancées ne sont pas encore comprises. Elles reflètent la hiérarchie de la meute. Ainsi, les oreilles dressées, le corps raidi et le regard fixe annoncent l’attaque. La queue basse et corps aplati allant jusqu’à se coucher en présentant le ventre et la gorge traduisent la soumission. De même le langage vocal est très diversifié : si le loup jappe et grogne selon les circonstances, c’est à son hurlement, différent pour chaque individu, qu’il est systématiquement associé. Plus que son corps élancé, de la taille d’un berger allemand, couvert d’une fourrure variant du gris au fauve selon les saisons et l’âge, c’est par son regard scrutateur que le loup fascine. Dressées et mobiles, ses oreilles surmontent une tête triangulaire dont les yeux dorés en amande sont rehaussés par un masque blanc. Les loups d’une même meute se déplacent souvent « à la queue leu leu ». Dans la neige le loup pose ses pattes dans les traces de celui qui le précède par économie d’énergie ce qui rend leur dénombrement difficile. Les indices de sa présence vont des fèces aux empreintes de pattes laissées dans la boue ou la neige, ces traces s’apparentent à celles d’un molosse. La sécrétion odorante de ses coussinets lui permet de marquer son territoire par grattage. Les liserés noirs sur les pattes avant sont caractéristiques des loups italiens et espagnols. Discret, rapide, doté d’une ouïe et d’un odorat exceptionnels ainsi que d’une puissante denture (150 kgs de pression au cm2) le loup est un chasseur efficace surtout lorsqu’en meute il poursuit et harcèle ses proies. Les louveteaux sont allaités deux mois par leur mère. Le sevrage débute ensuite lorsque la louve et les autres adultes régurgitent la viande dont les petits se nourrissent. Le louveteau se livre sous la surveillance des adultes à des jeux avec les frères et sœurs de sa portée, se préparant ainsi au rôle qu’il assumera ultérieurement dans la meute.
Le loup s'est maintenu près de nous et sa présence s'inscrit encore dans la mémoire collective des Alpes du sud. Pendant sept années, de 1612 à 1618, les loups semèrent la terreur dans l'Embrunais et le Queyras. Après les luttes religieuses du XVIe siècle, une paisible coexistence s'était installée entre catholiques et protestants. Épargnée par le fléau des gens de guerre, la région connut d'autres ravageurs inattendus: les loups. Des centaines de personnes furent attaquées par des bandes de ces carnassiers, beaucoup en moururent. La chronique évalue à plus de 500 le nombre de victimes des loups dans l'Embrunais, sans compter celles du Briançonnais. Les loups devenaient sous la plume de témoins catholiques les « ministres de la colère de Dieu », dans la mesure où ils s'attardaient sur les territoires protestants! Dans le Queyras, les villageois, agressés jusque dans leurs maisons, abandonnèrent les hameaux pour vivre regroupés dans les bourgs. Dans les Alpes-Maritimes, des bandes de loups descendaient jusque sur le littoral avant la Révolution. Ainsi en 1751, les consuls niçois signalent dans une lettre à ceux de Saint-Laurent du Var que les incendies des bois de Provence avaient fait passer le Var à « une quantité de sangliers et de loups » les obligeant à organiser des battues. Plus tard, en 1802, on signale un loup abattu dans la banlieue de Nice. Les chroniques du XIX ème siècle dans les Alpes Maritimes relatent des attaques permanentes des loups sur les troupeaux et les hommes. Des primes furent offertes par les autorités afin d’encourager sa chasse et d’écarter le péril de ses agressions. - Le 11 avril 1804 le Conseil municipal de Nice offre 60 livres par tête de loup. - En 1815, le Prince de Monaco autorise le port du fusil à Roquebrune « pour se garder du loup ». - Le naturaliste Risso signale en 1826 que le loup « séjourne dans nos bois et y apparaît toute l’année ». Bien qu’écartés de la Côte, les loups continuent de se multiplier dans le Haut-Pays de 1840 à 1850. - Le zoologiste J. B. Vérany signale qu’en 1862 des chasseurs de Clans ont exterminé 150 loups et 100 lynx. - Si en 1865 le loup est écarté des abords de Nice, il n’en est pas de même à Beuil et Pierlas. - Lors du rigoureux hiver de 1870 un loup attaque encore un chien à La Gaude, d’autres actes similaires sont notés à Touët et Roubion où le maire organise une battue. Le Préfet distribue du poison sans écarter des apparitions et des attaques à Massoins et Pélasque en 1880. Le Valdeblore est visité par l’animal au point qu’en 1882 la loi du 3 août codifie les primes : 100 francs pour un loup, 150 francs pour une femelle, 40 pour un louveteau et 200 si le loup s’est jeté auparavant sur des êtres humains. Déjà en 1844 l’Intendant du Royaume de Piémont-Sardaigne offrait la somme équivalente en lires pour assainir le Comté de Nice qui relevait de son autorité. Ce n’est qu’en 1906 que les derniers des loups seront aperçus : quatre du côté de Péone, un en haute Vésubie dans le Boréon. Le dernier loup est tué en 1913 à Belvédère.
Néanmoins, d’autres apparitions seront signalées dans l’entre-deux-guerres, comme à Sainte Anne de Vinadio, selon le Dr Paschetta. En 1987 à Berghe sur la commune de Fontan un loup est abattu, il précède le retour du prédateur dans le secteur du Mercantour où un couple (?) est aperçu en 1992 suivi de six congénères en 1994. Dans les vallées des Alpes Maritimes, la toponymie conserve le souvenir de l’omniprésence du loup : les bois sombres, les « loupières » ou « loubières » rappellent encore sa fréquentation des lieux. Entre Villeneuve-d'Entraunes et Bantes un énorme rocher placé au bord du chemin, la « peïra déou loup », confirme le récit d'un paysan du lieu qui, attaqué par une meute, n'avait eu la vie sauve qu'en grimpant sur la pierre. Ainsi posté, appelant et faisant tournoyer son bâton, il avait pu attendre du secours. Le col de Gratteloup, entre les vallées de la Vésubie et de la Tinée, restitue une réalité du passé tout aussi douloureuse. Les bergers transhumant avec leurs troupeaux étaient plus exposés que quiconque. Dans les pacages, pour défendre les bêtes des attaques des loups et des ours, ils disposaient de molosses armés d'un collier de clous: les chiens de parc. Le soir, les enclos abritant le bétail avaient le haut de leurs murs garni de grosses pierres pointues pour décourager ces mêmes rôdeurs. Dans ce contexte, fertile en anecdotes, l’évocation de l’inquiétant carnassier ne pouvait qu’alimenter les contes des veillées où l’imaginaire rejoignait la réalité. Aujourd’hui le loup fréquente à nouveau les Alpes Maritimes. Retour naturel selon les officiels, ce qui garantit sa protection par la convention de Bernes ou réintroduction dans le parc du Mercantour à des fins expérimentales ? Le débat est ouvert compte tenu de l’incompatibilité du prédateur avec une activité pastorale traditionnelle. La Présence de « Canis lupus » (nom latin du loup) remet en cause la garde des troupeaux, nécessitant l’équipement des bergers en enclos, cabanes pastorales et chiens « patous », ainsi qu’un système de compensations. L’efficacité du « montagne des Pyrénées » ou « Patou », molosse spécialisé depuis des siècles dans la protection des troupeaux, s’est vérifiée depuis le retour du loup. Actuellement le nombre de loups s’élèverait à une vingtaine de têtes dans le Parc du Mercantour et autant dans les Alpes Maritimes. A l’évidence, la réapparition du loup dans les Alpes menace aujourd’hui le pastoralisme extensif du département, déjà affaibli par une impitoyable concurrence internationale. Le retour « naturel » du loup dans les Alpes, au début des années 90, tient davantage de la croyance que de la vérité scientifique selon les conclusions de Franco Zunino, biologiste italien de renom, lequel penche pour une introduction volontaire de plusieurs individus en divers lieux. Pourtant, le berger et son troupeau remplissent une fonction reconnue de protecteur intégré de la montagne qu’il nettoie et régénère pour mieux la sauvegarder. Il est pour le moins surprenant que l’homme décourage l’existence et le maintien de cette activité ancestrale, en imposant et tolérant la présence d’un prédateur hostile au pastoralisme traditionnel.
Le fossé est évident entre l’utopie écologique des citadins rêvant d’une nature sauvage des premiers âges, considérant le loup comme une « tendre peluche », et la réalité vécue par les acteurs sociaux de la montagne.
Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur
http://saintlaurentduvarhistoire.hautetfort.comEDMOND ROSSI SIGNERA SES DERNIERS OUVRAGES RELATIFS A L'HISTOIRE DE LA REGION :
SAMEDI 22 JUILLET A LA « JOURNEE DE LA LITTERATURE»
DE
SAINT MARTIN VESUBIE.
08:30 Publié dans TRADITION | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : HURLONS AVEC LES LOUPS !
12.05.2006
EVOCATION DU PASSE DU PAYS D'AZUR
Ici autour des leurs châteaux, les maisons villageoises se sont assemblées, à flanc de rocher, serrées les unes contre les autres, formant enceintes percées de quelques portes donnant accès à un labyrinthe de calades, pontis, ruelles et placettes.
Sublimes sur leur socle ou leur piton rocheux, ces villages sont typiques de la région, comme de tous les pays méditerranéens, haut perchés pour échapper à la mer et à ses envahisseurs, les Barbaresques, les Maures, les Sarrasins, au début du XIXe siècle, ils venaient encore, dit-on, razzier les filles entre Nice et Antibes.
Pendant près de vingt siècles, entre les pillards de la mer au sud et les traînards des armées venues de l'Est ou de l'Ouest, l'une chassant l'autre, la Provence a été un pays périlleux, parcouru par des bandes. La tradition en était encore vive il y a cinquante ans, où l'on appelait la route de Saint-Jeannet à Saint-Laurent-du-Var la « route des brigands », en raison de sa solitude boisée, propice à l'agression. N'est-ce pas sur cette route que, par trois fois entre 1960 et 1970, fut attaqué le fourgon blindé transportant la paye du Centre de recherche I.B.M. de La Gaude ? Aujourd'hui, la corniche sur le Var est devenue une banlieue résidentielle où les villas se succèdent sans interruption.
Cette menace incessante fit qu'ici les paysans ne se bâtirent pas de grosses fermes isolées où vivre en permanence, mais de simples abris agricoles, cabanons, bastidons, rentrant le soir s'enfermer dans le repaire de leur village où veillait à la porte, à la tour ou au clocher, le signadour. Il était bien le seul à la regarder, la mer, dans sa méfiance. Ce sont les voyageurs des arts et des lettres, les touristes, les résidents, les retraités, les étrangers, qui en ont inventé l'obsession, tournant vers elles les terrasses et les façades de leurs villas. L'homme du pays, le paysan, ne l'a jamais recherchée ainsi, tourné qu'il était, lui, vers la montagne où étaient échelonnées ses terres par planches ou terrasses aux murs et murettes de pierres sèches. Travaillées de main d'homme depuis des millénaires, elles ont donné au paysage du Pays d’Azur ses aspects d' immenses escaliers à flanc de collines ou de baous, campagnes plantées en oliviers et orangers. Orangeraies et oliveraies souvent retournées aujourd'hui à l'état sauvage dans un fouillis de hautes herbes et de basses branches chargées de fruits amers, la jusquiame blanche, la plante des maléfices, poussant vivement entre les pierres éboulées des murettes.
Pendant des siècles, l'usage du Pays d’Azur fut de se rendre le matin à sa campagne
- à moins que la pluie ne retienne au logis - et d' en repartir le soir pour souper et dormir au village. Cette manière de vivre déterminant les dispositions de 1 'habitat. Chaque maison de bourg ou de village, haute et étroite, comportait : caves, à vin ou à huile en jarres; au rez-de-chaussée, écurie, remise, paneterie, puits donnant sur la
citerne approvisionnée en eau par les toits; à l' étage, cuisine et potager de deux à six foyers, évier, bugadier, chambre à coucher; sous les combles, fruitier, poulailler, grenier à foin communiquant parfois directement avec le râtelier de l' écurie par le moyen d'un conduit, la trumba, prévue dans le mur d'arête.
Comme le raconte Marie une ancienne de Saint Laurent du Var qui a souhaité l’anonymat :
« Ici, tout le monde était cultivateur. Ils vivaient en ville et ils allaient tous les jours à leurs campagnes. Il y avait bien quelques maisons à la campagne, mais pas tellement. On cultivait des fruits, des légumes, des fleurs. Presque tout le monde faisait son vin, aussi on faisait son huile. Pour aller à notre campagne, quand on marchait bien, il fallait un quart d'heure...
Les trois quarts des paysans n'habitaient pas leurs campagnes, ils ont toujours habité la ville; on gardait les cochons à la cave, dans l'écurie il y avait l'âne ou le cheval, ou le mulet. Dans l'escalier, à chaque marche, il y avait un sac de blé, soit de légumes secs, et, au troisième étage, au-dessus des chambres, c'était le grenier à foin, et une petite pièce pour les provisions d'hiver : les pommes, les poires, les pommes de terre. Le matin, avant de partir pour la campagne, on mettait une chaise devant la porte, sur la chaise on mettait quatre ou cinq assiettes pleines de fruits, vous n'aviez pas besoin de mettre une étiquette, les gens savaient ce que cela voulait dire, c' était un sou l' assiette; eh bien, le soir, l' assiette était renversée et y avait le sou pardessus...
Moi, quand je pense à Saint Laurent de ce temps-là, je pense toujours aux merveilleuses odeurs, les petites voitures qui traversaient la ville remplies de fleurs, roses de mai, jasmin, fleurs d'oranges amères, ces petites voitures traînées par des chevaux étaient remplies jusqu'au bord de ces fleurs, et Saint Laurent de ce temps-là sentait bien bon... »
Cette vie rustique fit la renommée du pays dès la colonisation romaine, avec la culture en terrasse des oliviers, sur le modèle africain; de grands domaines, les villae rusticae, exportant leur production d'huile par Antibes sur l'Italie. Les Romains auraient aussi introduit la culture, toujours en terrasse, du bigaradier, l'oranger commun au fruit aigre ou amer, dont la fleur distillée en eau est à la base de l'essence de néroli des parfumeurs de Grasse, elle-même base de l'eau de Cologne.
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