20.11.2009

A TENDE : SOUS L’EMPRISE DE LA SORCIÈRE

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Au XII ème siècle, le seigneur de Tende régnait sur la haute vallée de la Roya. Son bourg vivait heureux dans la paix de ses activités pastorales et la richesse du commerce qui y transitait. A cette prospérité, s’ajoutaient les profits tirés de la « Minière » au pied du Bégo.

Quand il le fallait et pour épargner la communauté tendasque, le comte rançonnait quelques gros marchands pour le bien-être de tous.

Vint l’appel de la Croisade, vaillant et pieux chevalier, le comte de Tende s’engagea parmi les premiers pour cette lointaine expédition dans les terres d’Orient.

Il s’embarqua pour Gênes, entouré d’une cohorte d’hommes d’armes, composée de nombreux volontaires tendasques.

Après le départ de tous ces hommes dans la fleur de l’âge, il ne resta au pays que les vieux ou les éclopés chargés de veiller sur les femmes, les enfants et les biens.

Les mois s’écoulèrent interminables. Privé de son chef et de ses hommes forts, le prestige de la petite cité déclina. Les caravanes refusaient parfois le péage pour franchir le col, un éboulement paralysa l’exploitation de la mine, tuant sept ouvriers. L’été venu, la malmort frappa les troupeaux, la sécheresse détruisit les récoltes et les pluies d’hiver gonflant les torrents emportèrent terres et chemins.

Le prieur avait bien organisé processions et neuvaines, rien n’y faisait. Le mauvais sort semblait vouloir s’acharner sur les pauvres Tendasques. Même Eloi, leur saint patron, paraissait les négliger.

C’est alors que les femmes, privées de la présence apaisante de leurs valeureux époux, passèrent leurs longues nuits d’insomnie en bavardages qui échauffèrent leurs têtes. Elles aperçurent de curieuses lueurs dans le ciel qui ne laissaient présager rien de bon.

Ces clartés troublant la nuit venaient de la maison de « la Revelli » qui ne fermait jamais l’œil. Cet œil unique et noir vous glaçait quand, par malheur, vous ne pouviez l’éviter.

Ses activités nocturnes, sa solitude étrange, la rumeur publique eut tôt fait de la rendre responsable de tous les malheurs accumulés sur la communauté.

Elle devait bien conspirer de sombres vengeances dans des sabbats interminables.

Tout se compliqua lorsqu’elle refusa de venir baiser la croix, comme le lui demandait le prieur entouré de ses deux enfants de chœur.

A partir de ce jour, personne n’osa la croiser, même avec une tête d’ail dans la poche !

Elle n’en continua pas moins à promener ses chèvres noires et cornues à barbichette de Diable tout autour du village.

Son pouvoir s’exerça sans partage sur Tende, durant près de sept ans ! Sept ans de misère où la population paralysée de frayeur n’osait braver la terrible sorcière responsable de tous ces maux.

Un soir, amaigri et entouré de quelques fidèles épargnés par les combats et la fièvre, le comte réapparut sur la place centrale, retrouvant les siens après ces années d’exil.

Ce retour peu glorieux n’eut pas beaucoup d’échos, malgré les récits des exploits accomplis dans les terres lointaines. La population amère reprochait durement à son seigneur vieilli ces années d’abandon, le rendant indirectement responsable des malheurs endurés pendant son absence.

Les Croisés, l’esprit ailleurs, préoccupés surtout de panser leurs plaies et d’évoquer leurs souvenirs, ne prêtaient nulle attention aux dures réalités vécues par leurs concitoyens.

Excédée la foule des habitants de Tende décida d’en finir avec la « masca ».

Privée d’une initiative salutaire de son seigneur, elle entreprit elle-même de conjurer le mauvais sort et de faire justice.

La maison de « la Revelli » fut cernée, le bûcher dressé. Seul le feu pouvait assainir une situation qui n’avait que trop duré.

Alerté, le comte sortit, pour une fois, de sa torpeur mélancolique et se dirigea vers le rassemblement, parlant enfin haut et fort. Il intima l’ordre à la sorcière de sortir de sa tanière.

L’attente parut longue à chacun, avant que ne brille dans l’obscurité de l’encoignure l’œil unique et le sourire sardonique de « la Revelli ». Le chef de guerre qui en avait vu d’autres soutint sans sourciller  le regard fulgurant de la sorcière. La toisant du haut de sa monture, il attendit qu’elle fut hors de son antre pour lui crier : « J’ai vu couler trop de sang, là-bas, en Terre Sainte, aussi je te laisse la vie sauve, mais à une condition, c’est que tu ailles rejoindre ton maître le Diable. Pars avec tes chèvres dans la montagne où sont tracées les fourches des démons. Ne reparais plus ici, disparais à tout jamais ».

« La Revelli » ne se le fit pas dire deux fois, elle rassembla lestement son maigre troupeau et en maugréant, s’enfuit vers les hauteurs damnées. Tende put enfin respirer, libérée de l’angoisse. La joie puis la prospérité revinrent au pays.

Plus tard, parfois, lorsque le grondement assourdi du tonnerre rappelait aux Tendasques les terribles orages qui se déchaînaient à l’ouest, vers le Val d’Enfer et la Valmasque, ils se signaient d’un mouvement rapide, songeant à ces terres d’épouvante où jamais l’un d’eux n’aurait osé se risquer.

 

 

D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Où mieux rencontrer le Diable que dans les Alpes Maritimes, sur ces terres chargées de contrastes où s’opposent mer et montagne, au carrefour de la Provence et de l’Italie ?

Ici, le Diable est aussi à l’aise sur la Côte d’Azur où s’étalent d’outrageantes richesses que  vers l’intérieur où se cachent une humilité austère.

Puits du Diable, Château du Diable, Cime du Diable, longue est la liste des sites, marqués par la forte empreinte de celui qualifié par Bernanos de « Singe de Dieu ».

De Nice, à la Vallée des Merveilles, devenue son « domaine réservé », le Diable hante les villages, plastronne sur les murs des chapelles et persiste à enflammer l’imaginaire de ses habitants.

Il fallait raconter l’extraordinaire aventure du Diable dans les Alpes Maritimes. Grâce à Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la mémoire de son pays, cette lacune est aujourd’hui comblée.

Laissons-nous entraîner, à travers les siècles, sur la piste attrayante et mouvementée, de l’éternel et fascinant tourmenteur du cœur et de l’âme.

 

Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur

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14.08.2009

LE LOUP ET L’ÉGLISE: CROYANCES ET POUVOIRS MAGIQUES

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Selon le pape Paul VII,. il existait dans les temps anciens de sulfureuses prières destinées à se protéger des loups, ce qui offusquaient fort l’Eglise. Voici l’une d’elles :

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, loups et louves, je vous conjure et charme, je vous conjure au nom de la très-sainte et sur-sainte, comme Notre-Dame fut enceinte, que vous n'ayez à prendre, ni écarter, aucune bête de mon troupeau, soit agneau, soit mouton, ni leur porter tort.

Loup, louve et louvinet, je te conjure de la part du Dieu vivant. Tu n'auras aucun pouvoir sur moi ni sur mes bêtes pas plus que le Grand Diable n'en a sur les prêtres, lors qu'ils donnent la messe. Que le bon saint Georges te ferme la gorge. Que le bon saint Jean te casse les dents.

Après avoir crié ces néfastes abjurations, les bonnes gens n'oubliaient pas de réciter les patenôtres suivantes, uniquement au lever du soleil.

Sainte Agathe, liez-lui les pattes,

Saint Remo, serrez-lui les boyaux,

Saint Gesippe, serrez-lui les tripes,

Saint Grégoire, serrez-lui la mâchoire,

Saint Loup, tordez-lui le cou

Après ces invectives, difficile au loup de ne pas vivre caché au plus profond des bois afin d'éviter la mise en oeuvre de semblables menaces et malédictions.

Ainsi, les bons croyants pensaient se libérer quelque peu du poids de leurs écrasants fardeaux de vieilles terreurs, en apostrophant les loups pour en écarter la menace.

 En les accusant d'être des mécréants de la pire espèce, les églises chrétiennes ont avili les loups, à défaut de les détruire intégralement, en leur forgeant une détestable renommée.

A contre-courant de cette infâme manœuvre, on découvre parfois des témoignages réputés véridiques. Aussi des anecdotes romanesques émanant de saints ou de nobles personnages qui ont en commun de ne pas avoir été en parfaite odeur de sainteté, épisodiquement ou constamment, durant leur existence. Certains ont même exhalé une forte odeur de soufre et n'ont été réhabilités que d'extrême justesse.

Ainsi la filleule de Louis XI, Jeanne Laisne qui allait devenir célèbre sous le nom de Jeanne Hachette, tomba dans une embuscade tendue par le duc de Bourgogne, elle en fut sauvée par les loups...

En 1472, elle se vengea du duc, au siège de Beauvais. Charles le Téméraire, lui, périt devant Nancy et fut en retour, justement dévoré par les loups.

Saint Colomban, au terme d'un long voyage, s'arrêta à Luxeuil, où il fonda un monastère au VI siècle, pour s'y retirer. On dit qu'il se fraya un passage au milieu des loups qui étaient très nombreux en cet endroit sauvage. Au lieu de se montrer fort méchants et fort mécréants, ceux-ci se changèrent en dévoués auxiliaires de la Foi.

Au VII siècle, c'est St Déodat qui arriva dans les Vosges, dévastées par de nombreuses invasions. Il n'y avait âme qui vive en cette contrée. Ce furent les loups qui lui apportèrent, jour après jour, sa pitance.

St Florent, à la même époque, mais à Strasbourg, apprivoisa les loups qui saccageaient les potagers, conclut un accord avec eux, comme St -François avec le loup de Gubbio et en fit ses gardiens afin de préserver sa retraite.

Vers l'an mil, St  Odon, attaqué dit-on par des renards, aurait été sauvé par des loups.

Mais d'autres saints hommes n'hésitèrent pas à faire accomplir aux loups toutes sortes de besognes.

Saint Gentius laboura curieusement ses champs. On rapporte qu'aux côtés d'un bœuf, un loup tirait bravement la charrue.

Saint-Malo ayant eu son âne dévoré par des loups, entreprit de convaincre un de ceux-ci pour remplacer le pauvre domestique. Ce que le loup fit pendant bien des années, fort fidèlement.

Saint Norbert obligea un loup à relâcher et à épargner sa proie, une gentille brebis jeune et appétissante. Pour le punir d'avoir voulu la croquer, il le força à veiller sur elle... Edifiant n'est-ce pas ?

En dépit de ces charitables exceptions aux tortures et aux tueries, l'Eglise condamne de plus belle l'animal le plus diabolique de la création : le moins enclin, prétend-elle, à la contrition parmi toutes les créatures terrestres. Elle tance, révoque, exclut les esprits faibles ou pervers qui s'évertuent à conduire le loup au repentir et au rachat des fautes commises ou, sur le point de l'être.

Décidément, malgré ses contradictions, I'Eglise s'en tire toujours à son avantage... Bien entendu aux dépens des autres.

On ne peut que se perdre en conjectures devant le fatras mystificateur élaboré par l'Eglise pour nier l'évidence de l'âme animale. Certains théologiens et philosophes ont voulu restreindre l'intelligence et l'affectivité non-humaines, au simple instinct. En contestant le "droit à l'âme" des animaux, ils ont ouvert la porte à tous les débordements, toutes les violences criminelles. Si l'animal n'est qu'un objet, les pires atrocités deviennent licites, de la vivisection aux combats de coqs armés de lames de rasoir. Les horreurs des arènes romaines ou espagnoles où seul le trépas apporte la délivrance, nous le démontrent encore, hélas ! N'est-il pas significatif de voir le torero revêtu de son habit de lumière, faire le signe de croix avant de pénétrer dans l'amphithéâtre ? Ce signe est révélateur de la responsabilité de l'Eglise envers les animaux suppliciés.

Descartes conçut péniblement une théorie absurde qui assimilait les animaux à des machines. Une grande partie du clergé et de la noblesse suivit aveuglément la thèse du nouveau maître à penser et se livra à des pratiques abominables sur les animaux. il ne faut pas oublier que les impitoyables jansénistes, du fond de leur monastère de Port-Royal, furent les ancêtres de nos vivisecteurs.

En assurant que les animaux étaient dépourvus d'âme et n'étaient que des sortes d'automates, Descartes coupa définitivement les ponts entre l'homme occidental et la Nature. L'animal pouvait être livré à la géhenne. S'il faisait preuve d'intelligence ou de sentiments, il ne pouvait s'agir que de satanisme.

On ne compte plus les procès d'animaux intentés par l'Eglise. Procès qui se terminaient toujours par des condamnations aux tourments du feu, de l'écartèlement ou de la pendaison.

C'est une curieuse histoire que celle de Saint-Hubert. Un jour qu'il se livrait à son plaisir favori, la chasse, ce jeune débauché, issu d'une riche famille d'Aquitaine, aurait vu une croix lumineuse, briller sur l'animal qu'il allait tuer. Le choc fut tel que le chasseur féroce se transforma en brebis et se convertit séance tenante.

Cette histoire n'a rien de plus extraordinaire que celles évoquées précédemment. Ce qui, à moi, me paraît infiniment plus bizarre, c'est que les chasseurs aient pris cet individu pour Saint-Patron et implorent sa bénédiction avant les battues !

D’après «Les Histoires de loups en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Le loup est de retour en France et plus exactement près de nous, dans le Parc du Mercantour et les Alpes du Sud.

Ce « grand méchant loup », cauchemar de nos nuits d’enfant, traînant dans la mémoire collective des générations de « mères-grand » et de « chaperons » dévorés tout cru, revient cette fois sur notre territoire nanti du statut intouchable d’espèce protégée par le Conseil National de la protection de la nature et la Convention de Berne.

Réhabilité et qualifié de « prédateur indispensable à la chaîne alimentaire et aux rétablissements des équilibres naturels », le voici blanchi de tous ses crimes passés et à venir et toléré aux portes de nos villages.

L’homme encore une fois a décidé du destin de la bête  avec sa propre logique.

Pourtant, les souvenirs laissés dans la mémoire de nos aïeux ne sont pas tendres et méritent qu’on s’y arrête.

Les Alpes Maritimes ou « Pays d’Azur », nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de vallées aux forêts sauvages et de villages perchés aux traditions vivaces.

Edmond Rossi, auteur niçois de différents ouvrages sur le passé et mémoire de sa région, présente ici une trentaine de récits recueillis dans les annales de la Provence orientale et du Comté de Nice.

Témoignages authentifiés touchants de vérité, ces textes évoquent les péripéties du loup, dans ce vaste territoire.

Parfois issus d’une tradition orale qui se perpétuait jadis aux veillées, ces contes portaient le plus souvent sur des faits réels, auxquels nos anciens se trouvaient mêlés.

Partons sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de ses propres fantasmes.

A travers les « Histoires de loups au Pays d’Azur » retrouvez les contes de jadis, cette vieille magie des mots qui vous emmène au pays du rêve et de l’insolite.

Pour un temps, laissez-vous emporter vers un passé troublant celui où nos ancêtres vivaient en compagnie du loup avec des rencontres riches d’émotion.

 

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26.07.2009

SAORGE : LE DISPARU DU VAL D’ENFER

53 LA VALLEE DES MERVEILLES page 53.jpg

Cette année, pour la première fois, le jeune Vincent se voyait confier la charge du troupeau familial. C’est lui qui conduirait et garderait les bêtes là-haut à l’alpage pendant l’été.

Avant son départ, il avait été l’objet de mille recommandations de la part de son père.

Les vieux de Saorge qui connaissaient bien les redoutables dangers du Val d’Enfer, lui avaient conseillé d’éviter à tout prix la tentation de faire paître le troupeau sur ces terres maudites : « Ne passe pas les crêtes, tiens-toi toujours sur le versant du Caïros, sinon il pourrait t’arriver malheur ! ».

Les semaines passèrent. Un jour, négligeant toutes ces mises en garde, Vincent en jugea autrement.

Au début de l’après-midi, après avoir grassement nourri ses bêtes sur ces terres maudites, fier de lui, il entreprit de diriger son troupeau vers un lac pour qu’il se  désaltère avant le retour. Il n’avait pas remarquer quelques nuages accrochés sur les cimes, annonciateurs du mauvais temps.

Bientôt les choses se précipitèrent. Très vite les nuées s’amoncelèrent sur le sommet du Bégo, obscurcissant la vallée. Alors éclata un terrible orage, éclairs fulgurants, coups de tonnerre répercutés en échos par la montagne, pluie torrentielle.

Subitement, le « menoun » (bélier meneur), saisi par la panique, court se précipiter dans les eaux profondes du lac, entraînant avec lui la totalité des bêtes qui s’y noient.

Cris, aboiements du chien, Vincent tente de s’opposer à la folie suicidaire de l’animal devenu la proie d’un étrange maléfice.

Bousculé, entraîné loin de la rive, le pauvre pâtre perd pied et s’engloutit lui aussi dans les eaux sombres et glacées du lac.

Depuis ce funeste événement, le lac a conservé le nom de l’origine du jeune imprudent : « le lac Saorgino ».

 

 

D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Où mieux rencontrer le Diable que dans les Alpes Maritimes, sur ces terres chargées de contrastes où s’opposent mer et montagne, au carrefour de la Provence et de l’Italie ?

Ici, le Diable est aussi à l’aise sur la Côte d’Azur où s’étalent d’outrageantes richesses que  vers l’intérieur où se cachent une humilité austère.

Puits du Diable, Château du Diable, Cime du Diable, longue est la liste des sites, marqués par la forte empreinte de celui qualifié par Bernanos de « Singe de Dieu ».

De Nice, à la Vallée des Merveilles, devenue son « domaine réservé », le Diable hante les villages, plastronne sur les murs des chapelles et persiste à enflammer l’imaginaire de ses habitants.

Il fallait raconter l’extraordinaire aventure du Diable dans les Alpes Maritimes. Grâce à Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la mémoire de son pays, cette lacune est aujourd’hui comblée.

Laissons-nous entraîner, à travers les siècles, sur la piste attrayante et mouvementée, de l’éternel et fascinant tourmenteur du cœur et de l’âme.

 

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03.06.2009

A BREIL SUR ROYA : LA VENGEANCE DE LA MASCA

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Il était notoire que la brûlante Malvina, une brune au teint de lait et aux yeux verts, connue comme une redoutable sorcière et crainte pour cela par les gens de la vallée de la Roya, fréquentait sans vergogne son promis, Hippolyte, un solide gaillard de Breil.

C’est ainsi que chaque soir, sa journée finie, l’homme en soupirant assidu, quittait le village pour grimper vers le vallon de la Maglia rejoindre une maisonnette nichée dans les oliviers où demeurait sa fiancée, la masca à la chevelure de jais.

Hippolyte s’attablait alors pour souper avec la belle hôtesse qu’il trouvait chaque fois un peu plus fascinante dans la douce lumière de la lampe à huile.

Le menu variait à chaque occasion et avait de quoi faire rêver plus d’un gourmet ! Tagliarini faits main, boursottes farcies de poireaux frits, d’épinards, de blettes, de riz, d’anchois et de fromage ! Le tout dans une pâte croustillante, tourtes de courgettes, de blettes ou de tomates, suggeri, et, pour finir la crechente, délicate brioche parfumée d’anis et de raisins secs. Captivé comme un papillon par les reflets exaltant les mets et l’objet de ses désirs, le fiancé avait tenté d’approcher d’avantage Malvina, sous le prétexte de ne pouvoir résister aux effets aphrodisiaques de sa cuisine, mais chaque fois en vain.

Econduit, le malheureux garçon connaissait par cœur l’implacable réplique repoussant ses élans amoureux : « Non, pas ce soir, tu me plais bien, mais sois patient, j’ai à faire avec des gens d’importance qui n’accepteraient pas ta présence ». Rien n’y faisait, ni la courtoisie, ni l’insistance brutale.

Rejeté, Hippolyte reprenait alors, la tête basse, le sinueux sentier descendant dans la nuit vers les lumières scintillantes du village.

Parfois, il en vint à regretter les plats moins élaborés des modestes cordons bleus de Breil, mais presque aussitôt l’image envoûtante des yeux verts de sa diabolique amie écartait ces rêveries d’une vie plus sage.

Un soir, désirant en avoir le cœur net, il se dissimula dans un taillis proche de la maison de la belle. Les heures passaient, au douzième coup de minuit, Malvina sortit vêtue d’une étincelante robe blanche à longue traîne, la chevelure gonflée encadrant son visage outrageusement maquillé, puis saisissant un balai de genêt, posé près de la porte, elle l’enfourcha comme une véritable sorcière et glissa plus qu’elle ne marcha en direction du pont d’Ambo. 

« Fille du Diable » murmura son fiancé, puis aussi agile qu’un chamois, il s’élança sautant les restanques à grandes enjambées pour suivre l’aérienne Malvina et parvenir enfin aux abords d’une vaste prairie.

Là, la masca retrouvait une assemblée de spectres échevelés, visage décharné, vêtus d’habits d’un autre temps.

Hommes et femmes se lançaient alors dans une folle farandole rythmée par le son des fifres et des tambours d’un orchestre invisible. Entraînée dans cette danse effrénée où les corps s’entremêlaient sans retenue, Malvina s’offrait tour à tour à chacun, se laissant enlacer dans ce tumultueux sabbat. Cris, rires accompagnaient les tourbillons des danseurs emportés par les échos interminables d’une musique répétitive.

Ne pouvant supporter d’avantage le spectacle de son infortune, fou de douleur, Hippolyte hurle alors sa peine et sa rage attirant l’attention de sa belle.

Surexcitée, Malvina se jette alors sur lui prunelles révulsées, ongles en avant semblable à une panthère en furie : « Tu as voulu m’espionner, puisqu’il en est ainsi je romps mes fiançailles, disparais à jamais de ma vie. »

Puis s’adressant à ses compagnons de sabbat : « Occupez-vous de lui, débarrassez-moi de ce pénible fardeau ! ».

En moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, le malheureux Hippolyte fut soulevé du sol et tel un fétu de paille emporté dans les airs par une puissante tornade jusqu’au lit de la Roya voisine, pour être plongé dans la rivière.

Suffoqué, manquant de se noyer, entraîné par le courant, se débattant, il réussit à s’accrocher à la branche d’un arbre surplombant la rive. Il parvint ainsi à sortir de ce mauvais pas et à rejoindre le village endormi.

Dès le lendemain, emportant ses quelques affaires dans une toile nouée aux quatre coins, il chargeait son âne et quittait Breil, sans mot dire, par la porte de Gênes, bien décidé à fuir les maléfices de celle qu’il avait pourtant choisie pour sa beauté et ses qualités ménagères.

A Breil, chacun s’étonna de la promptitude du départ de cet enfant du pays, quelqu’un affirma qu’il avait sans doute trouvé une bonne place sur la côte, comme bien d’autres avant lui.

Le silence de Malvina sur ce départ précipité n’intrigua pas outre mesure, ici on avait pris, depuis longtemps, le parti d’accepter les comportements étranges de celle qu’on appelait la masca.

Il fallut une nouvelle affaire plus sérieuse, pour que s’affiche publiquement la nature vindicative et destructrice de l’inquiétante sorcière de la Maglia.

Nous avons vu que la passion de la danse entraînait Malvina à passer des nuits blanches, aussi ne pouvait-elle manquer le bal du festin de Breil. C’est au cœur de l’été, sur la place du village qu’en cette occasion filles et garçons se retrouvaient pour y danser le quadrille.

Malvina, tenue à l’écart de la première figure, trouva place prise pour la seconde par la mignonne Flora qui prétendait poursuivre jusqu’à la cinquième. Désinvolte, Flora lui avait répondu par un sourire en la renvoyant à son danseur attitré qui, dans les bals précédents, n’était autre que le bel Hippolyte. Ce qui poussa l’exaspération de la brune à son comble !

« Danse Flora », lui répliqua-t-elle d’une voix acide, « Danse, sur la pointe des pieds. Saute, lève les jambes et ton joli jupon, danse, danse Flora ! ».

A cette invective, les amis de Flora tremblèrent, redoutant quelque sort funeste pour cette jeune écervelée. Flora, écartant toute menace de cette nature, ne prit même pas la peine de conjurer ces possibles maléfices, en se rendant le jour suivant à la chapelle de Saint Antoine, pour y réciter quelques oraisons.

Au lieu de ça, conduite par on ne sait quelle idée saugrenue, Flora s’engagea d’un pas alerte sur le chemin du Casté, sans s’attarder aux Crottes, pour grimper jusqu’aux ruines de Crivella. Parvenue là, elle monta au sommet de la Tour, attirée en ce lieu singulier comme un oiseau fasciné par un serpent.

Puis, entraînée par une musique guillerette apportée par la brise, elle se mit à danser, sautillante et gaie au rythme du fifre et du tambourin. Les paroles de Malvina résonnaient lancinantes dans sa tête : « Danse, danse, Flora, danse sur la pointe des pieds, lève les jambes, soulève ton jupon, danse, danse. ».

Sans aucune appréhension, la malheureuse jeune fille se laissa aller à des entrechats vertigineux sur le bord d’un créneau, avant de s’élancer soudain dans le vide sous le regard effrayé des gens de Breil. Le sortilège était évident, c’en était trop ! Malvina, après avoir envoûté la pauvre Flora, l’avait poussée vers la mort par la seule force de son pouvoir diabolique.

Malgré les recherches, on ne parvint pas à retrouver le corps de Flora.

On fouilla vainement les broussailles au pied de la falaise, pour n’y découvrir que son fichu d’indienne et l’un de ses escarpins vernis.

Après cet événement tragique, on s’interrogea sur la disparition d’Hippolyte qui ne pouvait être, elle aussi que le fait de quelques maléfices de la masca de la Maglia, il fallait qu’elle s’explique.

Capturée et chargée sur une charrette tirée par un âne rouge, solidement ligotée, elle apparut les cheveux sur le visage, le bonnet et le corsage à l’envers, traversant le village sous les lazzi et les cris de haine : « A mort ! Noyons-la ! A la potence ! »

Le regard de la sorcière affrontait celui des pieuses femmes qui se signaient.

Grimaçante, elle tira la langue à d’autres qui se sentaient alors défaillir.

Le cortège aboutit au parvis de l'église où un tribunal interrogea la sorcière.

Celle-ci dégagea habillement sa responsabilité dans la disparition d’Hippolyte, comme dans la chute de Flora, pour cette dernière, comment aurait-elle pu intervenir, alors qu’elle était chez elle occupée à trier des olives ?

Quant à Hippolyte, il était parti de son plein gré, libre de ses mouvements. Comment pouvait-elle être victime d’accusations gratuites, sans l’ombre d’une preuve ?

Quant au corps de Flora, il fallait insister, les taillis et les fourrés devaient conserver ses restes, elle n’avait pu disparaître, ce n’était pas son affaire.

Sa conviction l’emporta sur la passion de la foule et après délibération, le verdict tomba, on retint le trouble à l’ordre public passible du bannissement.

Elle serait désormais assignée à résidence dans le village voisin d’Airole, au sud de Breil. La sentence était immédiatement exécutoire.

Malvina, suivie par les gens de Breil soucieux de s’assurer de son départ en exil, quitta le village en se permettant encore un ultime pied de nez, accompagné de quelques paroles rageuses : « Sachez que je reviendrai vous voir avant mon trépas, maudites gens ! On se reverra… »

Un demi-siècle plus tard, au crépuscule d’une belle journée d’hiver, pénétrait dans Breil, par cette même porte de Gênes, une louve enragée, l’œil saignant et la gueule baveuse. Un homme d’arme, chargé de surveiller l’accès du bourg, tenta de s’opposer à son passage avant d’être assailli et égorgé.

Après cette attaque, la bête épargna les habitants fuyant devant la menace, elle franchit la Roya pour poursuivre sa quête vers une campagne où un berger regroupait ses moutons.

Le troupeau apeuré se serra autour de l’homme, mais la louve ne se souciait guère du bétail, en voulant avant tout au berger.

Le maître du troupeau n’était autre qu’Hippolyte. Devenu un vieillard chenu mais robuste, il s’était retiré au pays après avoir couru le monde.

Comprenant les intentions du féroce animal, il l’attendit de pied ferme. Lorsque la louve bondit sur lui la gueule ouverte, il lui enfonça de toutes se forces entre les mâchoires sa houlette ferrée jusqu’aux entrailles.

Quand il reconnut soudain, dans les prunelles révulsées, les reflets verts qui l’avaient fasciné jadis, son bras ne faiblit pas.

Cette impression fugitive ramenait le vieil Hippolyte à ses années de jeunesse.

Il murmura simplement : « Il était écrit que l’un de nous deux périrait par l’autre ! »

Un jour plus tard, un muletier d’Airole apprit aux habitants de Breil le décès de leur compatriote exilée.

 D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Où mieux rencontrer le Diable que dans les Alpes Maritimes, sur ces terres chargées de contrastes où s’opposent mer et montagne, au carrefour de la Provence et de l’Italie ?

Ici, le Diable est aussi à l’aise sur la Côte d’Azur où s’étalent d’outrageantes richesses que  vers l’intérieur où se cachent une humilité austère.

Puits du Diable, Château du Diable, Cime du Diable, longue est la liste des sites, marqués par la forte empreinte de celui qualifié par Bernanos de « Singe de Dieu ».

De Nice, à la Vallée des Merveilles, devenue son « domaine réservé », le Diable hante les villages, plastronne sur les murs des chapelles et persiste à enflammer l’imaginaire de ses habitants.

Il fallait raconter l’extraordinaire aventure du Diable dans les Alpes Maritimes. Grâce à Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la mémoire de son pays, cette lacune est aujourd’hui comblée.

Laissons-nous entraîner, à travers les siècles, sur la piste attrayante et mouvementée, de l’éternel et fascinant tourmenteur du cœur et de l’âme.

 

Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur

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27.05.2009

ALPES MARITIMES: DE LA PEUR A « LA MORT DU LOUP »

10 LOUP EN MARAUDE page 10.jpg

Depuis le passé le plus lointain, la menace des loups a provoqué chez l’homme une peur collective qui ne s’est calmée qu’avec la disparition partielle de ces animaux. Cette crainte à tout naturellement fait naître des croyances et des mythes véhiculés par les cultes et les traditions.

Symboliquement associé aux forces obscures (la nuit encourageant ses attaques) le loup, venu des ténèbres ou de l’ombre des forêts, apparaît vaincu par Saint Loup qui guérit la cécité. De même, Saint Hervé, aveugle, sera guidé par un loup. L’imagerie religieuse développera sur les fresques des églises et chapelle le loup comme un animal féroce et maléfique.

Représentant le Diable chez les Scandinaves et les Germains, il sera le complice des sorciers espagnols qui le chevaucheront à l’envers pour se déplacer. Il exprimera également la gloutonnerie plus souvent que le porc. Mais c’est lors des calamités vécues par nos ancêtres qu’il donnera toute la mesure de sa cruauté. En effet, sa présence va accompagner les famines, les épidémies et les guerres.  Trouvant là un terrain favorable, le loup va y prélever son tribut, excitant davantage l’hystérie collective par la terreur qu’il provoque.

Mieux, on assistera lors des famines à la multiplication des cas de « folies louvrières » (lycanthropie). Le cannibalisme, solution extrême à la faim, entraîne des êtres frustres à tuer leurs semblables. Certains iront jusqu’à détacher les corps des suppliciés suspendus aux gibets pour se procurer une horrible nourriture (selon J. Delumeau « La peur en Occident »).

Le goût de la chair humaine étant pris, d’autres dépravés se couvriront d’une peau de loup pour harceler et tuer d’innocentes victimes. Le XIVème siècle est fertile en témoignages de loups-garous circulant à quatre pattes, cachés sous une peau de loup pour mieux commettre leur monstrueux forfaits. Dans ces temps de misère et d’impuissance suivant famine et disette, les épidémies (et plus particulièrement la peste) seront tout comme les loups mis au compte des punitions divines. Le clergé développera cette explication passive. Trompeur et rusé avec ses yeux de braise, le loup sera plus que jamais identifié au Diable dans sa haine d’une espèce humaine affaiblie (Pierre de Beauvais XVIème siècle).

Enfin, durant des siècles, les guerres périodiques et leurs massacres vont constituer une véritable aubaine pour les loups. Morts et blessés fournissant un aliment de choix leur donneront goût à la chair humaine (G. Ragache « Les loups en France »). Il sera alors question de ces loups accoutumés à la chair humaine, attaquant les hommes de préférence, devenus aussi des loups-garous (loups dont il faut se garer).

De plus, porteur de la rage, terrible maladie à l’issue fatale, le loup complice du Diable plongera l’enragé dans des crises de convulsions avec morsures, comparables à celles d’un possédé.

L’exorcisme, pour délivrer l’esprit du mal, doit alors intervenir après que le fer rouge ait cautérisé la plaie.

Doué de tels pouvoirs, le loup intervient tout naturellement dans la sorcellerie et la médecine populaire, grâce aux pouvoirs de sa dent, de son œil, de ses os, de son cœur ou son foie, pour protéger ou écarter diverses maladies. Frappant l’imaginaire, le loup a laissé son souvenir dans de nombreuses expressions qui tendent à disparaître avec lui. Nous en connaissons certaines comme : « être connu comme le loup blanc », « marcher à pas de loup », « entre chien et loup », « hurler avec les loups , ou des proverbes du genre « quand on parle du loup on voit sa queue », « l’homme est un loup pour l’homme » ou « enfermer le loup dans la bergerie ».

Déjà présent à l’époque des Romains, dans la relation de la louve allaitant Romulus et Remus, jusqu’au « Livre de la Jungle » de R. Kipling où la louve Akéla élève Mowglie, contes et légendes feront leur profit de cet animal mythique et ambivalent. Associé à la pleine lune comme à la sombre forêt, tanière des frayeurs populaires, le loup peut se changer en homme à la faveur de ces domaines obscurs. Animal ou loup-garou, cet être sorti de l’ombre ne peut symboliser que le mal, opposé à sa victime favorite le doux agneau à la pure et blanche innocence. Véhiculant toutes ces tares « le grand méchant loup » ne pouvait que perdre son procès et être condamné à disparaître.

La lutte exterminatrice débuta par de significatives battues organisées dès le Moyen Age sous l’Ancien Régime, les dimanches et les jours des fêtes carillonnées, à l’issue des offices religieux. Battues et primes vont constituer l’arsenal répressif contre la menace des loups. Sa chasse, devenue une affaire de légitime défense des populations rurales, visera à la totale destruction de l’espèce.

Au XVIème siècle, c’est le seigneur qui organise les battues en réquisitionnant hommes et chiens, s’y ajoute l’incitation d’une prime pour chaque bête abattue. Dans un souci d’efficacité, l’autorité royale créera la Louveterie, ce service remonte à Charlemagne. Les abus, commis lors du prélèvement des rétributions auprès des communautés rurales, par les fonctionnaires chargés d’éliminer les loups, entraînent divers règlements au fil des siècles. Véritable administration, chargée sans partage d’une mission d’intérêt général, la Louveterie est dirigée par un Grand Louvetier assisté d’officiers et sergents de Louveterie. Cette institution disparaît en 1787 à la suite d’abus réitérés.

Une nette recrudescence des loups suit la naissance de la première République de 1790 à 1804. Pour lutter contre ce fléau, de nouvelles mesures sont préconisées, comme l’empoisonnement à la strychnine et l’encouragement à la destruction au moyen de primes.

Ce dernier procédé était un peu utilisé sous l’Ancien Régime. La loi de 1882 hâtera l’extermination des loups : 1300 loups détruits en 1883 sur le territoire national, puis quelques centaines chaque année jusqu’en 1902.

Dans les Alpes-Maritimes (divisées par la frontière du Var de 1815 à 1860), les informations recueillies par Frédéric Muyard dans son étude sur « les loups et la loi » nous indiquent une lettre significative du maire de Levens du 12 prairial an X (1802). Il est question d’un couple de loups apparaissant en plein jour avec une « gueule effroyable ». Ces provocateurs égorgent les bestiaux domestiques, nécessitant l’intervention rapide des six meilleurs chasseurs du canton.

Dix-huit vont être abattus de 1800 à 1806, dans le département à Séranon, Roquesteron, Puget-Théniers, Clans, Roquebillière, Saorge et Tende, souvent les louves sont pleines de trois à cinq louveteaux.

Rappelons que la louve s’accouple en Janvier ou Février. Au bout de 63 jours de gestation, elle mettra bas de quatre à cinq petits, qu’elle allaite de cinq à six semaines. Mais les louveteaux ne peuvent suivre leur mère qu’à l’âge de deux mois. F. Muyard signale également qu’en 1806 dans les Basses Alpes, le Préfet ordonne une « battue générale » face aux ravages causés par les loups, « dans tous les bois et forêts, avec chiens et armes à feu. »

En 1844, sous le régime royal de Piémont-Sardaigne, l’intendant général Des Ambrois diffuse un manifeste sur tout le territoire de la « Province de Nice pour lutter contre les loups » qui infestent le pays. Le tarif des primes est de 200 lires pour une louve pleine, 150 pour une louve ordinaire, 100 pour un mâle et 25 pour un louveteau, quant aux lynx et loups-cerviers la prime reste fixée à 100 lires.

Ces primes n’eurent pas toujours le succès espéré, car il fallait souvent dépenser plus pour se déplacer et transporter la dépouille de l’animal tué jusqu’à Nice.

La chasse aux loups devenait souvent un privilège de riches qui, seuls, possédaient des chiens et des armes à feu.

Le piège et le poison étant reconnus comme moyen de lutte (1882), la traque va se démocratiser et les tableaux de chasse vont s’accroître. Les primes sont augmentées encourageant les prises. Le 14 Avril 1890, Clapier Joseph de Saint Sauveur reçoit
150 francs pour avoir pris au piège une louve pleine. Le 16 Décembre 1890, les sieurs Mallet et Ségur perçoivent une prime de 100 francs pour avoir tué une louve de 16kgs. A Villars sur Var, le 25 Février 1901, Toccia, un cultivateur, touche 100 francs pour avoir empoisonné un loup. La liste s’achève là et les rares apparitions du loup ne relèveront plus désormais que du fait divers.

Auteur et victime d’une psychose meurtrière, le loup a été presque totalement éliminé. Mais voilà qu’il réapparaît aujourd’hui dans nos forêts, auréolé d’une éternelle passion, poursuivant un nouveau destin discutable.

Décidément, nos rapports avec cet animal ne seront jamais simples.

D’après « Les Histoires et Légendes du Pays d’Azur », pour commander cet ouvrage dédicacé de 15 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.

Des histoires extraordinaires naissent sous tous les cieux, mais seul un cadre favorable les fait éclore.

La situation géographique du Pays d’Azur où les Alpes plongent dans la mer dans un chaos de montagnes et de vallées profondes lui confère déjà un caractère exceptionnel. Les climats qui s 'y étagent de la douceur méditerranéenne de la côte aux frimas polaires des hauts sommets sont tout aussi contrastés. Si l'on ajoute que l'homme a résidé sur ces terres d'opposition depuis ses origines, on ne peut s'étonner de trouver en lui la démesure du fantastique révélée par les outrances du décor.

Cet environnement propice ne devait pas manquer de pro­duire dans la vie de ses habitants une saga où l'imaginaire rejoint naturellement la réalité.

Depuis les milliers d'étranges gravures tracées à l'Age du Bronze sur les pentes du Mont Bégo dans la Vallée des Merveilles, en passant par les fabuleux miracles de la légende dorée des premiers chrétiens, ou les fresques tragiques des chapelles du Haut-Pays, jusqu'aux héroïques faits d'armes des Barbets pendant la Révolution française, longue est la chronique des «Histoires extraordinaires» du Pays de Nice, s'étalant dans la pierre et la mémoire de ses habitants.

Par un survol du passionnant passé de cette région, qu'il connaît bien, Edmond Rossi nous entraîne à travers une cinquantaine de récits mêlant la réalité historique au fantastique de la légende.

Rappelons qu'Edmond ROSSI, né à Nice, est entre autres l'auteur de deux ouvrages d'Histoire appréciés, dont «Fantastique Vallée des Merveilles», d'une étude sur les traditions et le passé des Alpes du Sud: «Les Vallées du Soleil» et d'un recueil de contes et légendes de Nice et sa région: «Entre neige et soleil».

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05.05.2009

SAINT MARTIN VÉSUBIE AU TEMPS DES LOUPS

101 LE LOUP AU PAYS D'AZUR page 101, 4ème DE COUVERTURE.jpg

Témoignage de M. Jean Plent, Juin 1980 :

« Mon père avec ses collègues ont vu,  une fois, deux loups vers le Boréon. Après la guerre de 1914, il y avait un loup qui rôdait du côté de la Madone. Mais ça n'existait pour ainsi dire plus.

Mais j'ai connu des vieux (qui disaient que) les portes étaient fermées parce que, si vous sortiez dans la rue, il y avait les loups qui rôdaient par-là. Et les fourniers, (chargés du four communal) quand ils allaient commander les femmes pour faire le pain, ils sortaient avec des tisons comme ça parce qu'ils risquaient de se faire dévorer par les loups. Il yen avait des loups à ce moment-là!

C'était à l'époque de mon père. Il est né en 1873. C'était à ce moment-là, dans les années 1870-1880. Mon père se rappelait encore.

Il yen avait un de Venanson qui s'appelait Roaino et qui cherchait les loups. Mon père l'a bien connu. Les chiens, tous les chiens lui couraient derrière quand il venait à Saint-Martin parce qu'il sentait l'odeur du loup. Ils allaient tous pour le mordre. C'était un trappeur de loups.

On les chassait avec des pièges mais après on employait le poison et, c'est par le poison, qu'ils ont été détruits.

Lui, il touchait une prime de la mairie et du département même. C'est que les loups faisaient des dégâts dans les troupeaux.

J'ai connu un vieux qui gardait la génisserie là-haut, du côté du Villar. C'était au mois de juin, il était tombé de la neige. Lui était dans le cabanon: c'était une pierre qui fait "barmo" (grotte) et puis c'est tout. Eh bien, la nuit, les loups se sont jetés sur les bêtes, sur les génisses. Ils en ont tué deux quand même. Et les petits se tenaient en haut. Il disait qu'il voyait briller les yeux d'en bas. Les vieux se sont jetés sur les bêtes et les petits étaient là-haut qui regardaient, ils attendaient. Toute la nuit, ils ont eu affaire contre les loups. Les loups mordent les bêtes par la queue et puis, ils les font tourner, tourner. La bête quand elle est prise par la queue comme ça, elle tourne, tourne, tourne jusqu'à ce qu'elle se foute par terre. Quand elle est par terre, vlan ! Ils se plantent à la gorge. Ça c'est la malice du loup.

Tenez, Jean-Baptiste Plent, le père du guide, je l'ai bien connu. Eh bien! Un jour il était monté à la Madone. C'était à peu près à cette époque (en avril) et il était au

Sanctuaire, au bout de la promenade où arrive le chemin. Alors, il disait qu'il faisait bon. Il se dit, tiens je mange, je casse un peu la croûte et puis il s'est couché. Il s'est un peu endormi il faisait tellement bon et, je ne sais pas, un instinct: il a entendu un petit bruit de quelque chose, il s'est réveillé. Il a vu un loup d'ici à là. Le loup était là pour lui sauter dessus. Eh bien ! Il a été malade pendant trois mois, de la peur. L'effet que ça lui a fait ! Quand il s'est relevé, le loup a foutu le camp mais il est resté trois mois malade.

Les chiens de bergers, ici, je me rappelle, avaient des colliers larges comme ça.

Des colliers avec des clous pour empêcher les loups d'égorger les chiens. C'étaient des colliers de l'ancien temps. »

D’après «Les Histoires de loups en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Le loup est de retour en France et plus exactement près de nous, dans le Parc du Mercantour et les Alpes du Sud.

Ce « grand méchant loup », cauchemar de nos nuits d’enfant, traînant dans la mémoire collective des générations de « mères-grand » et de « chaperons » dévorés tout cru, revient cette fois sur notre territoire nanti du statut intouchable d’espèce protégée par le Conseil National de la protection de la nature et la Convention de Berne.

Réhabilité et qualifié de « prédateur indispensable à la chaîne alimentaire et aux rétablissements des équilibres naturels », le voici blanchi de tous ses crimes passés et à venir et toléré aux portes de nos villages.

L’homme encore une fois a décidé du destin de la bête  avec sa propre logique.

Pourtant, les souvenirs laissés dans la mémoire de nos aïeux ne sont pas tendres et méritent qu’on s’y arrête.

Les Alpes Maritimes ou « Pays d’Azur », nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de vallées aux forêts sauvages et de villages perchés aux traditions vivaces.

Edmond Rossi, auteur niçois de différents ouvrages sur le passé et mémoire de sa région, présente ici une trentaine de récits recueillis dans les annales de la Provence orientale et du Comté de Nice.

Témoignages authentifiés touchants de vérité, ces textes évoquent les péripéties du loup, dans ce vaste territoire.

Parfois issus d’une tradition orale qui se perpétuait jadis aux veillées, ces contes portaient le plus souvent sur des faits réels, auxquels nos anciens se trouvaient mêlés.

Partons sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de ses propres fantasmes.

A travers les « Histoires de loups au Pays d’Azur » retrouvez les contes de jadis, cette vieille magie des mots qui vous emmène au pays du rêve et de l’insolite.

Pour un temps, laissez-vous emporter vers un passé troublant celui où nos ancêtres vivaient en compagnie du loup avec des rencontres riches d’émotion.

 

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29.04.2009

A SOSPEL : UNE IMPITOYABLE SORCIÈRE

75 BIS SUR LE MANGIABO... page 75.jpg

A Sospel, un brave homme nommé Clément vivait une existence sans problème.

Vieux célibataire, il n’avait jamais voulu se donner le mal de fonder une famille.

Travaillant pour avoir le peu qu’il lui fallait, il profitait avec sagesse des petits plaisirs de la vie.

Tout bascula le jour où il rencontra Anaïs, une jolie brunette qui devint sa maîtresse. On l’avait prévenu que la belle qu’il allait régulièrement voir au Moulinet, faisait commerce de sorcellerie. Il avait haussé les épaules, n’accordant pas plus de cas à cet avis qu’au reste.

Un soir, devant la chapelle Sainte Ursule, il rencontra un beau chat noir qui vint vers lui se frotter amoureusement à ses mollets tout en ronronnant de plaisir.

Caressante, la bête réussit à se faire prendre dans les bras du bonhomme. Tout en minaudant, elle se glissa dans la chemise entrouverte, passant son museau humide sur les lèvres de Clément. Mais comme il semblait insensible à ses marques d’affection, le chat sans prévenir le griffa méchamment à la poitrine.

Surpris, l’homme le saisit alors et l’envoya brutalement contre un arbre. L’animal disparut dans la nuit, boitant et hurlant de douleur.

Quand, quelques jours plus tard, Clément retourna chez Anaïs, il la trouva alitée.

« Qu’est ce qu’il t’arrive ?

– C’est la Roussette qui m’a donné un coup de sabot lorsque je la trayais ».

Il suspecta tout de suite la vérité. Mais la femme en bonne sorcière, lui dit insinuante : « Si tu veux que je guérisse vite, va dans le bois de la Barivière et cherche-moi de l’herbe de la Saint Jean ».

Anaïs connaissait bien la forêt de la Barivière où elle allait préparer ses maléfices en invoquant les démons et les défuntes sorcières.

Dévoué, malgré la nuit, Clément grimpa jusqu’au bois. Parvenu là-haut dans la clairière, il se sentit entouré d’étranges présences. Bientôt des dizaines d’yeux phosphorescents brillèrent dans l’obscurité, alors que le vent se levait, portant à travers les arbres un chœur de gémissements et de cris.

Glacé de peur, les cheveux dressés sur la tête, Clément s’enfuit comme un fou en hurlant dans la nuit. Il continua à crier ainsi jusqu’à l’aube !

Les nuits suivantes, l’écho de ses clameurs résonnèrent jusque dans les villages environnants. Elles s’éteignirent un matin, au lever du soleil, lorsque quelqu’un remarqua au sommet du Mangiabo une étrange silhouette humaine pétrifiée.

Cette forme, faite de pierres amoncelées, ressemblait à un de ces cairns qu’on rencontre souvent sur la cime des montagnes.

A partir de ce jour, on n’entendit plus les cris de terreur du malheureux Clément.

Sur le Mangiabo, les arbres dépérirent et séchèrent, laissant apparaître une zone sommitale déserte, privée de toute végétation.

D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Où mieux rencontrer le Diable que dans les Alpes Maritimes, sur ces terres chargées de contrastes où s’opposent mer et montagne, au carrefour de la Provence et de l’Italie ?

Ici, le Diable est aussi à l’aise sur la Côte d’Azur où s’étalent d’outrageantes richesses que  vers l’intérieur où se cachent une humilité austère.

Puits du Diable, Château du Diable, Cime du Diable, longue est la liste des sites, marqués par la forte empreinte de celui qualifié par Bernanos de « Singe de Dieu ».

De Nice, à la Vallée des Merveilles, devenue son « domaine réservé », le Diable hante les villages, plastronne sur les murs des chapelles et persiste à enflammer l’imaginaire de ses habitants.

Il fallait raconter l’extraordinaire aventure du Diable dans les Alpes Maritimes. Grâce à Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la mémoire de son pays, cette lacune est aujourd’hui comblée.

Laissons-nous entraîner, à travers les siècles, sur la piste attrayante et mouvementée, de l’éternel et fascinant tourmenteur du cœur et de l’âme.

 

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08.04.2009

"PROMENONS NOUS DANS LE BOIS..."

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« PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS

TANT QUE LE LOUP N'Y EST PAS »

Le loup est de retour en France et plus exactement près de nous, dans le Parc du Mercantour. Ce « grand méchant loup », cauchemar de nos nuits d’enfant, traînant dans la mémoire collective des générations de « mère-grands » et de « chaperons » dévorés tout cru, revient cette fois sur notre territoire nanti du statut intouchable d’espèce protégée par le Conseil National de la protection de la nature et la Convention de Berne. Réhabilité et qualifié de « prédateur indispensable à la chaîne alimentaire et aux rétablissements des équilibres naturels », le voici blanchi de tous ses crimes passés et à venir et toléré aux portes de nos villages. Pourtant, les souvenirs laissés dans la mémoire de nos aïeux ne sont pas tendres et méritent qu’on s’y arrête.

Dans les Alpes-Maritimes, des bandes de loups descendaient sur le littoral avant la Révolution. Ainsi en 1751, Saint-Laurent du Var en était infesté au point que des battues durent être organisées par la seigneur du lieu. Plus tard, en 1802, on signale un loup abattu dans la banlieue de Nice.

Dans les vallées du Comté de Nice et de la Provence orientale, les bois sombres, les « loupières » ou « loubières », conservent encore le souvenir de ces terribles animaux. Entre Villeneuve d’Entraunes et Bantes, un énorme rocher placé au bord du chemin, la « Peïra déou loup » rappelle l’histoire d’un paysan du coin qui, attaqué par un loup une nuit d’hiver, n’avait eu la vie sauve qu’en grimpant sur la pierre. Ainsi posté, il avait pu appeler et attendre du secours.

Les bergers transhumant avec leurs troupeaux étaient plus exposés que quiconque. Dans les pacages, pour défendre les bêtes des attaques des loups (et des ours jusqu’au XIXème siècle), ils disposaient de molosses protégés d’un collier à trois rangs de clous : les chiens de parc. Le soir, les enclos abritant le bétail avaient le haut de leurs murs garni de grosses pierres pointues pour décourager ces mêmes rôdeurs.

Mais c’est au siècle passé que s’allonge la liste des cruelles exactions recensées dans chaque village, plongeant nos grands-parents dans un climat de frayeur permanente.

Vivant par bandes aux abords de Nice, de Saint-Martin de Lantosque (Vésubie), à Aspremont, Falicon, Tourrette Levens, les loups attaquent bêtes et gens, sans vergogne, de jour comme de nuit. Leurs meutes descendent jusqu’aux portes de Nice, à Saint André, Saint Pons, Bellet, Fabron, Magnan, Saint Pierre de Féric pour y commettre leurs méfaits.

Le 11 Avril 1804 (21 Germinal an XI), le Conseil Municipal de Nice organise une battue pour détruire ces bêtes malfaisantes. Romey, maire de l’époque, confia cette mission au chef du quatrième bataillon de la Garde Nationale. Il fut d’autre part décidé d’offrir une prime de soixante livres à chaque citoyen qui apporterait une tête de loup à la Mairie dans les huit jours qui suivraient sa mort. Passé ce délai, il ne serait remis qu’une somme moindre (Archives Municipales de Nice, Délibérations XIII).

Un loup est tué tout près de là sur la Côte, en 1815, à Roquebrune Cap Martin. Cet événement motive le Prince de Monaco à autoriser le port du fusil pour le propriétaire d’une fabrique de tuiles de cette commune « pour se garder des loups ».

En 1826, le naturaliste Risso rapporte que le loup « séjournait dans nos bois et y apparaît toute l’année. » Si leur menace est écartée de la Côte, les loups continuent

de se multiplier dans le Haut Pays de 1840 à 1850. Leur présence est constante près de Breil et dans les vallées de la Roya et de la Vésubie. Pas un jour ne passe sans une attaque ou morsure de ces animaux affamés ou enragés. La population terrifiée n’ose plus voyager ou s’écarter des villages et hameaux. Pour s’assurer de la présence d’un loup dans les parages, les paysans imitent son hurlement dans l’attente d’un cri semblable. Chaque berger porte un fusil et, le soir venu, on allume de grands feux pour éloigner les féroces rôdeurs. C’est à qui trouvera un moyen pour les détruire. En plus des pièges et autres collets, on dépose sur leur passage des bêtes mortes, à la chair empoisonnée. Des chasseurs spécialisés vont d’un village à l’autre, sur invitation des conseils municipaux, pour tenter de les éliminer.

Le zoologiste J.B. Vérany, signale qu’en 1862 les frères Isoard de Clans, intrépides chasseurs, ont apporté à l’intendance de Nice plus de 150 loups et 100 lynx.

Vérany ajoute : « Il est regrettable pour ce département que la prime accordée pour chaque loup ou lynx soit réduite au taux minimal de 18 francs pour une louve pleine, 15 francs pour une louve non pleine, 12 francs pour un loup et 6 francs pour un louveteau. Ces primes ne dédommagent pas les chasseurs des fatigues et des pertes de temps. »

Si en 1865, il est rassurant de ne plus rencontrer les loups autour de Nice, il n’en est pas de même en montagne, dans les bois du secteur de Beuil, à 1500m d’altitude. Un des derniers tués dans ces parages le sera en 1886 à la Tête de Pérail, au-dessus de Pierlas, où un vacher trouve un matin dans son étable, un gros loup étripé par son bœuf.

A la Gaude, lors du terrible hiver de 1870, un loup mange le chien de la famille Boniffacy, dans leur propriété du Trigans. « C’était un loup maigre et affamé, il ne laissa que quelques os. » (A. Féraud).

même hiver, des attaques similaires sont signalées à Touët et Utelle. A Roubion, le préfet des Alpes-Maritimes distribue du poison au maire et organise une battue au quartier du Larzé.

A Massoins, dans les hivers de 1880, les loups ne craignaient pas de s’avancer jusque dans le village (Ch. Malaussena). A la même époque (dernier quart du XIXème siècle), Alice André rapporte qu’un jeune instituteur, se rendant de Pélasque à la Tour par le bien nommé col de Gratteloup, armé d’un revolver avec six balles, ne devait plus réapparaître.

On ne retrouvera sur place que six cadavres de loups, une chaussure et les lunettes de l’infortuné jeune homme. Tout près de là, entre Utelle et la Tour, un muletier parti seul avec ses bêtes vécut une nuit de cauchemar. Poursuivi par une meute affamée, il réussit à se réfugier avec sa « cavalerie » dans une grange isolée où il se barricada.

Observant ses agresseurs, il assista à une folle sarabande ; les loups tournaient dans une ronde infernale autour du bâtiment jusqu’à la chute du plus faible, dévoré alors par ses congénères. Apaisée, la meute disparut ensuite (A. André).

En cette fin de siècle, d’autres aventures tout aussi troublantes hantent encore la mémoire de nos villages. Dans le Valdeblore, allant visiter sa bergerie un soir d’hiver avec sa lampe, un habitant du lieu vit briller dans la nuit les yeux de quelques loups en quête de nourriture. Sachant que la serrure était parfois récalcitrante, il trembla de frayeur, mais cette fois là, miracle ! Elle s’ouvrit opportunément au premier tour de clé (A. Testor). Traversant de nuit ce même Valdeblore, sans lumière, un cordonnier rencontre un loup qui l’accompagna de Saint Dalmas à la Roche, tantôt le précédant, tantôt le suivant. Par bonheur, un paysan de la Roche sortit de son écurie avec une lanterne, mettant fin à cette inquiétante filature.

L’histoire de l’enfant, parti chercher du feu dans une ferme voisine avec un brandon de résineux, attaqué au retour et emporté par le loup avec sa torche enflammée courant la campagne, est un épisode repris dans plusieurs vallées : le Valdeblore, le Touyet (au-dessus d’Entrevaux), Barels (hameau de Guillaumes).

Entre le Prignolet et la Sagne, au-dessus de Saint Auban, près de l’oratoire des sept loups, un muletier avec sa bête s’est vu, la nuit, entouré par une meute de loups. Pris de peur, il attacha sa mule, l’abandonnant pour mieux fuir. Le matin, revenu sur les lieux, il retrouva surpris ses sept agresseurs, tués par la mule à coups de sabot (M. Brun).

Un autre muletier de Lantosque, parcourant l’antique route du sel vers la Madone des Fenestres, vit sa monture emportée par une avalanche. Il ne put en récupérer la viande qu’en la partageant avec une louve, « un morceau à moi, un morceau à toi »
(C. Borriglione).

Un jeune homme de Gourdon, qui faisait son service militaire à Antibes en 1880 fut une nuit dévoré par des loups alors qu’il rejoignait son village pour y passer une courte permission. Le vieux curé de Gourdon se rappelait en 1955 avoir participé dans sa jeunesse à des battues et à des « charivaris et tintamarres » faits avec de vieilles casseroles pour éloigner ces fauves des troupeaux et des bergeries. Il reste encore, sur les plateaux des Pré-Alpes de Grasse, de nombreux courtils, enclos dont les ruines ont été quelquefois confondues avec des « castellaras » préhistoriques.

En 1882, devant ses menaces, sous la présidence de Jules Grévy, une loi du 3 Août codifia et tarifa les primes à verser en cas de destruction des loups, 100 francs par tête de loup, 150 francs par tête de louve pleine, 40 francs par tête de louveteau (c’est-à-dire un animal pesant moins de 8kgs). Mieux cette même loi signalait encore l’attribution d’une prime de 200 francs, si l’on prouvait que le loup tué s’était jeté auparavant sur des êtres humains.

Au début du siècle, un loup pourchassé réussit à s’échapper dans le secteur de Séranon. A la même époque, on ferme le soir les portes du village d’Ilonse pour s’en protéger.

C’est en 1906 que les derniers loups seront aperçus : 4 du côté de Péone et 1 vers l’Argentera dans la Haute Vésubie.

J. Plent de Saint Martin de Vésubie rapporte que son père et des collègues, au début de notre siècle, avaient rencontré deux loups au Boréon. Un autre loup solitaire rôdait lui autour de la Madone des Fenestres après la guerre de 1914-1918. Plus tôt, vers 1890, un certain Roaino de Venanson était trappeur de loups, touchant primes de la mairie et du département, pour protéger les troupeaux. Lorsqu’il venait à Saint Martin, ses vêtements étaient imprégnés par l’odeur du loup au point que les chiens le suivaient en grondant, prêts à mordre ! Tous les moyens furent alors employés pour détruire les loups : fusil, piège et poison. C’est par ce dernier qu’ils furent anéantis.

Le dernier loup des Alpes-Maritimes aurait été tué en 1913 par M. Maurel de Belvédère. Néanmoins dans l’entre-deux-guerres, en Juin, au quartier du Villard proche de Saint Martin de Vésubie, une chute de neige tardive entraîna l’attaque par une louve et ses petits d’un troupeau de génisses remisé dans un abri sous roche. Le vacher assista impuissant au massacre de deux de ses bêtes depuis son cabanon. La meute mordait la queue des victimes qui tournaient en rond jusqu’à épuisement. Alors, les loups les égorgeaient (J. Plent).

A la même époque, Jean-Baptiste Plent, monté une année en Avril à la Madone des Fenestres, s’était assoupi après avoir cassé la croûte. Réveillé par un léger bruit, il vit un loup à quelques pas, prêt à bondir sur lui ! L’animal s’enfuit dès que l’homme se redressa. Le malheureux montagnard resta trois mois malade de peur.

Pas loin de là, à Mollières, entre Tinée et Vésubie, Madame Giuge témoigne qu’entre les deux guerres son père s’était fait attaquer par un loup, aussi pour éloigner la menace, les gens du lieu allumaient de grands feux la nuit, autour du village.

Ma propre tante, institutrice à Barels, au début des années vingt, rejoignait notre village de Villeneuve d’Entraunes, armée d’un revolver pour se protéger d’une possible attaque des loups. Au-delà du col de la Lombarde, au-dessus d’Isola 2000, dans les années trente, le gardien du sanctuaire de Sainte Anne de Vinadio prétendait apercevoir des loups en hiver autour de son refuge (Dr. Paschetta).

Enfin, plus près de nous, des excursionnistes fréquentant dans les années soixante dix l’ancien refuge des Adus (Boréon), ont relevé dans la neige des empreintes attribuables à des loups (M. André).

On prétend aujourd’hui que le dernier loup tué en France l’a été en 1942 en Haute-Marne et qu’un autre l’aurait été en 1981 dans l’Ariège. C’est encore une fois oublier les réalités des Alpes-Maritimes ! En effet, rappelons qu’à Bergue, sur la commune de Fontan, un superbe loup a été abattu en 1987. L’animal naturalisé trône dans la mairie de cette commune.

Brusquement, tout s’amplifie : en Novembre 1992, on signale deux loups dans le secteur de Mollières inclus dans le Parc du Mercantour. En Juin 1994, six loups sont recensés dans la Haute Vésubie. D’autres spécimens sont repérés à la même époque par des chasseurs au-dessus de Châteauneuf d’Entraunes ! Venu d’Italie centrale (Abruzzes) à travers les Apennins, le retour flatteur de ce féroce carnassier devrait promouvoir l’image de marque du Parc du Mercantour, lieu naturel sauvage chargé d’émotion. Déjà les visiteurs affluent à la recherche de sensations fortes !

Il semble que cette fois l’homme souhaite dominer sa crainte ancestrale pour accepter la présence du loup et le côtoyer, mais à quel prix ?

Un débat difficile s’est ouvert entre éleveurs et responsables du Parc, chacun restant sur des positions inconciliables. Seul l’avenir donnera une réponse que nous souhaitons conforme aux intérêts des amoureux de la montagne et de ceux qui y vivent.

 

D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes » (Equinoxe-éditions Saint Rémy de Provence), pour commander cet ouvrage dédicacé de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.

Avec les "Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes", Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur le passé de son pays, nous offre un recueil d'une centaine de relations confondant la vérité historique et l'imaginaire de la légende.

Pour tous ceux qui désirent connaître non plus une Côte d'Azur artificielle mais une terre de culture et de mémoire, ce recueil constitue une promenade originale puisée aux meilleures sources.

Les Alpes Maritimes possèdent un particularisme né d'un isolement géographique, terre de contraste. Elles offrent une tradition enracinée dans un passé fertile en anecdotes souvent ignorées.

Merveilleux voyage que ces récits qui vont des légendes des origines aux chroniques d'un millénaire de défis naturels, se poursuivant vers des villages du bout du monde pour y traverser un passé où se croisent les silhouettes d'illustres personnages et l'ombre inquiétante des sorcières.

Laissons nous conduire dans les coulisses secrètes de ce théâtre factice qu'est la Côte, vers l'intérieur de ce pays d'Azur, à quelques pas du littoral, pour en découvrir et en pénétrer l'âme.

 

Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur

http://saintlaurentduvarhistoire.hautetfort.com

 

 


31.03.2009

SAINT DALMAS DE VALDEBLORE: LES LOUPS DANS LE VILLAGE !

101 SAINT DALMAS DE VALDEBLORE, L'EGLISE page 101.jpg

 

A SAINT DALMAS DE VALDEBLORE,

UNE INQUIÈTANTE PRÉSENCE

 

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LA SERRURE DIFFICILE A OUVRIR…

 

 Témoignage de ALFRED TESTOR, Juin 1982

 

« Des histoires de loups, j'ai entendu, j'en ai pas vu, mais il yen avait, racontées par des personnes de mon âge. Et vous savez, ils faisaient attention, parce qu'il y avait pas de lumières et ni rien.

 

Moi ça m'a été raconté qu'un jour, il y avait une campagne du côté du vallon, là, ils avaient une bergerie, et le soir il allait toujours voir ses bêtes, avec la lanterne. Et il avait une serrure qui ouvrait très difficilement. Et ce soir-là, il te voit briller les yeux des loups, qui étaient affamés, c'était l'hiver, il se dit: maintenant j'en ai pour une heure à ouvrir, je crois que ce soir je suis fait ! Et du premier coup il a ouvert ! ».

 

LE LOUP ET LE CORDONNIER

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 Témoignage de M. Mario ERNEST, Juin 1982

 

« Maintenant j'ai entendu dire, moi j'ai pas connu, que dans le temps, les cordonniers, quand vous vouliez faire une paire de chaussures, c'était le cordonnier qui venait à la maison. Et il y avait un cordonnier qui était "l'écoumet", il avait été chez quelqu'un faire une paire de chaussures, et le soir, bien entendu, il fallait faire la paire de chaussures dans la journée, tout à main, on cousait tout à main et tout, et quand la nuit est venue il avait pas fini, il est resté jusqu'à tant qu'il a eu fini. Il est parti de Saint-Dalmas vers les 11 heures ou peut-être minuit. Et quand il a été dans le quartier de Saint-Sébastien, il y a un loup qui s'est approché de lui, mais lui il avait pas de lumière, il avait rien à ce moment-là on marchait dans la nuit comme en plein jour, hein ! Ça nous fait rien d'aller en montagne dans la nuit, sans lumière et par moments ce loup l'a suivi; par moments il l'avait devant et par moments le loup était derrière. Il a dit:

- "Maintenant quand j'arrive au vallon de Saint-Joseph, il va me manger ! Mais quand même le loup il est pas arrivé après lui, il l'a toujours suivi. Et quand il est arrivé à La Roche, là où c'est qu'a construit Pietri, il y a un grand vallon, il s'est dit:

- "Maintenant quand il est là, le loup il me saute dessus"; mais le loup par moments il était devant, par moments il le suivait tout le temps, par moments il était derrière.

Et quand il a été là, qu'il a pris la descente il y a une personne qui est sortie à la Roche à ce moment-là de la lumière, il yen avait pas -, il est sorti à l'écurie avec une petite lanterne, et le loup quand il a vu la lumière, il a foutu le camp. C'est là qu'il a pu revenir à la Bolline sain et sauf, parce que peut-être que le loup l'aurait attaqué.»


L'ENFANT QUI ETAIT ALLE CHERCHER DU FEU (Thème récurrent)

 

Témoignage de Mme Marcelle GINNALESCI, Juin 1982

 

« Voilà, je vais vous raconter une histoire, mais c'est peut-être vrai. Ça se passe, tu vois où il y a ta cousine Adrienne? (cousine de M. Mario Ernest ), c'était le premier village d'ici, c'était le "Bourjau", la première maison de la Bolline ça c'est appelé le quartier de la Bourjau; et alors dans le temps, il y avait pas des allumettes. Ils laissaient toujours couver une petit peu de brasier, et une mémé elle donnait du feu à l'autre.

 

Alors elle avait été aux champs, et le soir quand elle est arrivée, son feu s'était éteint, c'était dans la maison des Audoli, par-là. Alors elle lui (à son fils) dit:

 

- "Tu vas aller jusque là-haut chez ta tante, et puis je te donne un morceau de bois gras,  c'était un morceau de bois résineux, tu vas chercher du feu là-haut". Et alors le petit, il est parti avec ce bois gras, et la tante lui a donné le feu, il est sorti avec le feu allumé, et puis en descendant dans la ruelle, le loup l'a rattrapé et il est allé le manger dans un canal, là au-dessus. Et alors, la maman disait: "Mais comment ça se fait qu'il ne vient pas!" Elle est sortie, elle appelait, elle appelait, mais ils l'ont plus vu. Et ils ont vu un petit bout de flamme, qui brûlait là-haut dans le canal, il avait même rôti un petit peu la bordure ils sont montés, ben le petit était à moitié mangé par les loups là-haut ».

 

D’après «Les Histoires de loups en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Le loup est de retour en France et plus exactement près de nous, dans le Parc du Mercantour et les Alpes du Sud.

Ce « grand méchant loup », cauchemar de nos nuits d’enfant, traînant dans la mémoire collective des générations de « mères-grand » et de « chaperons » dévorés tout cru, revient cette fois sur notre territoire nanti du statut intouchable d’espèce protégée par le Conseil National de la protection de la nature et la Convention de Berne.

Réhabilité et qualifié de « prédateur indispensable à la chaîne alimentaire et aux rétablissements des équilibres naturels », le voici blanchi de tous ses crimes passés et à venir et toléré aux portes de nos villages.

L’homme encore une fois a décidé du destin de la bête  avec sa propre logique.

Pourtant, les souvenirs laissés dans la mémoire de nos aïeux ne sont pas tendres et méritent qu’on s’y arrête.

Les Alpes Maritimes ou « Pays d’Azur », nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de vallées aux forêts sauvages et de villages perchés aux traditions vivaces.

Edmond Rossi, auteur niçois de différents ouvrages sur le passé et mémoire de sa région, présente ici une trentaine de récits recueillis dans les annales de la Provence orientale et du Comté de Nice.

Témoignages authentifiés touchants de vérité, ces textes évoquent les péripéties du loup, dans ce vaste territoire.

Parfois issus d’une tradition orale qui se perpétuait jadis aux veillées, ces contes portaient le plus souvent sur des faits réels, auxquels nos anciens se trouvaient mêlés.

Partons sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de ses propres fantasmes.

A travers les « Histoires de loups au Pays d’Azur » retrouvez les contes de jadis, cette vieille magie des mots qui vous emmène au pays du rêve et de l’insolite.

Pour un temps, laissez-vous emporter vers un passé troublant celui où nos ancêtres vivaient en compagnie du loup avec des rencontres riches d’émotion.

 

Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur

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26.03.2009

VENGEANCE DIABOLIQUE A ILONSE

 

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A Ilonse, au-dessus de la vallée de la Tinée, Justine et Jean allaient régulièrement faucher l’herbe sur les hauts pâturages dominant le village.

Chaque matin, alors qu’ils travaillaient dans les prés, un gros serpent venait soustraire une partie de leur repas déposé dans un panier à l’intérieur de la grange. Justine demanda à Jean de tuer cette sale bête, mais l’homme hésitait. Elle insista comme si elle flairait quelque chose d’anormal.

Un matin, lassé par ses doléances, Jean décida, un peu à contrecœur, de satisfaire au désir de sa femme. Il asséna un coup de bâton magistral au reptile, capable de rompre l’échine d’un mulet. Par chance, la bête réussit tout de même à s’enfuir.

Quelques jours après, Jean descendit aux provisions à Saint-Sauveur-sur-Tinée.

Chemin faisant, il rencontra une femme sur qui son habit, à l’élégance inhabituelle, dut faire de l’effet, puisqu’elle lui dit : « Oh ! Jean où allez-vous de ce pas ? ». Surpris d’être apostrophé par son nom, Jean lui demanda :

 « Comment me connaissez-vous ?

– Nous nous sommes rencontrés voilà bien longtemps. Vous ne me remettez pas ? Je sais que vous êtes un brave homme ». Elle tira alors de son couffin un joli châle en soie et pria Jean de l’offrir à sa femme.

De retour, Jean pense au beau cadeau qu’il allait faire à sa Justine et pour mieux apprécier l’effet qu’il produirait sur les épaules de sa femme, il s’arrêta, déploya et attacha le fichu au tronc d’un arbre.

Comme il nouait les pointes, l’arbre prit feu et fut réduit en un instant en une bûche calcinée.

Le malheureux paysan réalisa alors qu’il avait été victime d’une sorcière, capable de prendre plusieurs aspects, comme celui de la couleuvre bâtonnée sur l’insistance de Justine. Par chance, sa femme avait échappé à sa vengeance, orchestrée avec un raffinement diabolique.²

 

D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Où mieux rencontrer le Diable que dans les Alpes Maritimes, sur ces terres chargées de contrastes où s’opposent mer et montagne, au carrefour de la Provence et de l’Italie ?

Ici, le Diable est aussi à l’aise sur la Côte d’Azur où s’étalent d’outrageantes richesses que  vers l’intérieur où se cachent une humilité austère.

Puits du Diable, Château du Diable, Cime du Diable, longue est la liste des sites, marqués par la forte empreinte de celui qualifié par Bernanos de « Singe de Dieu ».

De Nice, à la Vallée des Merveilles, devenue son « domaine réservé », le Diable hante les villages, plastronne sur les murs des chapelles et persiste à enflammer l’imaginaire de ses habitants.

Il fallait raconter l’extraordinaire aventure du Diable dans les Alpes Maritimes. Grâce à Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la mémoire de son pays, cette lacune est aujourd’hui comblée.

Laissons-nous entraîner, à travers les siècles, sur la piste attrayante et mouvementée, de l’éternel et fascinant tourmenteur du cœur et de l’âme.

 

Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur

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