06.11.2006
ENTRE SAINT JEANNET ET LE BROC AU TEMPS DES ROMAINS
LES DEUX SOLEILS
Après une journée de marche forcée vers le nord, le long des collines dominant le Var, la cohorte de Julius Arénius installait son camp sur le promontoire du Mont gros. Déjà, les flammes des feux allumés par les hommes remplaçaient la lumière du jour qui déclinait à l'arrière des crêtes dominant les falaises des Baous. Pourtant une étrange clarté persistait là-haut sur l'un des rochers gris alors que la nuit d'hiver assombrissait la vallée. Julius fit doubler la garde et appela Vénasc le guide ligure:
« Oui ce sont bien ceux que tu cherches, les Nérusiens, mes frères, qui du haut de leur castellaras surveillent ta progression, eux seuls choisiront le lieu et le moment du combat…Sache être patient s'ils sont regroupés, la partie sera belle. - Demain nous attaquerons à l'aube, sans attendre leur bon plaisir. »
Broc et ses hommes avaient compris la manoeuvre des Romains, méfiants ils s'étaient refusés tout le jour au contact, estimant plus prudent de concentrer les membres de la tribu à l'abri des épaisses murailles de pierres de la citadelle du Baou. Du haut de leur observatoire ils pouvaient à loisir voir venir et parer aux intentions de leur adversaire.
Maintenant bêtes et gens se serraient sur l'étroite plate-forme, à l'abri de cabanes de branchages. Un grand feu allumé au centre du camp éclairait de ses flammes les visages barbus et chevelus des hommes valides, rassemblés autour des chefs et du mage.
Un conseil, présidé par les anciens, mettait au point le plan de bataille, après avoir sondé les augures. Au couchant, le mage Pélasc avait interrogé Héol dieu soleil, fécondateur du sol et de la femme, sa réponse laconique tenait en quelques mots:
« Chance et victoire quand je meurs au milieu du jour. » Baissé sur les braises, assisté de deux vierges, Pélasc attendait maintenant l'oracle d'Hésus, dieu de la guerre, avant d'embraser la poignée d'herbes odoriférantes, la fumée indiqua le lieu de la future bataille: « C'est au Nord! » Les prêtresses du dieu arrosèrent enfin les flammes avec une jatte de lait de chèvre, cinq volutes s'enroulèrent vers le ciel constellé d'étoiles. Le mage précisa l'oracle: « Au Nord et au-dessus du cinquième vallon qui court vers le grand fleuve. »
Les dieux avaient parlé. Pélasc baissa les yeux vers Broc, à lui désormais d'interpréter les sentences.
Broc proposa d'attirer les Romains vers le Nord avec les meilleurs guerriers de la tribu. Cresp et le reste des Nérusiens défendraient le camp si la manoeuvre échouait. Lorsque Broc regagna sa cabane pour prendre quelques heures de repos, Miate dormait déjà sur la couche de genêts. Il écarta les chaudes fourrures et caressa longuement le corps de la femme avant de l'étreindre. Broc eut l'impression de s'être seulement assoupi lorsque la corne du guetteur retentit par trois fois annonçant les premières lueurs de l'aube.
Précédé de Vénasc, le décurion Antonin Flavius grimpait en éclaireur le vallon des Sauques, accompagné d'une troupe, s'abritant sous les chênes verts, pour échapper au regard des Ligures. Contournant les falaises, ils apparurent enfin à la vue des défenseurs du castellaras. Ceux-ci les laissèrent s'approcher, dissimulant leur présence derrière les épaisses murailles. Le camp semblait vide, alors qu'ils avançaient maintenant confiants et à découvert, les Romains furent assaillis par une volée de flèches qui les contraignit à regagner le vallon où une pluie de pierres acheva de les mettre en déroute. Profitant de l'effet de surprise, Cresp regroupa ses compagnons, et par un sentier de fuite connu de lui seul, entraîna les Nérusiens vers le vallon opposé pour rejoindre Broc à marche forcée en contournant la montagne. La manoeuvre devait pleinement réussir et au milieu du jour, Cresp prenait contact avec la colonne de Broc, stationnée sur un promontoire dominant le Var, au-dessus du cinquième vallon.
Les Nérusiens dressèrent leur camp pour la nuit, Broc retrouvait Miate. Leur union avait débuté voilà deux saisons alors que la fille de Brusc devenue pubère se devait d'être initiée à ses nouvelles fonctions de femme. Le soir de la première lune suivant le solstice d'été, Broc, homme expert et doux, avait défloré, selon l'usage, les six vierges échangées avec la tribu de Brusc. La scène s'était déroulée devant témoins, face aux flammes du feu de camp, le mage Pélasc avait prononcé les paroles rituelles propres à apporter la sollicitude d'Héol, fécondateur universel. Depuis Miate n'avait plus quitté la cabane du chef Nérusien.
La journée s'achevait, alors que Julius Arénius amer installait ses légionnaires dans l'enceinte déserte du castellaras du Baou. Le lendemain, les Romains réussissaient à coincer leurs insaisissables adversaires les contraignant à se battre en rase campagne. Le choc fut rude et l'issue de la bataille incertaine jusqu'au milieu du jour.
Alors, Héol abandonna ses adorateurs pour disparaître derrière la crête de la montagne. Le dernier carré des Nérusiens succomba sous le nombre, Broc et Miate prisonniers furent traînés aux pieds de Julius Arénius. Narquois, le Romain leur tint ce langage: « Fier Ligure, si ton dieu Héol réclame ma clémence, je te laisserai libre toi et ta femme, qu'il réapparaisse! et vous pourrez partir, sinon ce sera la mort pour toi et le lupanar pour ta compagne! » Broc baissa la tête, mais dans un sursaut Miate se dressa et leva les bras vers le ciel, alors à la surprise générale le soleil réapparut soudain éclatant, inondant de lumière le champ de bataille.
Le consul Arénius tint parole, Broc et Miate libérés poursuivirent dans les montagnes du Pays niçois une vie rude et indépendante.
Si un jour entre le 20 novembre et le 20 janvier, vous visitez le village du Broc surplombant la vallée du Var, vous remarquerez que le rocher de la Péloua, au sud, intercepte le soleil entre midi et quatorze heures. Héol, bas sur l'horizon, passe pendant ces deux heures derrière le sommet de la colline pour réapparaître et resplendir l'après-midi, Il n'a jamais trahi les siens.
D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes maritimes » (Equinoxe-éditions Saint Rémy de Provence), pour commander cet ouvrage de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
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28.09.2006
PROCHE DE NICE A LA TRINITE, UNE CURIOSITE DE LA NATURE...
Au Nord de la Trinité, sur la route de Laghet, à environ trois kilomètres, un pin pousse sur un gros rocher en bordure du parapet. La légende rapporte que le culte de Cybèle aurait été célébré ici, dans l’Antiquité, auprès d’un lac aujourd’hui disparu et auquel le ruisseau de Laghet qui le traversait devrait son nom.
Loin des appétits matériels et vulgaires, les prêtres de la déesse y goûtaient la paix de l’âme dans de fraîches cavernes abritant des lits de feuillages. Il advint qu’un des serviteurs de ce pieux collège céda à la tentation basse et sensuelle de l’amour charnel. Il était jeune et se plaisait à s’attarder au fond des bois où dryades et faunes, joueurs de flûte, s’adonnaient à leurs danses lascives, prémices d’orgiaques mêlées.
Poursuivi par une aguichante et rieuse nymphe, belle entre toutes, il s’enfuit, troublé, ressentant soudain une soif de puissance inconnue, il oublia le voeu de continence pour céder à l’attrait du plaisir.
Longtemps, la déesse feignit d’ignorer l’outrage répété. Une nuit, la passion le faisant sortir de la grotte, il entraîna l’objet de sa flamme sur les bords des eaux sacrées. Le miroir du lac ayant reflété la criminelle étreinte, le courroux de Cybèle, insensible à la radieuse beauté de la nymphe, se manifesta impitoyablement : la coupable fut terrassée dans ses bras. Le prêtre s’enfuit, éperdu de douleur et de remords. Des jours et des nuits durant, le malheureux erra dans ces parages, l’esprit harcelé par l’angoisse du châtiment qu’il sentait peser sur lui. De désespoir, il allait céder à l’attraction d’un gouffre, lorsque la Déesse le métamorphosa en pin.
C’est ainsi qu’à la suite de ce tragique amour charnel, s’élève cet arbre étrange, poussant contre nature sur un énorme bloc de rocher, au bord du chemin conduisant à Laghet.
Extrait des « Légendes et Chroniques insolites des Alpes maritimes » (Equinoxe-éditions Saint Rémy de Provence), pour commander cet ouvrage de 23 € : téléphoner au 04 90 90 21 10
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27.08.2006
AVEC LE DIABLE A NICE
En 1950, la municipalité de Nice décida la construction d’un ascenseur reliant les Ponchettes à la plate-forme méridionale du Château, en utilisant un ancien puits. Il s’agissait du fameux Puits du Diable, chargé d’Histoire et de Légende, considéré alors par les Niçois comme «la huitième merveille du monde », selon l’historien et chroniqueur Paul Canestrier qui en étudia le passé.
Cet auteur rapporte qu’en 1517, Charles III duc de Savoie, prolongea l’enceinte fortifiée du Château et de la Citadelle de Nice jusqu’au bord de la falaise sud allant de la pointe de Rauba-Capeù jusqu’à celle des Ponchettes. On bâtit alors, au-dessus des Ponchettes, une grosse tour ronde, «la Tour Bellanda » dont la partie basse sert aujourd’hui de belvédère privé. Pour parer à l’insuffisance d’eau de la Citadelle, le gouverneur de Nice Ludovic de Malingre, résolut de creuser dans le roc un puits large et très profond, plongeant au-dessous du niveau de la mer. En 1518, c’était une entreprise d’une audace inouïe.
Un paysan de l’Ariane, le sourcier Millo, sa baguette de coudrier en main, interrogea les entrailles de la colline du Château et ne tarda pas à repérer un point d’eau souterrain.
Il affirma au gouverneur qu’en forant profondément à l’endroit qu’il marquait, au-dessus des Ponchettes, on trouverait une source suffisante, sans cependant descendre au-dessous du niveau de la mer. Le gouverneur donna des ordres en conséquence. L’ingénieur Bergante dirigea les travaux.
Les premiers sondages révélèrent une couche d’argile, ce qui donna confiance. Puis on ne trouva que roc. On avait déjà perçait jusqu’à 50 mètres de profondeur.
Les moines du couvent de Saint-François voyaient ces travaux d’un mauvais œil. Tous les matins, plusieurs d’entre eux montaient dans la Ville Haute, conduisant de petits ânes chargés de tonnelets pour vendre, de porte en porte, l’eau si appréciée de leur puits de « San Francès ». Cela rappelle encore le «bon padre » de Cimiez qui vers 1900, descendait le matin, à Carabacel, avec son bourricot aux banastres pleines d’appétissantes salades de «mesclun ». Le nouveau puits menaçait les moines de « San Francès » dans leur clientèle.
Ils présentèrent Millo à l’évêque, comme un sorcier, un messager du Diable, ajoutant que le puits creusé ne donnerait jamais de l’eau et servirait de repaire aux diablotins cornus, au méchant démon Gorgon à l’affreuse tête de bouc. L’évêque insista auprès du gouverneur pour arrêter les travaux.
Le gouverneur résistait. Et voilà qu’un ouvrier remonta du puits épouvanté !
Il tremblait de tous ses membres. Il avait vu, au fond du puits, le démon Gorgon, sa tête hideuse de bouc dégouttante de sang, les yeux exorbités, avec des cornes immenses.
Aussitôt, la population assiégea la maison de l’évêque, le supplia de faire combler ce maudit Puits du Diable, de poursuivre Millo, coupable du crime de sorcellerie. Harcelé par la populace et les moines, l’évêque dut se résigner à aller, en compagnie du vénérable chapitre de la cathédrale Sainte-Marie, sommer le gouverneur de combler le puits et de lui livrer Millo.
Il dut exorciser le puits d’où l’on remonta, en effet, la tête hideuse de Gorgon, ce qui excita encore la fureur de la foule et déchaîna le plus épouvantable des charivaris.
Pour calmer l’effervescence populaire, le gouverneur suspendit les travaux, fit arrêter Millo, sa femme et sa fille. Au moment précis où la jeune fille franchissait la porte de la Citadelle, une eau limpide, fraîche, d’un débit considérable jaillit du fond du puits. La population exulta. Millo, sa femme et sa fille furent portés en triomphe.
Le puits conserva néanmoins, dans le langage populaire, le nom de Puits du Diable, «lou pous daù diaou ».
On sut plus tard qu’un franciscain avait jeté dans le puits la tête d’un vieux bélier à peine abattu, pour faire croire à la présence du démon Gorgon.
Ce récit est consigné dans d’anciennes chroniques niçoises.
Le Puits du Diable fut comblé de décombres en 1706 lorsque le duc de Berwick fit raser le Château de Nice. Le Génie le fit déblayer sous la Révolution. Puis on y trouva les preuves matérielles de tant d’infanticides qu’on fit boucher l’ouverture par une voûte en 1830.
Négrin rapporte qu’en 1860, du chemin des Ponchettes, on voyait, dans le rocher, au niveau du fond de ce puits, une excavation toujours pleine d’une eau réputée «la meilleure de Nice ». Il paraît même que plusieurs filets de cette source sourdent à quelques brasses de la grève des Ponchettes et qu’au milieu de l’onde amère, là où des globules d’air indiquent des bouillonnements, on peut puiser une eau potable.
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22.08.2006
RETROUVONS LES GUEYEURS A SAINT LAURENT DU VAR LE 26 AOUT A 16 H
SAMEDI 26 AOUT A 16 HEURES
Pour information: Cette nouveauté originale inspirée par l'Histoire et la tradition susceptible de vous intéresser.
Rendez-vous en couple ce samedi 26 août à 16 h place de la Fontaine au cœur du Vieux Village de Saint Laurent du Var, pour participer à la "Course des Gueyeurs" organisée dans le cadre de la première "Fête des Gueyeurs" . Les hommes porteront leurs cavalières sur leurs épaules, comme jadis pour la traversée du Var, pour parcourir un itinéraire défini dans les petites rues du vieux Saint Laurent, avant de déguster la socca et de participer au bal. Venez nombreux !
L’idée d’une fête des gueyeurs à Saint Laurent du Var a le mérite d’être ancrée dans une tradition historique remontant à l’origine de la cité, bâtie au bord du Var pour en assurer la traversée.
Rappelons que déjà en 1005 l’abbé de Saint Véran reçut une habitation dans un hameau dénommé Varum, sur la rive droite du fleuve, où Saint Laurent s’est installé par la suite. Au XIIè siècle un ermite se rendait chaque année sur les bords du Var avec deux chevaux pour faire passer les pèlerins se rendant à l’abbaye de Lérins.
La création d’un hospice confié à des religieux va poursuivre cette coutume pendant les siècles suivants jusqu’au XVè siècle. « La barque de l’hospice » assurait alors le passage d’une rive à l’autre du Var.
Lorsque Saint Laurent est repeuplé en 1468 par son seigneur l’évêque de Vence, Raphaël Monso, désireux de garantir la sécurité du gué, obligation est faite aux nouveaux venus, de tenir une barque sur le Var pour en assurer le passage. Ces premiers gueyeurs laïques, dénommés « Riveraschi », vont s’organiser en corporation et maintenir leur activité jusqu’au XIXè siècle.
Les gueyeurs disparaîtrons lorsqu’un pont traversera enfin le fleuve de manière définitive en 1864.
Les gueyeurs ont donc marqué le passé laurentin durant plus de huit siècles.
Aujourd’hui leur souvenir se perpétue dans le Vieux Village par une modeste rue portant leur nom, elle relie la place de la Fontaine à la rue des Remparts.
Récemment, en 2000, un rond point au carrefour des rues du 11 novembre, du Point du Jour et de l’Ancien Pont s’est vu paré d’une sculpture représentant une voyageuse à califourchon sur le dos de l’un de ces porte-faix, acteurs glorieux de l’Histoire de la cité.
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http://saintlaurentduvarhistoire.hautetfort.com16:09 Publié dans Découverte du Pays d'Azur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : HISTOIRE
23.07.2006
LE PAYS D'AZUR, UNE REGION FORTIFIEE
DES FORTIFICATIONS ET DES HOMMES
Les Alpes Maritimes possèdent le plus grand nombre de villages perchés de tout le bassin méditerranéen, à des altitudes variant de 350m à 1600m. Leur mode de vie agropastoral est resté longtemps protégé, au bout de chemins sinueux surplombant des gorges et des clues autrefois dangereuses et impénétrables.Lieux difficiles d’accès, isolés, leur charme de petit monde clos et moyenâgeux restitue l’image des premiers villages.
Bien qu’il soit reconnu qu’on se défende mieux sur un sommet, le phénomène est ici accentué par la pression de la menace sarrasine qui s’opéra du VIIIème au Xe siècle, ramenant la population des plaines et des vallées sur les hauteurs.
Ce mode de positionnement élevé est une continuité du passé, lié à la nature d’un sol rocheux qui se décline de la pierre sèche des terrasses, à celle taillée pour les maisons et les donjons ou creusée pour les citernes.
Qualifiée de civilisation du rocher ou de la pierre, celle-ci débute dans les Alpes Maritimes dès la protohistoire avec les « castellaras », ces solides fortifications faites d’énormes blocs superposés dressées sur des éminences.
Les 350 citadelles de ce type dénombrées dans le département ne seront que les ancêtres des futurs villages du Moyen Âge.
Lorsqu’au tournant de l’an mille un puissant élan mystique s’empare de la région libérée des Sarrasins, la côte et les vallées se hérissent peu à peu d’églises et de villages ecclésiaux, fortifiés de châteaux et donjons, véritables joyaux architecturaux.
Certains de ces sites ont su résister à l’épreuve du temps et des guerres, pour faire des Alpes Maritimes un des départements les mieux dotés en matière de villages perchés, fortifiés d’un château.
Lorsque va naître le castrum, avec ses ruelles étroites et ses hautes maisons construites sur des pitons rocheux ou accrochées au bord d’un plateau, la volonté évidente des bâtisseurs sera de rassembler la population autour du château et de l’église.
Une approche attentive de ces monuments nous est permise pour écouter, appuyé aux pierres tièdes, les frôlements de la brise qui en raconte l’histoire.
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17.07.2006
LES MYSTERES DU PAYS D'AZUR
A LA PENNE, LA CURIEUSE
«PIERRE D'URIEL»
A 73 kilomètres de Nice, la Penne, petit village juché sur un promontoire face à un large bassin verdoyant rappelant les frais bocages des régions' septentrionales, se présente comme un oasis pastoral après les aridités rocheuses parcourues par le visiteur qui y accède. La Penne cache un secret que nous allons essayer de dévoiler à la lumière des hypothèses qui s'affrontent sur l'origine de ce charmant village, hypothèses étayées par de curieuses pierres écrites.
La Penne fut occupée par les hommes dès la préhistoire, on a retrouvé sur le territoire de la commune des haches de silex taillé et poli.
La toponymie du lieu serait attribuée à la richesse du gibier à «plume» dont aurait joui cette région dans le passé.
Sous l'occupation romaine, la Penne, carrefour de voies ( voies romaines allant vers Ascros et le Villars, vers Ascros et Gilette, vers Entrevaux par Saint Pierre, vers Sigale par les clues du Miolans.) fut, comme le Val de Blore, le val de la paix romaine, on en retrouve de nombreux vestiges et notamment autour de la petite église Notre-Dame située en dehors et en contrebas du village.
Cette église serait bâtie, selon Alexandre Baréty, sur une mansio (édifice romain), la tour carrée qui se dresse sur le flanc de cette chapelle (orientée vers la Terre Sainte), tour attribuée par certains aux Templiers, conserve dans sa partie inférieure tous les caractères d'une construction romaine.
Dans le cimetière attenant qui semble avoir été la cour intérieure de la mansio, puisque dallée, se cachent parmi les hautes herbes des pierres écrites et en particulier la fameuse et mystérieuse «pierre d'Urie1».
Une première pierre écrite en caractères romains porte l'inscription complétée ci-dessous :
DEO MARTI IEVSD
RINO P AG BERITI
N D E S Va SIBI
POSVERVUNT
(Au dieu Mars, jeusdrinus, les paysans de Beritum, ont de leurs deniers, et pour eux, élevé ce monument).
Dans cet enclos, près de la porte d'entrée, se trouve couchée ce qu'en 1914 Alexandre Barety appelait «une longue stèle funéraire portant une inscription fruste illisible». C'est la pierre d'Uriel dont certains ont pu dire qu'écrite en caractères chaldaïques elle constituait le témoignage de la fondation du village par une colonie juive venant de la Syrie ou d'une ville proche, après avoir échappé à un pogrom comme il en existait au Moyen Age.
En effet, en 1317, «les Pastouraux» ravagèrent la France, ayant besoin de victimes expiatoires ils trouvèrent les Juifs (usuriers, commerçants, médecins); les populations urbaines fraternisèrent avec les Pastouraux et de nombreuses cités du Languedoc, en particulier, eurent droit à d’horribles massacres. De là, des mesures discriminatoires poursuivront les communautés juives pendant tout le Moyen Age: en 1335, des statuts indiquent à Grasse «que les viandes ne doivent être ni découpées, ni préparées, ni débitées, ni achetées par les Juifs aux tables ordinaires». Au milieu du XIVème siècle, une ordonnance souveraine les oblige à porter sur leurs habits une marque distinctive: «roue d'étoffe rouge de trois doigts de large» ; ils sont tenus de demeurer dans une seule rue et il leur est interdit d'en sortir la nuit.
Il existe un ghetto à Nice, Puget-Théniers et à Grasse, aussi est-il possible que certains membres du ghetto de Puget-Théniers, exaspérés par des mesures vexatoires ou menacés pour leur vie, aient choisi le calme biblique du bassin de la Penne. Ce lieu, constitue le cœur du Val de Chanan ( du Xl ème au XVème siècle ), probablement dérivé de Canaan, nom biblique de la «Terre Promise», «le pays de miel et de lait» des Israélites.
Edmond Blanc, dans son «Epigraphie des Alpes Maritimes», qu'il publia en 1877, reconstitua d'une façon valable les éléments de l'inscription de la pierre d'Uriel, romaine selon lui. Il en donna une traduction et expliqua d'une manière positive les signes (butaure, croissant, étoile) qui décorent le haut de la pierre. Voici l'inscription complète :
P M O N (ta)
NIO FILI (i)
PATRI P (i) O
VIVIS E (t) (Sibi)
(po) SVER (unt)
Diis Manibus, Publio Montanio: filii patri pio vivis et sibi possuerunt. Et la traduction: «Aux dieux mânes, à Publius Montanius, ses enfants ont élevé ce monument à leur père très pieux de leur vivant et pour eux-mêmes». Quant aux signes (butaures, croissant, étoile), ils seraient les emblèmes des sectateurs de Mithra, secte importée de Rome, à l'époque de Pompée.
Les deux hypothèses se rejoignent quant à l'origine juive des signes (butaure, croissant, étoile); Mithra, esprit de la lumière divine, étant l'un des génies de la religion mazdéenne (iranienne), rejoint la définition d'Uriel, ange signifiant en hébreu lumière de Dieu, dans les liturgies orientales (Babylone).
Le point obscur reste l'origine de la pierre écrite et de ceux qui en tracèrent les signes.
Aujourd'hui, et encore plus qu'en 1914 pour Alexandre Baréty, illisible, la pierre d'Uriel garde son mystère, inscription chaldaïque ou romaine, elle n'a pas fini de troubler les visiteurs intéressés par les choses du passé.
Edmond ROSSI
Extrait des « Histoires et Légendes du Pays d’Azur »
EDMOND ROSSI SIGNERA SES DERNIERS OUVRAGES RELATIFS A L'HISTOIRE DE LA REGION :SAMEDI 22 JUILLET A LA « JOURNEE DE LA LITTERATURE »
DE SAINT MARTIN VESUBIE
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28.05.2006
AVEC LES BANDITS DE JADIS
LES BRIGANDS DE
LA GARBASSE
( 3 ème partie)Alors que Sylvaine se préparait à aller ferrer un couple de mulets jusqu'à Saint Jeannet, elle eut la curiosité de se pencher vers le vallon. Ecartant les genêts humides de rosée, elle aperçut en contrebas une tunique bleue à demi cachée par les buissons, puis deux, puis trois! Son sang ne fit qu'un tour.
Des tuniques il y en avait partout autour de la bergerie !
Bientôt au son des tambours et des fifres comme à la parade, les quatre vingts gardes de la gabelle encerclaient le repère des bandits. Le combat s'engagea impitoyable, les hommes du lieutenant Audibert ne lâchaient pas prise. Au crépuscule, les gardes malgré la vigueur de leurs attaques, n'étaient pas parvenus à escalader les rochers derrière lesquels se retranchaient les brigands.
Profitant de la nuit tombante Jean Bouis et Sylvaine rassemblèrent les rescapés, la retraite s'effectua en bon ordre. Franchissant les lignes adverses en rampant dans l'obscurité, ils s'enfuirent vers le col du Pilon et par la forêt jusqu'à la Baronne où, traversant le Var ils trouvèrent refuge dans le Comté de Nice.
De là, par le Piémont et la Savoie, les malandrins réapparurent plus tard dans le Dauphiné pour y poursuivre leur vie aventureuse.
Aujourd'hui il ne subsiste que les ruines d'une bergerie accrochée sur une barre rocheuse. En ces temps lointains, avant de s'engager sur cette portion du chemin reliant Saint Laurent du Var à la Gaude, le voyageur recommandait son âme à Dieu. Accélérant le pas il fixait alors avec inquiétude ces murs gris et sinistres qui abritaient les terribles brigands de la Garbasse.
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22.05.2006
AVEC LES BANDITS DE JADIS
LES BRIGANDS DE
LA GARBASSE
( 2 ème partie)La situation de la bâtisse à l'écart, perchée comme une tour sur la barre rocheuse dominant le chemin de Vence à Saint Laurent et à deux lieues du gué de la Baronne, présentait tous les avantages.
Après avoir déchargé et déballé les coffres, pansé chevaux et mulets, on aménagea tant bien que mal.
Sylvaine alluma un grand feu dans la cheminée de la salle commune pour chasser
l 'humidité, le repas fini le chef fit le point. Le jour suivant, les éclaireurs iraient reconnaître les alentours, quelqu'un aurait pour mission de contacter à Saint Jeannet un certain Baptiste Béranger, ancien du bagne de Toulon, vieille relation de chaîne de Jean Bouis, reconverti dans la contrebande.
Tard dans la nuit, Sylvaine rejoignit son amant dans la paille, caressant sa poitrine velue elle posa ses lèvres sur l'échancrure où s'inscrivaient en cicatrices roses les deux lettres G.L. marquées au fer rouge.
Baptistin Béranger, un rouquin vif et trapu accepta avec joie ce renfort inattendu qui allait décupler les profits de ses coupables activités:
«Tu sais, Jean, ce qui marche en ce moment, ce sont les «indiennes», ces étoffes peintes ou imprimées. On en raffole par ici. Ça sert aussi bien pour les toilettes que pour l’ameublement. On les trouve pour rien à Villefranche, le tabac aussi y est détaxé !
- Très bien, mais il faut une mise de fonds pour démarrer notre affaire. Je m ' en charge.
- T'en fais pas je connais le moyen, avec des hommes décidés, on peut faire coup double: éliminer des concurrents et ramasser l'argent qu'il nous faut».
Le marché était conclu.
Dans les semaines qui suivirent, les rapports de police notent des attaques çà et là: une ferme, un hameau, une auberge un peu isolée, sans parler des malheureux voyageurs détroussés alors qu'ils se rendaient des terres de Savoie vers la Provence. Jean Bouis, Sylvaine et leur bande ne chômaient pas.
Ainsi voilà ce qui se passa le 20 novembre 1780.
Ce soir là, la ferme de la Grande Bastide au Touroun devait être mise au pillage. Prétextant venir de la part du roi, pour voir s'il n 'y avait pas de produits de contrebande cachés dans la maison, la bande s'introduisit dans la ferme...
Le lendemain lorsque la maréchaussée parvint sur les lieux, ce sera le spectacle classique si souvent décrit: la demeure dévastée, les malheureux occupants grièvement blessés, les coffres et les armoires éventrés, le linge éparpillé sur le sol et les cachettes si chères aux paysans vidées de leur contenu. Cette fois les bandits avaient emporté mille cent livres en pièces d ' or, puis fouillant la magnanerie deux mille deux cents livres dans une «pignata». Des armes avaient également disparu: trois pistolets, deux fusils, quatre couteaux et tout ce qui pouvait représenter à leurs yeux une quelconque valeur.
Les sommes ainsi recueillies furent investies dans l'achat de ces fameuses «indiennes», ces produits à la mode vendus ensuite à des prix compétitifs.
Grâce à l'habile Baptistin, les débouchés ne manquaient pas. Le commerce de ces marchandises joint à celui du tabac assuraient des revenus plus lucratifs que les incertaines et dangereuses attaques de fermes ou de diligences.
Sylvaine et Jean prospéraient, grisés par leurs succès ils rêvaient souvent les nuits de pleine lune se voyant déjà en bourgeois nantis et respectés, ayant pignon sur rue, entourés d'une foule de valets s'activant dans de vastes entrepôts bourrés de ballots de toutes sortes: «Tu ne changeras pas Sylvaine, je t'ai connue servante dans une auberge et tout de suite tu m'as séduit avec ton teint de lait et tes yeux de renard malicieux. Pour toi, j’ai quitté Gaspard, pour toi, j'ai aujourd'hui arrêté de voler, me limitant à la contrebande quitte à passer auprès des autres pour un couard. Voilà maintenant que tu veux me transformer en bourgeois pansu ! Tu exagères !
- Jeannot nous serons heureux et tranquilles. Pourquoi risquer sa vie chaque jour ? Je ne veux pas te perdre et puis j'en ai assez de courir les chemins».
Au fil des jours, les brigands de la Garbasse rentrent en relation avec des commanditaires de Vence et Grasse qui vont même jusqu'à leur avancer les fonds nécessaires à leur trafic!
De l'autre côté de la frontière, les marchands du port franc s'engagent à les ravitailler pourvu qu'ils assurent l'écoulement de leurs produits. Organisés et efficaces, Jean Bouis et sa troupe sillonnent alors de nuit des itinéraires d'approvisionnement tortueux.
Leurs caravanes muletières franchissent les gués du Var puis par des chemins détournés livrent leurs cargaisons aux quatre coins de la région.
Oubliant leur vocation première de brigands, les hôtes de la Garbasse se transforment en «margandiers» c'est à dire en négociants contrebandiers scrupuleux et responsables.
Pourtant sur leurs têtes pèsent des menaces aussi lourdes que celles encourues par des bandits de grand chemin. L'exemple se doit d'effrayer le peuple en le dissuadant de se livrer à pareil négoce: c'est la galère à perpétuité et pour le récidiviste la peine de mort, écartelé sur la roue.
Déjà Jean Bouis envisage de s'installer avec sa belle, rue Saint Lambert à Vence, non loin de l'évêché. Pourtant tout bascule à nouveau un beau matin de mars 1781.
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19.05.2006
AVEC LES BANDITS DE JADIS
Cette menace permanente entraîna les habitants dès la préhistoire à se regrouper sur des promontoires pour mieux voir et se défendre. Retranché entre les murs des villages perchés, on n'en sortira que pour les nécessités agricoles et pastorales. De là, les petits cabanons, les modestes bastides et bergeries éparpillées dans la campagne offrant, à quelques heures du village, un abri temporaire. Point de grandes fermes isolées, propres aux hautes vallées alpines, mieux protégées parce qu'à l'écart des visiteurs indésirables.
Le souvenir de ces agressions n'a pas quitté la mémoire des anciens. Voici encore quelques dizaines d'années le chemin reliant Saint Laurent du Var à Saint Jeannet était baptisé «la route des brigands». Serpentant le long des collines à travers les solitudes forestières propices aux guets-apens, il ne devait pas faillir à sa réputation jusqu’en 1970. A cette époque et à trois reprises, les fourgons blindés transportant la paye du Centre d'Etudes et de Recherche d' l.B.M. furent attaqués en ces mêmes lieux. La malédiction s'est dissipée aujourd'hui le long de la corniche où les villas résidentielles se succèdent presque sans interruption.
LES BRIGANDS DE
LA GARBASSE
(1ère partie)
Lorsque Sylvaine déballa les vêtements du coffre ramené à la grotte du Mont Vinaigre, elle poussa des exclamations de joie. Présentant contre son corps juvénile une superbe robe à paniers et dos flottant, décorée de dentelles, elle lança:
«Avec ça Jeannot, tu ne pourras pas dire que tu n'as pas une dame !»
Faisant lestement sauter sa chemise qui cachait deux seins pointus, la jeune fille enfila l’habit puis ajusta soigneusement le corsage lacé à baleines. De gros rires saluèrent la métamorphose de Sylvaine Gastaud. Les hommes assis autour du feu n'en croyaient pas leurs yeux. Surpris par le spectacle, Gaspard de Besse le chef entrant dans la grotte s'écria: «Oh! Mais c'est la Du Barry en personne !»
Encouragée par le succès, Sylvaine souriante se para alors d'un collier et de boucles d'oreilles garnies de brillants... Tenant un miroir à main, elle rejeta en arrière sa chevelure blonde avant d'éclater d'un rire sonore. Son ami Jean Bouis observait la scène, à l’écart, de ses petits yeux noirs pétillants du reflet des flammes qui éclairaient la caverne.
Ce jour-là, la chasse avait été bonne. Lorsque la chaise roulante du Comte de Grimaldi avait quitté l’Auberge des Adrets pour s'engager dans la descente de l'Estérel en direction de Cannes, une trentaine d'hommes et une femme, visages masqués par des foulards, avaient surgi au détour du chemin, pistolets aux poings, immobilisant le convoi.
Rapidement maîtrisés les quelques hommes d'escorte s'étaient rendus.
Le Comte et sa femme furent dépouillés de leur bourse et de leurs bagages au milieu des plaisanteries.
Quelques minutes plus tard apparaissait la patache de Maître Pellegrin, négociant en vaisselle de Brignoles remontant de Vallauris.
Les brigands ayant disparu, désemparé il libéra les malheureux voyageurs bâillonnés et ficelés au tronc d'un pin.
Nous étions le 16 septembre 1780. Le rapport de police détaillant cette opération la mit au compte de Gaspard de Besse et de ses lieutenants Gaspard Augias de la Valette, Jean Bouis de Vidauban, aidés de leur bande de malfaiteurs.
Alors que la blonde Sylvaine exprima le désir de conserver les atours de Madame de Grimaldi, les choses se gâtèrent. Un partage équitable du butin devait selon
l' évaluation de Gaspard de Besse ne laisser à la jeune femme que les boucles d'oreilles. Jean Bouis exigea davantage et en particulier la robe et le collier, se disant prêt à abandonner galamment sa part au profit de sa belle. Mais Gaspard ne voulut rien entendre.
«Puisque tu refuses, dit-il à Gaspard, et bien je te quitterai, j'en ai assez de dépendre de ta volonté.
- Tu veux en faire à ta tête ? Libre à toi mon gars, mais nous n'avons plus rien à faire ensemble».
La rupture était consommée.
Le lendemain, Jean Bouis et Sylvaine en compagnie d'une douzaine de malandrins s'estimant eux aussi lésés prirent la route de Grasse vers d'autres horizons.
La petite troupe mit cap à l'est. Jean Bouis avait son idée: opérer à proximité de la frontière du Var, pour fuir sur les rives du Royaume de Sardaigne si les choses tournaient mal.
Trottinant du pas de leurs montures comme de paisibles voyageurs, traversant les villages et la campagne provençale brûlée par le soleil de l'été, la bande parvint à la nuit tombante au-delà de la Gaude.
Rencontrant un groupe de vendangeurs, Jean Bouis les interpella :
«Eh! Les amis pourriez-vous nous indiquer un gîte pour nous refaire, nous et nos bêtes ?» Abusés par la tenue élégante des malandrins, les paysans leur offrirent d'occuper la bergerie de la Garbasse, abandonnée en cette saison:
«Messieurs, Mademoiselle, vous avez dépassé le bourg et vous ne trouverez plus rien avant la Baronne, la dernière auberge avant le passage du Var. Montez donc vous installer à la bergerie, elle est vaste et pourvue de paille et de foin qui vous feront bonne litière! »
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06.05.2006
L'ALCHIMISTE DE SAINT AUBAN
LE SECRET DU FAISEUR D’OR ( 4ème partie )
Le 4 avril 1711, De l'Isle rentre à la Bastille. Immobilisé par ses blessures, le prisonnier est traité avec douceur, on lui propose de reprendre ses expériences dans une salle du château. M. de Nointel invite le Gouverneur de la Bastille à remettre à' ' alchimiste captif, l'or et l'argent nécessaires à ses opérations.
Reprenant confiance, De l'Isle réclame les ingrédients et objets mis sous scellés au château de Saint Auban. De l'Isle reprend ses activités le 1er août, au grand soulagement de ceux qui attendaient «qu'il soit en état de justifier la vérité de son secret». Les comptes rendus rapportent qu'il prépara jusqu'au 28 septembre, de l 'huile de soleil, de l'eau magistrale et de la poudre métallique. L'alchimiste se livre à toutes sortes d'expériences en présence de personnages de haut rang. Mais ses blessures ne guérissent pas. Le 31 octobre 17l1 une tentative de transmutation avorte, les poudres préparées par M. de Senez étaient inopérantes. Nouveaux échecs les 21 et 23 novembre après l'élaboration de poudres récentes, ainsi que le Il décembre. Son crédit s'amenuise et De l'Isle apparaît comme un imposteur. Une ultime expérience lui est proposée en janvier 1712, mais les éléments adressés de Provence par M. de Saint Auban s'avèrent inutilisables. M. de Senez soutient l'alchimiste du mieux qu'il peut en dépit de la rumeur d'un prochain interrogatoire de son protégé.
De l'Isle avait déclaré à ses amis qu'il acceptait de satisfaire le Roi, si on le traitait avec «douceur», mais dans le cas contraire «on lui couperait plustôt la teste que de tirer de lui son secret». Il apparaît donc que le faiseur d'or embastillé avait depuis lors abandonné ses opérations, en dépit du soutien pressant de M. de Senez et de M. du Bourget. N'avait-il pas répété à plusieurs reprises que ses expériences n'étaient pas tout à fait au point et qu'on n'obtiendrait rien de lui en le traînant pieds et poings liés à la Bastille.
Le 20 janvier échec renouvelé, De l'Isle souffre toujours d'une blessure ouverte. Le 27 janvier, le marquis d'Argenson procède à son interrogatoire par ordre du Roi dans la grande salle du château. Désemparé et sans ressort, il se voit assener des périodes contradictoires pour l’élaboration des éléments utiles à ses expériences. Las, répondant au jugé, sans réfléchir, il semble fuir et refuser de livrer son secret, enfin se bute et paraît se moquer du lieutenant de police. Quatre jours plus tard, le 31 janvier, pris de vomissements, De l'Isle meurt en quelques heures. Embarrassé, M. d'Argenson déclarera: «C'était un insigne fripon, qui a mieux aimé mourir que de révéler le secret de ses friponneries».
Après autopsie, on conclura à une mort naturelle en n'écartant pas la thèse d'un suicide par empoisonnement. Découragé, l’évêque de Senez avait baissé les bras après le notoire échec du 20 janvier. M. de Launey, directeur de la monnaie, fit saisir les résidus des expériences de l’alchimiste, qui, fondus, donnèrent 6 gros et demi d'or à 22 carats, preuve que ces gangues métalliques contenaient de l'or.
L'acte officiel de décès ne sera curieusement établi que le 24 juin 1712. Anne Caille, épouse du défunt, rentrera en possession de l'appréciable succession laissée par Jean Troin, en qualité d'administratrice de sa fille Marguerite Troin. A savoir: les pièces et lingots d'or et d'argent saisis, les biens en Provence et 4200 livres à Menton rapportant 210 livres de rente par an. A trente neuf ans, l 'hôte de la Bastille apparaît au vu de ce testament comme un homme riche capable d'entretenir un valet et digne d'une certaine réussite sociale.
Pourquoi cette fin tragique ? De l'Isle n'a jamais accepté de travailler en prison, éloigné de sa Provence natale, où il pouvait s'essayer en toute liberté à ses expériences, sans crainte du résultat obtenu, avec des produits qu'il avait lui-même soigneusement élaborés. Empirique, ce n'était pas un savant de laboratoire mais un alchimiste, appliquant des recettes simples, utilisant des éléments naturels: plantes et minéraux exposés au soleil de la campagne et à la chaleur de ses fourneaux. Sous le triste soleil de Paris et dans la froide Bastille, il n'obtint jamais qu'un peu de sa fameuse «huile de soleil». Son secret tenait-il à la découverte de ses mystérieuses plantes lunaires qu'il recherchait dans les collines provençales ? Apparemment désintéressé et jamais compromis dans les activités frauduleuses de faux monnayage, l'énigmatique De l'Isle aurait fait apprécier ses talents bien au-delà des frontières, en Italie et au Portugal. Quelques archives exhumées dans ces pays révèleront peut-être un jour, le secret du faiseur d'or.
Reprenant confiance, De l'Isle réclame les ingrédients et objets mis sous scellés au château de Saint Auban. De l'Isle reprend ses activités le 1er août, au grand soulagement de ceux qui attendaient «qu'il soit en état de justifier la vérité de son secret». Les comptes rendus rapportent qu'il prépara jusqu'au 28 septembre, de l 'huile de soleil, de l'eau magistrale et de la poudre métallique. L'alchimiste se livre à toutes sortes d'expériences en présence de personnages de haut rang. Mais ses blessures ne guérissent pas. Le 31 octobre 17l1 une tentative de transmutation avorte, les poudres préparées par M. de Senez étaient inopérantes. Nouveaux échecs les 21 et 23 novembre après l'élaboration de poudres récentes, ainsi que le Il décembre. Son crédit s'amenuise et De l'Isle apparaît comme un imposteur. Une ultime expérience lui est proposée en janvier 1712, mais les éléments adressés de Provence par M. de Saint Auban s'avèrent inutilisables. M. de Senez soutient l'alchimiste du mieux qu'il peut en dépit de la rumeur d'un prochain interrogatoire de son protégé.
De l'Isle avait déclaré à ses amis qu'il acceptait de satisfaire le Roi, si on le traitait avec «douceur», mais dans le cas contraire «on lui couperait plustôt la teste que de tirer de lui son secret». Il apparaît donc que le faiseur d'or embastillé avait depuis lors abandonné ses opérations, en dépit du soutien pressant de M. de Senez et de M. du Bourget. N'avait-il pas répété à plusieurs reprises que ses expériences n'étaient pas tout à fait au point et qu'on n'obtiendrait rien de lui en le traînant pieds et poings liés à la Bastille.
Le 20 janvier échec renouvelé, De l'Isle souffre toujours d'une blessure ouverte. Le 27 janvier, le marquis d'Argenson procède à son interrogatoire par ordre du Roi dans la grande salle du château. Désemparé et sans ressort, il se voit assener des périodes contradictoires pour l’élaboration des éléments utiles à ses expériences. Las, répondant au jugé, sans réfléchir, il semble fuir et refuser de livrer son secret, enfin se bute et paraît se moquer du lieutenant de police. Quatre jours plus tard, le 31 janvier, pris de vomissements, De l'Isle meurt en quelques heures. Embarrassé, M. d'Argenson déclarera: «C'était un insigne fripon, qui a mieux aimé mourir que de révéler le secret de ses friponneries».
Après autopsie, on conclura à une mort naturelle en n'écartant pas la thèse d'un suicide par empoisonnement. Découragé, l’évêque de Senez avait baissé les bras après le notoire échec du 20 janvier. M. de Launey, directeur de la monnaie, fit saisir les résidus des expériences de l’alchimiste, qui, fondus, donnèrent 6 gros et demi d'or à 22 carats, preuve que ces gangues métalliques contenaient de l'or.
L'acte officiel de décès ne sera curieusement établi que le 24 juin 1712. Anne Caille, épouse du défunt, rentrera en possession de l'appréciable succession laissée par Jean Troin, en qualité d'administratrice de sa fille Marguerite Troin. A savoir: les pièces et lingots d'or et d'argent saisis, les biens en Provence et 4200 livres à Menton rapportant 210 livres de rente par an. A trente neuf ans, l 'hôte de la Bastille apparaît au vu de ce testament comme un homme riche capable d'entretenir un valet et digne d'une certaine réussite sociale.
Pourquoi cette fin tragique ? De l'Isle n'a jamais accepté de travailler en prison, éloigné de sa Provence natale, où il pouvait s'essayer en toute liberté à ses expériences, sans crainte du résultat obtenu, avec des produits qu'il avait lui-même soigneusement élaborés. Empirique, ce n'était pas un savant de laboratoire mais un alchimiste, appliquant des recettes simples, utilisant des éléments naturels: plantes et minéraux exposés au soleil de la campagne et à la chaleur de ses fourneaux. Sous le triste soleil de Paris et dans la froide Bastille, il n'obtint jamais qu'un peu de sa fameuse «huile de soleil». Son secret tenait-il à la découverte de ses mystérieuses plantes lunaires qu'il recherchait dans les collines provençales ? Apparemment désintéressé et jamais compromis dans les activités frauduleuses de faux monnayage, l'énigmatique De l'Isle aurait fait apprécier ses talents bien au-delà des frontières, en Italie et au Portugal. Quelques archives exhumées dans ces pays révèleront peut-être un jour, le secret du faiseur d'or.
D’autres histoires ?
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