02.05.2007

RENCONTRE AVEC L'AUTEUR...

EDMOND ROSSI VOUS ACCUEILLERA ET VOUS DEDICACERA SES LIVRES A L’OCCASION DE LA « 10 EME EDITION DE LA JOURNEE DES LIVRES ET DES ECRIVAINS DU COMTE DE NICE & DE PROVENCE » A SAINT LAURENT DU VAR, PRES DE L’EGLISE, AU CŒUR DU VIEUX VILLAGE, LE SAMEDI 5 MAI  2007 DE 10H00 A 18H00.

 

18.04.2007

SORCELLERIE: UNE MENTALITE QUI PERDURE

                                SORCELLERIE

  Manifestation, évènement extraordinaire d’origine mystérieuse, qui semble relever de pratiques magiques de forces surnaturelles.
Le fait est que le mot magie n’a pas de signification vraiment précise et qu’il en existe de nombreuses définitions. La sorcellerie, les superstitions, les guérisons magiques, divinations bohémiennes, l’envoûtement par rituel et vaudou, toutes ces pratiques et croyances ne peuvent donc pas être réunies sous la même appellation de « Magie ». Cependant, la magie peut être simplement décrite comme « un ensemble de techniques rituelles traditionnelles visant à contrôler les évènements ainsi que le comportement des individus »
Ceux qui pratique la sorcellerie et la magie
En fait, il existe trois catégories de magiciens, la première, la catégorie inférieure comprend les sorciers ou sorcières qui utilisent la magie noire avec l’intention de nuire. La magie noire avait certainement fait de nombreux adeptes dès l’aube de la civilisation, comme l’attestent différents textes Égyptiens. Il est à noter que les sorciers ou sorcières ne sont pas des spectres et qu’ils ne sont pas à l’image des contes de fée, ils sont tous mortels et ils ne se promènent pas sur un balais. Leur nom désignait seulement qu’ils ne se prêtaient pas à la magie positive.

La deuxième, la catégorie intermédiaire, on retrouve les magiciens à l’esprit noble, qui ont développé leur faculté (leur 6ième sens) au point d’être capable d’utiliser à volonté leurs pouvoirs surnaturels et de parvenir à des résultats physiques et mobiles telle que la télékinésie (psychokinésie), la télépathie, la voyance ou bien comme les pouvoirs d’Uri Geller qui consiste à agir mentalement sur la matière.

On termine avec la catégorie supérieure qui représente les mages ou sages, qui utilisent leur connaissance des arcanes pour pénétrer le sens véritable de la vie. Comme par exemple les moines des Lamaseries au Tibet qui possèdent des pouvoirs paranormaux. On peut penser également que les magiciens furent les premiers médecins avec leurs rituels spéciaux assortis de recettes miraculeusement magiques.

En abordant le XX ème siècle, la magie cérémonielle trouvera encore un public avide de spiritualisme, cet attrait constant pour les sciences occultes s’explique difficilement. Les adeptes de l’occultisme constituent un groupe très fragmenté. Seuls ou en cellules, ils se consacrent à la pratique de spécialités magiques diverses, dont la magie égyptienne, la magie celtique, la magie nordique et une version de la Kabbale d’inspiration chrétienne. Aujourd’hui la magie existe toujours et la survivance des superstitions est une simple façon pour elle de continuer à prospérer au sein de la culture contemporaine.
Les alchimistes : Prêtres magiciens
Depuis les temps les plus reculés, on avait cherché le moyen de transformer les métaux vils en or. En Égypte, la métallurgie considérée comme une activité secrète, était placée sous l’autorité des prêtres magiciens.
Les "Gypsies" (Gitans, Roms) ont eu de tout temps la réputation de savoir prédire l’avenir et ils pratiquaient une forme de magie adaptée à leurs besoins propres. Venus de l’Inde où ils apparurent vers l’an 1000 de notre ère. Très proche de la nature par leur vie nomade, ils cultivaient toute sorte de croyances relatives aux animaux et aux plantes.

La sorcière classique s'habille tout en noir. Elle porte une longue robe fripée et rapiécée, un chapeau pointu et des bottines à bouts pointus ou carrés avec une boucle de métal. Elle a un nez crochu et de longs cheveux toujours en broussaille, noirs ou gris selon son âge. Les vieilles sorcières portent généralement un châle ou une veste de laine, alors que les plus jeunes préfèrent la cape. Les bijoux des sorcières représentent un démon, un crâne ou une chauve-souris. Ce sont souvent des bijoux creux dans lesquels elles peuvent mettre des mixtures magiques. Le costume ne serait pas complet sans l'attirail habituel: le balai effiloché, le grand chaudron, le chat noir et les ingrédients dégoûtants des potions maléfiques.
D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes »,

 pour commander cet ouvrage dédicacé de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.

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09.08.2006

AVEC LE DIABLE !

                        LE DIABLE EN PAYS D’AZUR 

                      

Les Alpes Maritimes, nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de villages perchés et de vallées aux étranges merveilles.

Accrochés à la roche, au-dessus de gorges impénétrables, ces villages du Haut-Pays, protégés de la vie trépidante de la Côte d’Azur, présentent un décor insolite, reflet des secrets du cœur et de l’âme de ses habitants.

C’est dans ces minuscules villages belvédères, bâtis au Moyen-Age, avec leurs rues étroites et obscures que  l’on perçoit le mieux l’occulte présence du Diable, écarté par une kyrielle de signes conjuratoires. Linteaux et portes, sculptés d’énigmatiques gravures, trahissent des préoccupations d’un autre âge, encore respectées de nos jours.

L’homme, placé dans un manichéisme affirmé dès l’enfance, baigne ici dans une atmosphère imprégnée de témoignages véhiculés par une tradition vivace.

Dans la nature, l’omniprésence du Diable s’exprime dans les accidents du relief où cimes, grottes et précipices conservent des noms révélateurs. Ailleurs, les peintures naïves ou réalistes, décorant chapelles et églises, perpétuent, comme les relations, les extraordinaires exploits et les rocambolesques aventures du Prince des Ténèbres.

Notre propos sera de recueillir et présenter une anthologie des récits les plus remarquables, relatifs aux diverses péripéties prêtées au Diable et à ses séides les sorcières, dans ce vaste territoire.

Partons vers les quatre coins du département, sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que  l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de nos propres fantasmes.

N’oublions pas qu’en chacun de nous existe un côté ange et un côté démon, bien fragile est le vernis qui nous conduit à montrer l’un, plutôt que l’autre.

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29.07.2006

AU VILLAGE PERCHE DU BROC : UNE SOURCE BIENFAISANTE

Extrait des « Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes », publié en 2002 chez Equinoxe Editions à Saint Rémy de Provence.

AU BROC, LA SOURCE MIRACULEUSE DE SAINT GERMAIN

En quittant le village perché du Broc, au Nord en direction de Bouyon, prendre la D201, petite route étroite qui aboutit au quartier Sainte Marguerite, où s’élevait jadis le village disparu des Dos Fraïres. A un kilomètre du village, un oratoire restauré se dresse sur le bord gauche du chemin. Dans la niche, une statue mitrée de Saint Germain, portant crosse, domine une petite fontaine où coule l’eau fraîche. Une sébile en pierre scellée dans le mur attend les offrandes des fidèles. Saint Germain est ici chez lui depuis le jour où il fit halte au Broc, sur la route de Ravenne où il décédera en 448.

La légende rapporte qu’un mendiant aveugle fut guéri là, grâce à des ablutions faites avec l’eau de la fontaine où s’était désaltéré le saint. Après cet événement mémorable, le quartier portera les noms successifs de la Germaine et de Saint Germain. Celui qui combattit dix sept ans durant l’hérésie en Grande-Bretagne avait auparavant à Paris consacré à Dieu Sainte Geneviève en 430. Il se rendit ensuite en Italie pour rencontrer l’Impératrice Placidie, afin de plaider la cause des peuples d’Armorique opprimés par Syagrius.

Cet évêque d’Auxerre, paré de toutes les vertus sacerdotales, est vénéré au Broc depuis des siècles. De nos jours, la fête patronale du village coïncide avec celle du Saint célébrée le 31 Juillet.

Déjà en 1312 (selon Caïs de Pierlas), il est question du prieur de Sancto Germano, donc d’un religieux à la tête d’un prieuré installé sans doute à proximité de la fameuse source miraculeuse.

Le même lieu est cité en 1589 par Joseph Brès : « En 1589, au début de l’année, le sieur de Villeplane, chevalier, vient avec deux compagnies où il y avait bien 500 hommes celle du dit chevalier et du sieur son frère le cadet, celle du baron de Castellet et autres, vinrent se loger près du Broc en un lieu appelé Saint Germain de la Commanderie de Saint Jean, et demandèrent à y entrer, ce que leur étant refusé, passèrent à Saint Paul qui tenait pour le parti de la Ligue. »

La commanderie de Saint Jean dépendait de l’ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, devenu au XVIIème siècle l’ordre des chevaliers de Malte, au destin plus heureux que celui de leurs frères Templiers.

Puis tout s’amplifie, mais cette fois-ci au Broc, où sont signalées des reliques de Saint Germain. Il n’est plus question de prieuré, probablement abandonné ou détruit.

Les reliques, provenant sans doute de l’ancien monastère, sont signalées par Doublet en 1604 dans l’église du Broc. Il s’agit d’un bras en bois, contenant quatre petits os enveloppés d’une étoffe rouge. Crillon, autre chroniqueur, nous indique en 1705 que le buste en bois de Sainte Marie Madeleine contient une once d’un doigt, celui de Saint Germain, évêque d’Auxerre.

Enfin, aux alentours de 1860, le bras disparaît et les reliques seront placées dans un buste doré représentant Saint Germain.

La tradition des vertus curatives de l’eau de la source de Saint Germain sur les affections des yeux s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Le secret est transmis de bouche à oreille et chacun recueille pieusement l’eau qui guérit pour l’emporter.

Une analyse scientifique en laboratoire nous apprendrait sans doute toutes les données qui aboutissent à la savante composition de l’eau de la source miraculeuse. A moins que, comme pour toutes les fontaines saintes, l’eau lustrale de la source issue de la terre mère origine de la vie suffise à guérir par ses seules propriétés surnaturelles. Si les fontaines sacrées sont en général prétexte à pèlerinages, nous n’avons pas trouvé ici trace de ce type de vénération.

Amoureux des choses du passé et soucieux de protéger notre patrimoine local, M. et Mme Caméra, voisins immédiats de la source et de son oratoire, ont entrepris avec l’aide de la municipalité du Broc de réhabiliter le modeste monument menacé dans sa survie.

Aujourd’hui, ce touchant édicule attend votre visite, n’oubliez pas votre bouteille, vous serez alors à même de vérifier si l’eau conserve tout son pouvoir magique.

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20.07.2006

HISTOIRES DE LOUPS EN PAYS D'AZUR

LES LOUPS DANS LES ALPES MARITIMES 
Les Alpes Maritimes, nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de villages perchés et de vallées sauvages aux traditions vivaces.

Notre propos sera de recueillir et présenter une anthologie des récits les plus remarquables, relatifs aux diverses péripéties prêtées au loup, dans ce vaste territoire. Nés d’une tradition orale qui se perpétuait jadis aux veillées, ces contes partaient le plus souvent de faits réels auxquels nos anciens étaient mêlés.

Partons vers les quatre coins du département, sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que  l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de nos propres fantasmes. Mais d’abord, apprenons à connaître cet animal mythique qui persiste à hanter les Alpes Maritimes. Le loup gris d’Europe vit en meute de cinq à six individus sur un territoire d’environ 250 km2. Un code subtil de comportement vise à maintenir la stabilité du groupe et à limiter l’agressivité des individus. Animal social le loup reste soumis à une forte hiérarchie. La meute est structurée autour d’un couple dominant, seul à se reproduire chaque printemps. Les mimiques, les postures et les vocalises nuancées ne sont pas encore comprises. Elles reflètent la hiérarchie de la meute. Ainsi, les oreilles dressées, le corps raidi et le regard fixe annoncent l’attaque. La queue basse et corps aplati allant jusqu’à se coucher en présentant le ventre et la gorge  traduisent la soumission. De même le langage vocal est très diversifié : si le loup jappe et grogne selon les circonstances, c’est à son hurlement, différent pour chaque individu, qu’il est systématiquement associé. Plus que son corps élancé, de la taille d’un berger allemand, couvert d’une fourrure variant du gris au fauve selon les saisons et l’âge, c’est par son regard scrutateur que le loup fascine. Dressées et mobiles, ses oreilles surmontent une tête triangulaire dont les yeux dorés en amande sont rehaussés par un masque blanc. Les loups d’une même meute se déplacent souvent « à la queue leu leu ». Dans la neige le loup pose ses  pattes dans les traces de celui qui le précède par économie d’énergie ce qui rend leur dénombrement difficile. Les indices de sa présence vont des fèces aux empreintes de pattes laissées dans la boue ou la neige, ces traces s’apparentent à celles d’un molosse. La sécrétion odorante de ses coussinets lui permet de marquer son territoire par grattage. Les liserés noirs sur les pattes avant sont caractéristiques des loups italiens et espagnols. Discret, rapide, doté d’une ouïe et d’un odorat exceptionnels ainsi que d’une puissante denture (150 kgs de pression au cm2) le loup est un chasseur efficace surtout lorsqu’en meute il poursuit et harcèle ses proies. Les louveteaux sont allaités deux mois par leur mère. Le sevrage débute ensuite lorsque la louve et les autres adultes régurgitent la viande dont les petits se nourrissent. Le louveteau se livre sous la surveillance des adultes à des jeux avec les frères et sœurs de sa portée, se préparant ainsi au rôle qu’il assumera ultérieurement dans la meute.  

Le loup s'est maintenu  près de nous et sa présence s'inscrit encore dans la mémoire collective des Alpes du sud. Pendant sept années, de 1612 à 1618, les loups semèrent la terreur dans l'Embrunais et le Queyras. Après les luttes religieuses du XVIe siècle, une paisible coexistence s'était installée entre catholi­ques et protestants. Épargnée par le fléau des gens de guerre, la région connut d'autres ravageurs inattendus: les loups. Des centaines de personnes furent attaquées par des bandes de ces carnassiers, beaucoup en moururent. La chronique évalue à plus de 500 le nombre de victimes des loups dans l'Embrunais, sans compter celles du Briançonnais. Les loups devenaient sous la plume de témoins catholiques les « ministres de la colère de Dieu », dans la mesure où ils s'attardaient sur les territoires protestants! Dans le Queyras, les villageois, agressés jusque dans leurs maisons, abandonnèrent les hameaux pour vivre regroupés dans les bourgs. Dans les Alpes-Maritimes, des bandes de loups descendaient jusque sur le littoral avant la Révolution. Ainsi en 1751, les consuls niçois signalent dans une lettre à ceux de Saint-Laurent du Var que les incendies des bois de Provence avaient fait passer le Var à « une quantité de sangliers et de loups » les obligeant à organiser des battues. Plus tard, en 1802, on signale un loup abattu dans la banlieue de Nice. Les chroniques du XIX ème siècle dans les Alpes Maritimes relatent des attaques permanentes des loups sur les troupeaux et les hommes. Des primes furent offertes par les autorités afin d’encourager sa chasse et d’écarter le péril de ses agressions. -         Le 11 avril 1804 le Conseil municipal de Nice offre 60 livres par tête de loup. -         En 1815, le Prince de Monaco autorise le port du fusil à Roquebrune      «  pour se garder du loup ». -         Le naturaliste Risso signale en 1826 que le loup « séjourne dans nos bois et y apparaît toute l’année ». Bien qu’écartés de la Côte, les loups continuent de se multiplier dans le Haut-Pays de 1840 à 1850. -         Le zoologiste J. B. Vérany signale qu’en 1862 des chasseurs de Clans ont exterminé 150 loups et 100 lynx. -         Si en 1865 le loup est écarté des abords de Nice, il n’en est pas de même à Beuil et Pierlas. -         Lors du rigoureux hiver de 1870 un loup attaque encore un chien à La Gaude, d’autres actes similaires sont notés à Touët et Roubion où le maire organise une battue. Le Préfet distribue du poison sans écarter des apparitions et des attaques à Massoins et Pélasque en 1880. Le Valdeblore est visité par l’animal au point qu’en 1882 la loi du 3 août codifie les primes : 100 francs pour un loup, 150 francs pour une femelle, 40 pour un louveteau et 200 si le loup s’est jeté auparavant sur des êtres humains. Déjà en 1844 l’Intendant du Royaume de Piémont-Sardaigne offrait la somme équivalente en lires pour assainir le Comté de Nice qui relevait de son autorité. Ce n’est qu’en 1906 que les derniers des loups seront aperçus : quatre du côté de Péone, un en haute Vésubie dans le Boréon. Le dernier loup est tué en 1913 à Belvédère.


Néanmoins, d’autres apparitions seront signalées dans l’entre-deux-guerres, comme à Sainte Anne de Vinadio, selon le Dr Paschetta. En 1987 à Berghe sur la commune de Fontan un loup est abattu, il précède le retour du prédateur dans le secteur du Mercantour où un couple (?) est aperçu en 1992 suivi de six congénères en 1994. Dans les vallées des Alpes Maritimes, la toponymie conserve le souvenir de l’omniprésence du loup : les bois sombres, les « loupières » ou « loubières » rappellent encore sa fréquentation des lieux. Entre Villeneuve-d'Entraunes et Bantes un énorme rocher placé au bord du chemin, la « peïra déou loup », confirme le récit d'un paysan du lieu qui, attaqué par une meute, n'avait eu la vie sauve qu'en grimpant sur la pierre. Ainsi posté, appelant et faisant tournoyer son bâton, il avait pu attendre du secours. Le col de Gratteloup, entre les vallées de la Vésubie et de la Tinée, restitue une réalité du passé tout aussi douloureuse. Les bergers transhu­mant avec leurs troupeaux étaient plus exposés que quicon­que. Dans les pacages, pour défendre les bêtes des attaques des loups et des ours, ils disposaient de molosses armés d'un collier de clous: les chiens de parc. Le soir, les enclos abritant le bétail avaient le haut de leurs murs garni de grosses pierres pointues pour décourager ces mêmes rôdeurs. Dans ce contexte, fertile en anecdotes, l’évocation de l’inquiétant carnassier ne pouvait qu’alimenter les contes des veillées où l’imaginaire rejoignait la réalité.  Aujourd’hui le loup fréquente à nouveau les Alpes Maritimes. Retour naturel selon les officiels, ce qui garantit sa protection par la convention de Bernes ou réintroduction dans le parc du Mercantour à des fins expérimentales ? Le débat est ouvert compte tenu de l’incompatibilité du prédateur avec une activité pastorale traditionnelle. La Présence de « Canis lupus » (nom latin du loup) remet en cause la garde des troupeaux, nécessitant l’équipement des bergers en enclos, cabanes pastorales et chiens « patous », ainsi qu’un système de compensations. L’efficacité du « montagne des Pyrénées » ou « Patou », molosse spécialisé depuis des siècles dans la protection des troupeaux, s’est vérifiée depuis le retour du loup. Actuellement le nombre de loups s’élèverait à une vingtaine de têtes dans le Parc du Mercantour et autant dans les Alpes Maritimes. A l’évidence, la réapparition du loup dans les Alpes menace aujourd’hui le pastoralisme extensif du département, déjà affaibli par une impitoyable concurrence internationale. Le retour « naturel » du loup dans les Alpes, au début des années 90, tient davantage de la croyance que de la vérité scientifique selon les conclusions de Franco Zunino, biologiste italien de renom, lequel penche pour une introduction volontaire de plusieurs individus en divers lieux. Pourtant, le berger et son troupeau remplissent une fonction reconnue de protecteur intégré de la montagne qu’il nettoie et régénère pour mieux la sauvegarder. Il est pour le moins surprenant que l’homme décourage l’existence et le maintien de cette activité ancestrale, en imposant et tolérant la présence d’un prédateur hostile au pastoralisme traditionnel.

Le fossé est évident entre l’utopie écologique des citadins rêvant d’une nature sauvage des premiers âges, considérant le loup comme une « tendre peluche », et la réalité vécue par les acteurs sociaux de la montagne.

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EDMOND ROSSI SIGNERA SES DERNIERS OUVRAGES RELATIFS A L'HISTOIRE DE LA REGION :

SAMEDI 22  JUILLET A LA «  JOURNEE DE LA LITTERATURE»

DE

SAINT MARTIN VESUBIE.

12.05.2006

EVOCATION DU PASSE DU PAYS D'AZUR

LA VIE SIMPLE D’AUTREFOIS AU PAYS D’AZUR
 
Ici autour des leurs châteaux, les maisons vil­lageoises se sont assemblées, à flanc de rocher, serrées les unes contre les autres, formant enceintes percées de quelques portes donnant accès à un laby­rinthe de calades, pontis, ruelles et placettes.
Sublimes sur leur socle ou leur piton rocheux, ces vil­lages sont typiques de la région, comme de tous les pays méditerranéens, haut perchés pour échapper à la mer et à ses envahisseurs, les Barbaresques, les Maures, les Sarrasins, au début du XIXe siècle, ils venaient encore, dit-on, raz­zier les filles entre Nice et Antibes.
Pendant près de vingt siècles, entre les pillards de la mer au sud et les traînards des armées venues de l'Est ou de l'Ouest, l'une chassant l'autre, la Provence a été un pays périlleux, parcouru par des bandes. La tradition en était encore vive il y a cinquante ans, où l'on appelait la route de Saint-Jeannet à Saint-Laurent-du-Var la « route des brigands », en raison de sa solitude boisée, propice à l'agression. N'est-ce pas sur cette route que, par trois fois entre 1960 et 1970, fut attaqué le four­gon blindé transportant la paye du Centre de recherche I.B.M. de La Gaude ? Aujourd'hui, la cor­niche sur le Var est devenue une banlieue résidentielle où les villas se succèdent sans interruption.
Cette menace incessante fit qu'ici les paysans ne se bâtirent pas de grosses fermes isolées où vivre en per­manence, mais de simples abris agricoles, cabanons, bastidons, rentrant le soir s'enfermer dans le repaire de leur village où veillait à la porte, à la tour ou au clocher, le signadour. Il était bien le seul à la regar­der, la mer, dans sa méfiance. Ce sont les voyageurs des arts et des lettres, les touristes, les résidents, les retraités, les étrangers, qui en ont inventé l'obsession, tournant vers elles les terrasses et les façades de leurs villas. L'homme du pays, le paysan, ne l'a jamais recherchée ainsi, tourné qu'il était, lui, vers la mon­tagne où étaient échelonnées ses terres par planches ou terrasses aux murs et murettes de pierres sèches. Travaillées de main d'homme depuis des millénaires, elles ont donné au paysage du Pays d’Azur ses aspects d' im­menses escaliers à flanc de collines ou de baous, cam­pagnes plantées en oliviers et orangers. Orangeraies et oliveraies souvent retournées aujourd'hui à l'état sauvage dans un fouillis de hautes herbes et de basses branches chargées de fruits amers, la jusquiame blanche, la plante des maléfices, poussant vivement entre les pierres éboulées des murettes.
 
Pendant des siècles, l'usage du Pays d’Azur fut de se rendre le matin à sa campagne
- à moins que la pluie ne retienne au logis - et d' en repartir le soir pour souper et dormir au village. Cette manière de vivre déter­minant les dispositions de 1 'habitat. Chaque maison de bourg ou de village, haute et étroite, comportait : caves, à vin ou à huile en jarres; au rez-de-chaussée, écurie, remise, paneterie, puits            donnant sur  la
citerne approvisionnée en eau par les toits; à l' étage, cuisine et potager de deux à six foyers, évier, buga­dier, chambre à coucher; sous les combles, fruitier, poulailler, grenier à foin                        communiquant parfois directement avec le râtelier de l' écurie par le moyen d'un conduit, la trumba, prévue dans le mur d'arête.
Comme le raconte Marie une ancienne de Saint Laurent du Var qui a souhaité l’anonymat :
« Ici, tout le monde était cultivateur. Ils vivaient en ville et ils allaient tous les jours à leurs campagnes. Il y avait bien quelques maisons à la campagne, mais pas tellement. On cultivait des fruits, des légumes, des fleurs. Presque tout le monde faisait son vin, aussi on faisait son huile. Pour aller à notre campagne, quand on marchait bien, il fallait un quart d'heure...
Les trois quarts des paysans n'habitaient pas leurs campagnes, ils ont toujours habité la ville; on gardait les cochons à la cave, dans l'écurie il y avait l'âne ou le cheval, ou le mulet. Dans l'escalier, à chaque marche, il y avait un sac de blé, soit de légumes secs, et, au troi­sième étage, au-dessus des chambres, c'était le grenier à foin, et une petite pièce pour les provisions d'hiver : les pommes, les poires, les pommes de terre. Le matin, avant de partir pour la campagne, on mettait une chaise devant la porte, sur la chaise on mettait quatre ou cinq assiettes pleines de fruits, vous n'aviez pas besoin de mettre une étiquette, les gens savaient ce que cela voulait dire, c' était un sou l' assiette; eh bien, le soir, l' assiette était renversée et y avait le sou par­dessus...
Moi, quand je pense à Saint Laurent de ce temps-là, je pense toujours aux merveilleuses odeurs, les petites voitures qui traversaient la ville remplies de fleurs, roses de mai, jasmin, fleurs d'oranges amères, ces petites voi­tures traînées par des chevaux étaient remplies jus­qu'au bord de ces fleurs, et Saint Laurent de ce temps-là sentait bien bon... »
 
Cette vie rustique fit la renommée du pays dès la colonisation romaine, avec la culture en terrasse des oliviers, sur le modèle africain; de grands domaines, les villae rusticae, exportant leur production d'huile par Antibes sur l'Italie. Les Romains auraient aussi introduit la culture, toujours en terrasse, du bigara­dier, l'oranger commun au fruit aigre ou amer, dont la fleur distillée en eau est à la base de l'essence de néroli des parfumeurs de Grasse, elle-même base de l'eau de Cologne.
 

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