23.04.2008
VENCE, LA SOURCE DES LOUPS
A une époque fort lointaine où les nymphes des bois se baignaient nues dans les eaux limpides de la source, les dieux d’alors jaloux de leur beauté, et pour en défendre l’accès aux mortels, coupèrent les rochers à-pic.
Lorsque plus tard, de séduisants chevaliers vinrent au bord de l’onde, attirés par l’aimable spectacle de ces désirables naïades aux croupes rebondies, les nymphes, pudiques disparurent les plongeant dans le plus grand désarroi.
Fâchés par l’intrusion de ces humains indiscrets, les dieux les changèrent en loups, les condamnant à errer dans les forêts alentour pour y trouver leur pitance.
La source du Riou leur étant désormais interdite, ils durent s’abreuver à celle de la Foux, devenue la Loubiane, que les dieux compatissants firent jaillir à leur intention.
Depuis ce jour, elle coule fraîche et pure vers Vence, mais sans jamais égaler celle mythique et plus abondante du Riou.
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30.03.2008
LE DIABLE DANS LES ALPES MARITIMES
| ROSSI Edmond
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23.03.2008
LES LOUPS DANS LES ALPES MARITIMES
| ROSSI Edmond | ||||
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18.03.2008
LES LUNETTES DE GRATTELOUP
Le père m’avait alors attiré à l’écart murmurant : « Fernand, j’ai quelque chose pour vous, venez, suivez-moi. » Rosalie s’impatientait : « Papa, laisse-nous… » Parvenus dans la remise, le bonhomme ouvrit un coffre d’où il sortit une boîte contenant un revolver à crosse d’ivoire dont le barillet était garni de six balles de neuf millimètres. « Avec ce British-Bulldog, il ne vous arrivera rien… Nos chemins ne sont pas sûrs. Si les Barbets ont disparu, les loups eux sont toujours là, et tout aussi féroces. Prenez ça, croyez moi et soyez prudent ! » « Papa arrête, tu vas lui faire peur ! » répliqua Rosalie avec un grand rire incrédule. Un peu surpris, je logeais l’arme dans mon sac. Nous quittâmes ensuite Le Figaret, en cette belle après midi de fin d’automne où le soleil rehaussait les flamboyantes couleurs de la forêt. Bijou nous précédait d’un pas de sénateur, alors que je tenais tendrement la fine taille de Rosalie. Après avoir traversé le hameau du Blaquet et s’être arrêtés face à la chapelle Sainte Anne, pour lui rendre grâce d’avoir favorisé notre rencontre, nous parvinrent à la ferme du Bourgougnon, à partir de laquelle le chemin devenait accidenté et dangereux pour Bijou. Après nous être longuement enlacés, il fallait encore une fois se résoudre à une difficile séparation. Rosalie l’œil humide se voulait forte, tristement, elle souriait quand même. Alors, comme si l’ombre d’un pressentiment assombrissait son regard elle ajouta simplement : « Fernand, je t’aime très fort. Sois prudent, je pense à toi toujours… » Deux lacets plus haut, j’aperçus au loin dans le vallon, la gracile silhouette de Rosalie dressée sur Bijou qui cheminait vers Le Figaret. J’emportais cette dernière image dans mon cœur. Alors que le soleil baissait sur l’horizon, je parvins sur la crête séparant les versants des deux vallées. Je poursuivis ensuite jusqu’au col de Gratteloup, avant d’amorcer ensuite la longue descente vers Saint Jean, suivie d’une lente remontée vers La Tour. Arrivé au col, je posais mon sac pour me rafraîchir lorsqu’un bruissement étrange attira mon attention, je me retournais pour me voir observé puis très vite entouré par une meute de loups gris, certainement affamés et décidés à avoir ma peau. Agitant mon bâton ferré qui accompagnait toujours mes marches, je tentais par des tourniquets d’éloigner la horde féroce. Mais mes coups ne décourageaient pas les agresseurs. Conscient du danger, et bien décidé à défendre ma vie, je sortis mon revolver et après avoir ajusté le loup le plus agressif, je fis feu le clouant au sol après quelques soubresauts. Rassuré par cette action je repris mes esprits. Pas découragés pour autant, les loups persistaient à trottiner sur mes talons alors que j’entamais la descente vers Saint Jean. Je dénombrais huit loups adultes et deux jeunes qui sans méfiance s’approchaient menaçants. Chaque fois que l’un d’eux fonçait sur moi en grondant, je lui logeais une balle dans le corps, j’obtenais alors une trêve de courte durée. Me défendant avec l’acharnement du désespoir, je m’encourageais en pensant à ma chère Rosalie. Quand on aime, on est plus fort, plus déterminé, j’en étais convaincu. Mais hélas, il ne me resta bientôt qu’une seule balle dans le barillet… D’après « Les Histoires et Légendes du Pays d’Azur », pour commander cet ouvrage dédicacé de 15 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.
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04.03.2008
TENDE: UN PARI DIABOLIQUE
* Jeu d’origine transalpine où les joueurs lancent la main avec un certain nombre de doigts écartés, en annonçant le résultat du total à haute voix.
D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
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12.02.2008
BÉZAUDUN : LE FAYARD DU GOURBEL
La large ramure tendait généreusement ses branches qui pouvaient protéger aussi bien des ardeurs du soleil que de la pluie et de la grêle. Ce superbe fayard couvrait un espace tel qu’un troupeau de mouton avec son âne, son berger et ses chiens s’y abritaient sans gêne. Non content d’offrir un refuge, son abondant feuillage constituait une manne appréciée tout au long de l’année.
Au printemps les chèvres gourmandes se hissaient pour atteindre ses jeunes pousses, alors qu’à l’automne ses feuilles jaunes et dorées agrémentaient la litière de la bergerie voisine. Même l’hiver, ses branches sèches cassées par le mistral, rassemblées en fagots brûlaient dans l’âtre les soirs de froidure.
Mais c’est sans conteste en été que le noble fayard dispensait ses bienfaits les plus appréciés. Les charretiers, muletiers, colporteurs et autres voyageurs, après la rude traversée des plateaux désertiques et brûlants ou la pénible montée de raides lacets, savaient trouver là la fraîcheur vivifiante d’une ombre espérée. Nous étions au cœur de l’été 1824, au mois de juillet, par une de ces belles nuits de pleine lune. Une raie de lumière tremblotante filtrait au travers des volets clos de la maisonnette du Gourbel, indiquant l’active présence de Maximin le berger, déjà prêt à quitter les lieux pour conduire son troupeau de moutons et de chèvres vers les proches collines. Après le tintement de sonnailles des bêtes et les aboiements de pure forme de Filou le chien fidèle, le silence de la nuit reprit ses droits, seulement troublé par les rares échos apportés par la brise. C’est alors qu’apparut sur le chemin grimpant depuis Bouyon, la silhouette d’un grand escogriffe long et sec, encore agrandi par l’ombre développée par la lumière de la lune. Qui pouvait bien se promener à une heure aussi incongrue ? A y regarder de plus près, l’homme vêtu de beaux habits s’avançait en sautillant d’allégresse tout en chantant des couplets pleins d’entrain. Les quatre pièces de dix francs, enfouies dans sa poche, tintaient comme autant de joyeux grelots pour mieux souligner ses pas de danse. Le bonhomme portait dans son dos un haut et large tambour, instrument qui faisait sa renommée. Connu bien au-delà des limites du canton, Damien Isnard revenait d’une noce très réussie où il avait réjoui les invités en compagnie de Jean Escoffier des Ferres, au fifre ensorceleur. On se souviendrait des épousailles de la fille Bounin dont le père, gros maquignon, n’avait lésiné sur rien. Trois jours et trois nuits de fête, plus de cent invités, venus de tous les villages environnants et même de villes comme Vence, Grasse et Nice !On avait fait ripaille et le vin des coteaux de La Gaude avait coulé à flot ! Enfin ce soir après force rigaudons et autres farandoles, tout s’était achevé par le rituel charivari ponctué des coups de fusils d’une authentique bravade. Les « Novi », cachés dans les étages de la prétentieuse bâtisse des Bounin, avaient enfin pu savourer le bonheur d’être seuls. L’époux, Julien Maurel, fils du notaire de Roquesteron, véritable « corbeille à héritages », apportait suffisamment de biens pour combler les prétentions du père Bounin, un parvenu assuré d’avoir conclu une bonne affaire. Les musiciens, après s’être démenés, rentraient chez eux un rien pompette avec les poches remplies de lourdes pièces d’or, juste rétribution de leurs services. La mère Bounin, forte bonne femme au grand cœur, leur avait même remis deux fioles de gnole, en cachette du père, « pour la route ! » Heureux, Damien rêvait déjà d’offrir un médaillon à sa douce et tendre Julie et peut-être en plus, d’acheter un âne pour l’aider à cultiver son modeste lopin de terre. Nous verrions ça avec le père Bounin au Broc, pour la foire de la Saint Michel… Et de chanter : « Tintoun la rira tintenne, La Bella es indourmida aou tintoun déou moulin… » Soudain, comme un échos inattendu à sa chanson, l’homme entendit : « , Hououou, Houououou… » Non, ce n’était pas les aboiements familiers de Filou le chien de Maximin, mais bien autre chose : les loups ! Oui, il s’agissait d’une bande de loups affamés, conduite par un mâle efflanqué, qui après avoir tenté sa chance en suivant le troupeau de Maximin s’était repliée sous la vigoureuse riposte du berger et de son chien. Rebroussant chemin, ils flairèrent immédiatement une proie toute aussi intéressante dans ce grand dégingandé, gesticulant en chantant sous la lune. Puis les choses allèrent très vite. Alors que Damien, las de porter son pesant tambourin, s’accordait une pause réconfortante soulignée d’une rasade de gnole, il vit s’approcher la horde hurlante bien décidée à l’attaquer. Lâchant la fiole, dans un réflexe de sauvegarde il se mit à battre tambour pour effrayer la meute. Surpris les loups s’arrêtèrent un temps, mais l’homme comprit que ce répit serait de courte durée, il en fallait plus pour écarter le péril. Prenant ses jambes à son cou, Damien fonça vers la maisonnette voisine, pour se mettre à l’abris. Parvenu devant celle-ci il martela la porte avec l’énergie du désespoir, hélas point de réponse ! Les yeux flamboyant de désir et les crocs éclatant de blancheur sous la lumière de la lune, les loups avançaient en grondant vers le malheureux Damien. Se sentant perdu, l’homme recommandait déjà son âme à Dieu. C’est en levant la tête vers le ciel qu’il aperçut les branches basses et bienveillantes de l’auguste fayard. S’agrippant au tronc protecteur, il se hissa sur une solide branche, alors que déjà ses poursuivants sautaient vivement pour le mordre, parvenant à déchirer à coups de dents son costume de fête et plus particulièrement sa veste laquelle laissa échapper le précieux contenu de ses poches. Un ultime tintement de pièces jaunes tombant en cascade précéda la chute de la fiole s’écrasant d’un bruit mat. Grimpant plus haut, pour éviter les élans de férocité se ses agresseurs, Damien put enfin respirer. Gêné par le tambour accroché à son dos, il s’en dégagea pour le frapper à nouveau avec violence ce qui eut pour effet de faire reculer ses assaillants. Déjà la lumière de l’aube rougeoyait l’horizon.
Le musicien, confortablement installé sur la fourche de deux grosses branches, continuait à battre tambour avec la régularité d’un métronome tout en chantant à tue-tête : « Brave grenadier, fais face à la mitraille. Si tu gardes ton courage, vaille que vaille tu écraseras ces pistachiers ! » Agacés par cette chanson guerrière au ton provocant, appuyée par des roulements de tambour, les loups baissèrent les oreilles puis s’assirent comme pou mieux réfléchir. Après une heure de ce monotone récital, lassés, ils quittèrent le pied du fayard langues pendantes à la queue leu leu . Le soleil était déjà haut lorsque le malheureux Damien décida de sauter au bas de l’arbre. Sa belle veste et le fond de son pantalon des jours de fêtes lacérés, le musicien, à quatre pattes, ramassa les pièces éparses et la fiole vide désormais inutile. Puis, peu rassuré, il reprit le chemin de Coursegoules.
Longtemps aux veillées, les gens du lieu se racontèrent la terrifiante histoire du pauvre tambourinaïre, revenu une nuit de la noce de la fille Bounin, sauvé des loups grâce au fayard du Gourbel.
D’après «Les Histoires de loups en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
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05.02.2008
SAINT AGNÈS : LA SOURCE DE LA "MOUNIGA" (LA NONNE)
La légende rapporte que vers le Xème siècle, un chevalier troubadour était tombé amoureux d’une jeune fille noble, cloîtrée dans un couvent de Nice. Un jour, ils partirent tous deux à cheval vers l’Italie, poursuivis par les frères de la dulcinée. Arrivés au plateau aride situé sous Saint Agnès, le fiancé fut tué et la jeune fille, folle de désespoir, saisit une épée et se transperça la poitrine. Instantanément, une source jaillit en ce lieu désert.
D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes » (Equinoxe-éditions Saint Rémy de Provence), pour commander cet ouvrage dédicacé de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.
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29.01.2008
SAINT ETIENNE DE TINÉE : LE PRÉ DU DIABLE
Le « Pré du Diable » ou « Pré du Loup » existe toujours, mais étonnamment morcelé. Les divers propriétaires ne seraient autres que les descendants du faucheur justicier, venu d’Outre-Monts.
D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
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08.01.2008
AU BROC, "LES DOS FRAÏRES"
Le père se réjouit de la voir retrouver un solide appétit, mettant sur le compte du grand air ce rétablissement soudain. Pour lui, pas de doute, aussi l’encouragea-t-il à poursuivre chaque jour ce salutaire exercice.
Clarette prit goût à ces escapades quotidiennes, aboutissant après de prudents détours au Pra du Gueux où la cabane abandonnée d’un charbonnier accueillait les ébats amoureux des deux amants.
Martin, tout aussi méfiant, parcourait la forêt des Selves couvert de sa peau de loup pour éviter d’être reconnu, mais cet inquiétant accoutrement semait l’effroi auprès des rares manants occupés à ramasser du bois ou à faire paître leurs troupeaux. Prévenu de cette présence gênante, le seigneur décida d’en écarter la menace, d’autant plus que la bête tentait d’approcher incognito le château dans lequel se trouvait Clarette et où personne ne l’attendait.
Lassé, Raymond Laugier, pourtant connu pour sa tolérance, organisa une battue avec ses paysans et ses soldats. Le troubadour finit cette chasse sérieusement blessé et bastonné. Il ne se tira d’affaire qu’en amadouant par son éloquence ceux qui le frappaient. Le loup-garou des Selves récupéré, soigné et réconforté par Clarette, disparut à la nuit tombée à la faveur du brouillard. Il rejoignit tout penaud Fougassières où Marcel, enfin de retour de Terre Sainte, s’amusa fort des mésaventures de son frère jumeau.
Martin lui expliqua son amour impossible, vu qu’il ne pourrait jamais prétendre épouser Clarette, compte tenu de l’importance de la dote réclamée par son père.
Dans ces désolantes conditions, leur amour mutuel devrait se limiter à la poursuite de rapports clandestins.
Chez Clarette, l’éveil de la sensualité très tôt comblée par un amant expert, l’entraîna dans des crises de passion dévorante.
Combien de ruses perverses n’usait-elle pas pour raviver les performances parfois déclinantes d’un tendre et habile amant soumis à ses assauts répétés!
Le malheureux Martin sortait de ces après midis enfiévrés à bout de sève, après avoir succombé aux manœuvres réitérées de la volcanique Clarette. La douce ingénue de leurs premières rencontres avait laissé place à une maîtresse au désir insatiable.
Un soir, lassé, il confia ses déboires à Marcel et leur fraternelle complicité aboutit à un subtil stratagème destiné à protéger Marcel des débordements diaboliques de son ardente maîtresse. La totale ressemblance des bessons les mettant à l’abri de toute reconnaissance possible, les deux frères décidèrent d’épargner Martin en partageant en alternance les faveurs dévorantes de la lascive Clarette.
Ainsi dédoublé, Martin pouvait faire face sans difficulté aux exigences amoureuses de sa maîtresse.
Masqué sous une peau de loup, chacun se rendait tour à tour aux chaudes rencontres de Pra du Gueux. Le jeu ravissait d’autant plus les jumeaux qu’ils se félicitaient de pouvoir profiter d’une pareille aubaine.
Attirée physiquement de façon obsessionnelle, Clarette palpitante faisait sceller César dés midi. N’ayant cure du temps et en dépit des recommandations de son entourage, folle de désir, elle se lançait à bride abattue jusqu’à la cabane du charbonnier, pour s’enivrer des plus douces voluptés.
Les trois partenaires, plongés dans un tourbillon de luxure, auraient pu poursuivre leurs relations sans l’entêtement d’Honoré Laugier, bien décider à marier son unique fille au meilleur parti.
Un prétendant honorable se présenta en la personne de Jean de Glandèves seigneur de Toudon, la Caïnée et autres lieux du Val d’Esteron.
Ce veuf à cheveux gris, bien qu’ayant deux fois l’âge de Clarette, apparaissait doté de toutes les vertus viriles de la noblesse. Ardent combattant, un rien brigand, revenu de la croisade auréolé de gloire, il se plaisait à affirmer : « Je désire la guerre et déteste la paix et quand je vois les chevaux armés s’assembler et former une telle mêlée que les heaumes les lances et les pierres se brisent, je deviens puissant et joyeux ! »
Les épousailles eurent lieu un mois après les présentations, sans que Clarette, toujours en proie à l’amour fou qu’elle portait à Martin, ne réalise ce qui lui arrivait.
Installée sur la rive gauche de l’Esteron, dans l’austère château des Glandèves, la jeune femme soupirait chaque soir, en apercevant au couchant sur l’autre rive, la forêt des Selves chargée des plus tendres souvenirs.
N’y tenant plus et sous le prétexte de revoir sa famille, elle quittait Toudon dès que son époux et maître s’absentait pour régler quelque affaire, percevoir l’impôt ou s’impliquer dans un différend avec ses voisins.
La cabane de Pra du Gueux redevenait alors le théâtre de rapports frénétiques, partagés avec Martin ou Marcel toujours disposés à honorer une Clarette au tempérament de feu.
Mais ces escapades renouvelées finirent par attirer l’attention de Sylvain « le borgne », fidèle lieutenant de Jean de Glandèves, soldat émérite, homme de main capable des plus basses besognes. Coureur de bois toujours à l’affût, son instinct de chasseur l’entraînait dans de folles chevauchées à travers tout le Val d’Esteron.
C’est ainsi qu’un après midi de novembre, il remarqua des traces suspectes de pas dans la neige. Mis en éveil, il suivit la piste pour aboutir, à travers bois, à la cabane de Pra du Gueux, elle-même entourée d’empreintes de sabots de cheval qu’il identifia sans hésiter. C’était bien ceux de César, avec leurs fers caractéristiques.
Que venait donc faire là l’épouse du seigneur, soi-disant partie rejoindre le château paternel ? Pour en savoir plus, Sylvain s’embusqua le jour suivant à proximité, il vit alors arriver un loup étrange dressé sur ses pattes arrières, un loup-garou, moitié homme moitié loup, se dirigeant vers la cabane auprès de laquelle il aperçut César attaché par la bride.
Sentant sa maîtresse menacée, Sylvain décida d’agir. Saisissant sa lance il s’avança vers la bête et lui enfonça l’épieu dans le flanc. L’animal grogna de souffrance, perdit sa peau pour laisser apparaître un homme jeune, couvert de sang, qui s’écroula en gémissant avant de s’immobiliser le visage livide et les yeux vitreux.
Clarette sortit de la cabane en hurlant de douleur à la vue de son amant trucidé.
Sylvain posa son genou à terre, puis se voulant rassurant il jouta : « Madame, tranquillisez-vous, vous ne risquez plus rien. »
La dépouille identifiée grâce à sa bague portant le sceau des Giraud, fut portée jusqu’au château de Fougassières où le survivant des bessons enterra dignement son frère.
A quelques semaines de là, Clarette annonça qu’elle était enceinte avant de donner plus tard naissance à un beau garçon qu’elle s’empressa de baptiser Jean-Loup.
Jean de Glandèves, fou de bonheur, pouvait enfin se flatter d’assurer sa noble descendance.
Un soir de mai, Clarette s’égara dans les bois des Selves au retour de Bouyon. Passant près de la cabane de Pra du Gueux, elle aborda un bûcheron qui passait par-là, il lui assura avoir croisé dans les parages un loup bizarre venu roder aux abords de la maisonnette. A la suite de cette révélation, on raconte qu’elle revint souvent sur les lieux de son bonheur passé. Enfin, un jour sa patiente obstination fut récompensée par l’heureuse rencontre de son amant ressuscité. S’agissait-il de Martin ou de Marcel ? Nul ne le sait !
Si à l’époque la sexualité du loup était réputée au point d’être jalousée par les hommes, la légende des « Dos Fraïres » a traversé les âges grâce à des fondements historiques indiscutables.
Aujourd’hui, les Dos Fraïres forment un vaste quartier de la commune du Broc, après avoir constitué le fief des Giraud, puis une commune rattachée à la couronne de Savoie jusqu’en 1760.
Les vestiges du château de Fougassières, détruit au XIVè siècle, dominent encore les ruines d’un village médiéval dissimulées sous les chênes verts, au-dessus de la chapelle Sainte Marguerite. Cet ensemble conserve depuis le Moyen-Age le souvenir émouvant des frères Giraud, ces bessons, modestes feudataires, entraînés par la passion dans une brûlante histoire d’amour.
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26.12.2007
A ROURE ET ROUBION LA CAVALCADE DU DIABLE
Le vestige d’une inscription de la chapelle Saint Sébastien de Roubion : « O Tu que passes…Sabes » résume la vertu pédagogique dégagée par ces fresques.
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