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28/06/2010

150ème ANNIVERSAIRE DU RATTACHEMENT DE NICE A LA FRANCE: LE « PAYS D’AZUR », LONGTEMPS DIVISÉ ENTRE PROVENCE ET COMTE DE NICE

83 BERGER ET BERGERE DE LA BRIGUE page 83.jpg

LE « PAYS D’AZUR », LONGTEMPS DIVISÉ ENTRE PROVENCE ET COMTE DE NICE 

Très long contentieux en effet puisqu'il dur, depuis neuf siècles.. Beaucoup aujourd'hui le résument à l'antagonisme économique entre Nice et Marseille sans en chercher les sources anciennes plus profondes. Un livre entier ne suffirait pas à dérouler en détail l'écheveau de l'histoire de Nice, et il convient de simplifier cette analyse en ne citant que des dates et faits marquants, ils suffiront au lecteur pour comprendre la trame longue­ment tissée d'une "incompré­hension" mutuelle qui perdure d'une manière souterraine, mais bien réelle.

On aura déjà campé le contexte en disant que les comtes de Provence et leurs successeurs les rois de France ont toujours prétendu que Nice leur était inféodée et que les Niçois ne l'ont jamais accepté. Des faits historiques on ne peut plus significatifs se passent de commentaires:

- 1108. Nice proclame son indépendance et instaure le Municipe. Elle nomme ses magistrats et dispose de la liberté de juridiction.

- 1153. Raymond Béranger 1er, comte de Provence, se rend à Nice et manu militari dépouille le podestat et les consuls de leur dignité, il investit J'évêque Arnaud de la pleine juridiction sur la ville.

- 1157. Les Rambaud, ex­ juges et consuls, reprennent le pouvoir à la suite d'élec­tions et lèvent l'étendard de la révolte. Ils sont excommuniés mais un accord intervient

après la médiation de l’archevêque d’Embrun.

- 1165. Le comte de Provence convoque ses vassaux à Tarascon pour l'hommage. Les consuls niçois déclarent qu'ils n'y sont pas soumis et se montrent disposés à résister par les  armes. .

- 1166. Nice insurgée s'allie aux Pisans et Raimond Béranger III promet de livrer la ville au pillage. Il met le siège devant Nice. Alors qu'il galvanise ses troupes devant les remparts, un archer niçois l'abat d'une flèche. Il meurt à 30 ans, laissant ses droits sur la Provence à son cousin Alphonse d'Aragon. Mais sa veuve épouse le comte de Toulouse qui se proclame comte de Provence. La guerre fait rage. Les Niçois s'allient avec Gênes et les consuls Riquier refusent la suzeraineté des comtes de Provence.

- 1169. Alphonse d'Aragon se dirige vers Nice avec une puissante armée. Les Niçois négocient mais n'ouvrent pas les portes de la ville. Contre argent sonnant et trébuchant, ils obtiennent la conservation de leurs privilèges ainsi que de nouveaux avantages. Alphonse 1er accepte même par avance leurs futurs privilè­ges !

-1215. Les Niçois, conduits par le premier consul Miro Badat, rejettent de nouveau le comte de Provence: "rejectis etiam comitibus provin­ciae.. .

- 1216. Les Niçois refusent de prêter hommage.

1246. Charles d'Anjou et Béatrix de Provence renou­vellent le traité de 1176. Le comte de Provence part en croisade et les Niçois en profi­tent pour se révolter de nouveau, ils rétablissent le gouvernement consulaire. Durant le siècle et demi suivant, l'histoire de Nice peut se décliner en guerres, obten­tions et confirmations de privi­lèges, occupations et révoltes perpétuelles, jusqu'à l'année 1388. A cette date, Nice est toujours en guerre avec la Provence, les troupes de la Maison d'Anjou campent déjà devant Saint-Paul de Vence. Les Niçois signent alors la dédition à la Savoie pour leur échapper. Le comte de Savoie, vassal du Saint ­Empire, gouverne alors le royaume d'Arles pour l'empe­reur, et déploie la bannière impériale quand il arrive devant Nice, de plus la Maison d'Anjou lui est redevable d'une somme considé­rable, les Angevins abandon­nent donc le terrain. Le traité de dédition institue un protectorat en faveur de la Savoie et octroie de très importants privilèges supplémentaires aux Niçois, il stipule que Nice ne pourra jamais être cédée ni vendue à quiconque et surtout pas au roi de France. En 1481, Louis d’Anjou lègue ses droits sur la Provence à Louis XI et en 1483, les Etats d'Aix déclarent la Provence "unie pour toujours au royaume de France". Le 10  septembre 1523 François 1er (fils de Louise de Savoie), qui désire obtenir la neutralité de la Savoie, déclare "renoncer solennellement à tous les droits que pourrait avoir la couronne de France sur Nice, au titre d'héritière du comté de Provence". Mais en 1543, doublement parjure, le roi "Très Chrétien" s'allie aux Turcs pour assiéger Nice qui résiste, ce qui donne l'oc­casion à Catherine Ségurane d'entrer dans la légende. Par la suite, les rois de France tenteront toujours d'inféoder Nice. Les tentatives de Richelieu et de Mazarin échoueront mais Louis XIV réussira provisoirement de 1691 à 1696 et de 1705 à 1713. En 1706, il fera démanteler le château de Nice dont les matériaux iront consolider les forteresses de Provence, les Niçois cepen­dant avaient obtenu lors de la reddition de ne pas être ratta­chés au gouvernement géné­raI de Provence. Pour ména­ger leur susceptibilité et percevoir les impôts, le roi de France se proclamera comte de Nice. Le 8 septembre 1706, les troupes françaises seront écrasées devant Turin et en 1713 le traité d'Utrecht restituera Nice à la Savoie.

En 1792, Nice connaîtra de nouveau l'invasion française (et provençale) puis l'occupa­tion jusqu'en 1814.

Durant toutes ces guerres, invasions et saccages, la Provence a fourni des troupes et servi de base arrière à Paris pour atta­quer Nice.

En 1860, Napoléon III obtiendra, de Victor ­Emmanuel la cession de Nice et de la Savoie, en échange d'une aide militaire en Italie du Nord afin de chasser les Autrichiens. Les troupes fran­çaises entreront à Nice le 1er avril 1860 et un plébiscite

truqué organisé à la hâte les 15 et 16 avril suivant, sous administration française, donnera le change aux puis­sances européennes qui voyaient d'un très mauvais œil l'annexion de Nice et de la Savoie. Lors du plébiscite, beaucoup de Provençaux furent illégalement inscrits sur les listes électorales niçoises et ils vinrent applaudir à la place des Niçois le jour de la passation des pouvoirs à la France, comme le relate le journaliste Fenochio dans une lettre célèbre. L'on aurait pu penser que l'annexion allait clore le chapitre de l'antago­nisme avec la Provence, puisque la France qu'elle soit royale, impériale ou républi­caine, avait repris à son compte les prétentions provençales et qu'elle avait fini par les imposer. Il n'en fut rien, car d'une part, la France, héritière du comté de Provence, avait réduit les Niçois "par la violence la corruption et la fraude" comme l'a dit Garibaldi, et d'autre part parce que Napoléon I", furieux de la résistance des Niçois à l'an­nexion, fit tout pour rétrogra­der Nice, qu'il mit sous la coupe administrative et économique de la Provence, son ennemie héréditaire: il supprima les écoles de chirur­gie, de médecine, de chimie, de droit et de pharmacie, la chambre de commerce et d'agriculture, le Consiglio d'Ornato et procéda à de nombreux déclassements. Le commandement de la gendarmerie et de la direction Ponts et Chaussées furent transférées à Marseille, celui de la marine à Toulon, les locaux du Sénat furent trans­formés en prison, la langue niçoise fut interdite et il pilla les avoirs (plus de 2 millions) de l'archiconfrérie des péni­tents noirs qui servait de caisse de secours. Nice, 4e ville des Etats sardes, devint une préfecture française de second ordre, pieds et poings liés à la Provence, son ancienne ennemie, trahissant les promesses de son repré­sentant le sénateur Pietri, Napoléon le Petit acheva "l’œuvre" de Louis XIV: comme il n'y avait plus de château à détruire, il supprima l'Université et la Cour d'appel de Nice, assu­jettissant les Niçois à celles d'Aix-en-Provence, ce qui était une humiliation de plus. Le feu couvait sous la cendre et les Niçois étant poli­tiquement bâillonnés, il reprit plus tard, cette fois dans le domaine culturel. Soutenu en sous-main par l'Etat français, Frédéric Mistral, avec sept poètes provençaux, avait créé le Félibrige en 1854. L'un de ses buts principaux était, offi­ciellement du moins, d'unifier graphiquement les langages occitans, en les alignant bien sûr sur le provençal. Le mouvement tenta de s'im­planter à Nice en 1880.

Le 5 mars 1882 les Provençaux inaugurèrent à Nice "L'Escola Bellanda», Mistral prononça un discours sans équivoque qui révolta les vrais Niçois : ". Qui m'aurait dit alors que, peut-être trente ans après en revenant à Nice, je la trouverais française et de plus en plus provençale, avec sa vaillante "école de Bellanda" qui arbore dans l'azur de votre golfe merveilleux, le gai drapeau du Félibrige. Que toujours, belle Nice, tu t'épanouisses au soleil, pour l'honneur de la Provence, pour la gloire de la France." Beaucoup de Niçois furent choqués par le fait qu'une association soit créée. à Nice "pour l'honneur de la Provence et la gloire de la France" et qu'en sus, elle porte le nom de "Bellanda", nom du château de Nice. En effet, ce nom est issu de l'adjectif verbal latin féminin bellanda : littéralement: "place sujette à être attaquée". Après la destruction du château, la seule tour qui en restait fut qualifiée de "tour Bellanda" : la tour du château.

1), rasé. par les troupes fran­çaises et provençales ! Un long combat s'engagea entre Provençaux désireux de nive­ler les particularités niçoises. L'avocat et érudit Pierre Isnard, dans un discours prononcé en 1930 (pourtant en l'honneur de Mistral), adressa une flèche acérée aux Provençaux, ainsi qu'un avertissement: ". Le 5 mars 1882, lors d'une assemblée générale de la Maintenance de Provençale à Nice, le Varois Sardou, encouragé par le gouvernement, fonde avec des étran­gers à notre province, l'école Bellanda. Cette tentative impopulaire échoue, mais apporte parmi nous un trouble non encore dissipé. Nice a son parti­cularIsme qu'elle conserve avec piété et qu'elle défend âprement. Avec son comté, elle est et entend rester une province spéciale." Pierre Isnard mena à l'Acadèmia Nissarda qui censurait souvent ses textes, une guerre de tranchée qui mérite d'être saluée, en janvier 1927 il protesta auprès du prési­dent à propos d'une fausse étymologie "provençalisée" : "Pourquoi chercher toujours à dénaturer notre beau dialecte pour essayer de lui donner une origine qui n'est pas la sienne ?" La crise provoquée par la "provençalisation" du niçois arriva à son apogée et il écri­vit à Joseph Giordan, secré­taire de l'association, mais également président du Caireu, association proven­çale: "M. Joseph Giordan est-il avant tout le secré­taire de l'Acadèmia, ou le président du Careu ?" et un peu plus tard: "Quoi qu'il advienne, je demeure plus que jamais fidèle à mon drapeau. " Un scandale éclata quand il osa publier dans son Armanach, la lettre de Fenochio qui relatait la peine des Niçois lors de la passation des pouvoirs à la France, ce qui démentait la version officielle. Louis Cappatti le soutint et une scis­sion s'opéra au sein de l'Acadèmia, présidée paf M. Roissard, baron de Bellet. le 29 mars 1931 le Caméléon titrait: "Sous là Coupole niçoise, qui l'emportera des "Cappatistes" ou des "Belletistes" ? Le torchon brûle au sein de la docte Académie, le président est démissionnaire. " Finale­ment le baron pro-Français démissionna et fut remplacé par le pro-Provençal Giordan. Pierre Isnard, Louis Cappatti, Stréphane Bosio, Eugène Ghis, et Edmond Raynaud, la fine fleur des érudits Niçois, démissionnèrent à leur tour au motif que l'esprit régnant à l'Acadèmia ne correspondait plus à leur idéal niçois.

Le second conflit mondial, l'occupation et un après ­guerre difficile mirent ces problèmes en veilleuse pendant trente 'ans, sans pour autant les faire disparaître. Dans les années soixante, François Fontan créa à Nice le Parti national occitan, la personnalité de l'homme était attachante, mais ses théories très intellectualisées sur l'eth­nisme, sont demeurées confi­dentielles et ne se sont pas étendues au-delà d'un petit cercle d'intimes, elles n'eu­rent pas d'écho significatif à Nice, mais furent reprises plus tard par ses amis instal­lés dans des régions appartenant à cette Occitanie mythique et théorique qu'il avait imaginée. Il s'agissait de construire une unité politique basée sur une langue "occitane" supposée commune à de vastes régions historiquement très différentes (Provence, Languedoc, Roussillon, Midi-Pyrénées, Aquitaine, Limousin, Auvergne, vallées italiennes). "L'ethnisme" est encore, à l'occasion, promu symboliquement à Nice par un artiste assez célèbre qui se veut défenseur de l'Occitanie. Il s'agit plus d'un sympathique clin d’œil à Fontan qu'il côtoyait jadis que d'un projet politique sérieux et viable compte tenu de la disparité géographique et historique des régions concernées. Le PNO en revanche existe toujours en Occitanie, dirigé lui aussi par un fidèle compagnon de Fontan dont la personnalité marqua très durablement son cercle d'intimes. Rebon­dissement inattendu, le PNO a récemment proclamé à Toulouse un "gouvernement provisoire occitan" censé représenter les "sept provin­ces d'Occitanie". Bien que cette initiative réponde proba­blement à des contingences de politique locale, le fait que la Provence soit censée dépendre de ce "gouverne­ment" est rédhibitoire à Nice : en effet, pour les Occitans, "Niça" appartient à la Provence, alors que les Niçois ont toujours fermement refusé sa domination poli­tique, économique et cultu­relle. Vouloir inféoder Nice à ce "gouvernement" du fait qu'elle "appartiendrait" à la Provence (ne fût-ce que par une langue supposée .commune, ce qui est inexact) s'apparenterait à la tentative de mainmise culturelle et morale sur Nice que Mistral tenta avec le Felibrige, soutenu en cela par le gouvernement français. Il semble que cette actualité ne soit qu'anecdotique (car ce fantoche "gouvernement du vent" est ridicule) mais elle rappelle par la force des choses de mauvais souvenirs aux Niçois qui ont toujours défendu jalousement leur identité et leur liberté poli­tique.

L'ancien contentieux avec la Provence semble s'estom­per aujourd'hui mais il a laissé de très profondes cicatrices dans l'inconscient collectif niçois. Ce d'autant que des problèmes récurrents demeu­rent, qui sont loin d'être anodins. Après une lutte diffi­cile, l'Université a été réinstal­lée à Nice, mais le problème de la Cour d'appel est toujours pendant et les Niçois réclament toujours vainement son rétablissement. L'anta­gonisme avec Marseille (et la Région) est toujours vivace, Nice étant toujours économi­quement et administrative­ment défavorisée au profit de la cité phocéenne. Une féroce rivalité footbalistique avec Marseille véhicule sans doute secrètement d'anciennes rancœurs. Des Occitans déguisés en Niçois ensei­gnent toujours un nissart provençalisé à Nice dans une petite structure, mais un lourd contentieux demeure sous-jacent et jamais pour un vrai Niçois, Nice sera « Niço » ou « Niça ».

La L.R.L.N. a initié à Nice et dans l'ancien comté un courant qui regroupe toutes les sensibilités autonomistes et indépendantistes, en très peu de temps, ces sources souterraines réunies sont devenues un fleuve dont le niveau ne cesse de croître. Ce grand mouvement de renou­veau pour Nice est devenu incontournable car il a pris une ampleur extraordinaire dans toutes les couches de la société niçoise et s'étend d'une façon exponentielle, son but immédiat est de pren­dre le pouvoir municipal pour remettre de l'ordre à Nice et rendre à la ville son caractère niçois, qu'on lui arrache chaque jour davantage, son second objectif est de sous­traire enfin la ville à la tutelle de Marseille, avant d'obtenir l'autonomie complète comme en bénéficient toutes les provinces des pays d'Europe, le but ultime étant pour l'ave­nir, l'indépendance de Nice. Privés illégalement de leurs droits jadis et considérés comme un peuple résiduel par le maire actuel, les Niçois ont perdu une bataille, mais ils ne se sont jamais soumis: ­comme autrefois ils ont repris la lutte. ­

 

 

D’après le livre« Un Peu d’Histoire de Saint Laurent du Var » (Editions Sutton) pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 22 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Un Peu d’Histoire… évoque quelques moments du passé tumultueux de Saint Laurent du Var. De l’Antiquité à nos jours ces 70 chroniques illustrées permettent un survol varié propre à éclairer l’histoire de la région bien au-delà de celle d’un simple village provençal placé à l’embouchure du Var.

Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le comté de Nice.

Aujourd’hui ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var. Cité moderne, elle n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le Vieux-Village, avec ses rues pittoresques et son église romane.

Grâce à ces chroniques, Edmond Rossi nous entraîne à la découverte de l’Histoire passionnante de Saint-Laurent-du-Var.

Edmond Rossi est depuis son plus jeune âge passionné par l’histoire du Pays d’Azur.

Auteur de nombreux ouvrages, il présente régulièrement des chroniques historiques dans le quotidien Nice Matin et sur les ondes Radio France Bleu Azur.

 

Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur

http://saintlaurentduvarhistoire.hautetfort.com

 

10:26 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire

14/06/2010

150ème ANNIVERSAIRE DU RATTACHEMENT DU COMTÉ DE NICE A LA FRANCE, LA FAUSSE NOTE !

51 GARIBALDI.jpg

 

LA PROTESTATION OFFICIELLE DE GARIBALDI AU PARLEMENT DE TURIN

HYPOTHEQUE POUR TOUJOURS LE PLEBISCITE TRUQUE DE 1860

Après être intervenus au parlement avant même le vote sur la ratification du traité du 24 mars 1860 qui cédait Nice et la Savoie à la France, les deux députés de Nice, Garibaldi et Laurenti ­Roubaudi avaient adressé leur démission au président de cette assemblée. Le texte de cette lettre est capital puisqu'en droit, il constitue la protestation officielle de la représentation nationale niçoise après le plébiscite frauduleux. En voici ra teneur:

"Monsieur le Président, "Vu le résultat du vote du comté de Nice, qui a eu lieu le 15 courant, sans aucune garantie légale, en violation manifeste de la liberté et de la régularité du scrutin et des promesses solennelles stipulées dans le traité de cession du 24 mars ; "Attendu, qu'un tel vote, s'est déroulé dans un pays qui nominalement apparte­nait encore à l'Etat sarde et qui était libre de choisir entre celui et la France, mais qui se trouvé en réalité complètement aux mains de cette dernière puissance, occupé militai­rement et soumis à toutes les influences de la force matérielle, comme nous le prouvent sans contestation possible les témoignages de la Chambre et du pays ; "Attendu que le présent vote s'est déroulé avec de très graves irrégularités, mais que l'expérience du passé nous refuse toute espérance de voir ordon­ner une enquête à ce sujet ; "Nous soussignés, croy­ons de notre devoir de déposer notre mandat de représentants de Nice, en protestant contre l'acte de fraude et de violence perpétré, en attendant que le temps et les circonstan­ces permettent à nous et à nos concitoyens de faire valoir avec une réelle liberté nos droits, qui ne peuvent être amoindris par un pacte illégal et fraudu­leux."

Giuseppe Garibaldi ­Laurenti-Roubaudi

La protestation officielle de la représentation nationale niçoise en 1860 est capitale, car juridiquement elle réserve les droits de Nice pour l'ave­nir. En effet, en d'autres circonstances, la France et la communauté internationale, se basant sur une semblable protestation ont annulé une annexion illégale faite par la force. Après la désastreuse guerre de 1870, initiée par Napoléon III contre la Prusse, l'Empire Allemand fut proclamé à Versailles ; le nouvel empire, comme on le sait, annexa des provinces françaises occupées, et la France vaincue, fut contrainte d'accepter cette perte de territoire lors signa­ture de l'armistice. Néanmoins, le 17 février 1871 devant le parlement français réfugié à Bordeaux, M. Emile Keller, au nom des députés du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Meurthe et Moselle, protesta contre l'an­nexion de l'Alsace et la Lorraine par l'Allemagne afin de préserver les droits de ces populations et de la France. Quarante-sept ans plus tard, à la fin de la guerre de 1914­-1918, quelques heures seulement après l'armistice signé le 11 novembre, l'Assemblée nationale fran­çaise se réunit en séance extraordinaire, la séance fut ouverte à 14h45, et les députés réclamèrent immé­diatement à la communauté internationale le retour des provinces perdues lors de la précédente guerre. Il est très intéressant de noter sur quel­les bases légales s'est appuyée cette réclamation : on exhuma le procès-verbal de la protestation du député Keller qui dormait dans les archives depuis quarante ­sept ans, on le relut en séance, et cet acte suffit à établir juridiquement les droits de la France sur ces territoires:

Ainsi, la protestation offi­cielle de Garibaldi et de Laurenti-Roubaudi revêt-elle une importance capitale, d'autant qu’elle se termine par une phrase on ne peut plus significative : "… en" attendant que les temps et les circonstances permet­tent à nous et à nos conci­toyens de faire valoir avec une réelle liberté nos droits, qui ne peuvent être amoindris par un acte illé­gal et, frauduleux

Cette protestation officielle des députés niçois est donc une épée de Damoclès éternelle qui hypothèque l'annexion de Nice... Cette épée, pour l'ins­tant demeure intacte dans son fourreau, mais en des circonstances favorables, le peuple niçois, seul habilité pour le faire, peut demander à ses représentants de l’en tirer pour faire valoir les droits inaliénables de Nice...

 

 

D’après le livre« Un Peu d’Histoire de Saint Laurent du Var » (Editions Sutton) pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 22 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

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Avant 1860, Saint-Laurent-du-Var était la première bourgade de France en Provence, carrefour historique avec le comté de Nice.

Aujourd’hui ville construite entre mer et collines, elle s'étire face à Nice le long de la rive droite du Var. Cité moderne, elle n'en oublie pas pour autant ses racines qui font la fierté de ses habitants. Le témoignage le plus probant de cette pérennité du passé reste sans aucun doute le Vieux-Village, avec ses rues pittoresques et son église romane.

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10:32 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire

25/05/2010

A SAINT DALMAS LE SELVAGE : LES QUARTIERS DES SORCIÈRES

SAINT DALMAS LE SELVAGE.jpg

Les sorcières menaient leurs sabbats de préférence sous les noyers. Mais leurs terres d’élection se situaient dans ces zones sauvages d’altitude où la vie humaine disparaît, sur ces plateaux des solitudes alpestres, les « Balaours », propices aux ballets nocturnes.

Transformées parfois en animaux, ces êtres malfaisants conduisaient leurs rondes infernales sur les deux balcons du Gélas, au Balaour du Mont Archas dans la haute Vésubie, à la cime de Bal dans la haute Tinée, au Plan Balaour au-dessus de Tende et, bien sûr, dans la Valmasca, cette vallée qui leur est consacrée, au pied de la cime du Diable dans la Vallée des Merveilles.

Près des sources de la Tinée, Saint Dalmas le Selvage conserve la simplicité pittoresque d’un village de haute montagne (1450 m ), marqué par la présence des Templiers.

Sur son territoire se trouve le hameau le plus élevé des Alpes Maritimes : Bousieyas à 1800 m d’altitude.

Saint Dalmas le Selvage, situé au XIX ème siècle à 33 heures de marche de Nice, va se maintenir longtemps dans un particularisme farouche accentué par son isolement.

L’autarcie régnait ici comme une nécessité vitale quotidienne, encore plus évidente de novembre à avril, avec le long sommeil des hivers neigeux. Les hommes valides partaient alors sur les routes de l’Europe, comme vielleux, montreurs de marmottes ou de lanternes magiques.

Repliés dans la chaleur des étables durant les veillées d’hiver, les anciens cultivaient la mémoire du village avec des récits à la fois terribles et merveilleux. Ainsi, ici comme dans les villages voisins, se perpétuaient les contes et les légendes, adaptés aux réalités spécifiques de chaque vallée : accidents du terrain, souvenirs historiques, originalité des coutumes, composant la matière de développements où l’invraisemblable s’agrémentait de détails réalistes et de noms de lieu connus.

Si le Diable s’activait partout, disputant parfois le premier rôle à son compère le loup, le domaine de ses exploits restait les hautes terres désertiques, comme nous l’avons vu à propos de la Vallée des Merveilles.

Les fées, rares dans les Alpes Maritimes, opéraient parfois dans la haute Tinée. En fait chaque village détenait un répertoire d’histoires extraordinaires remises souvent au goût du jour.

A Saint Dalmas le Selvage, Diable, loups et sorcières fréquentaient les abords du village durant les longues nuits d’hiver, guettant les malheureux inconscients qui s’y aventuraient.

Néanmoins, les sorcières possédaient leur quartier réservé, afin de ne pas troubler la quiétude des habitants. Elles se rencontraient dans l’hostile vallon de la Combe. Là reléguées à l’écart du village elles pouvaient à loisir s’y livrer à leurs bacchanales.

Un autre lieu consacré aux servantes du Diable offrait sa plate-forme à 2200 m d’altitude, sous la crête frontalière dominant le sauvage vallon de Salso Moreno. Il s’agit du Balaour du Mont Bal. L’ensemble est situé au nord-est du hameau alpestre de Bousieyas.

Qualifiée de « Vallée Sainte », la Tinée a donné jadis de nombreux prêtres qui ont su protéger ses habitants des atteintes du Mal. Ainsi s’explique la relégation des adeptes et serviteurs du Diable, repoussés et confinés là-haut, loin des villages, dans des solitudes désolées aux limites extrêmes de la vallée.

Cette démarche éprouvée semble avoir inspiré les vallées voisines de la Vésubie et de la Roya qui possèdent également des Balaours, placés à l’écart et sur les sommets, pour y contenir les sabbats des sorcières.

Ainsi, à Saint Martin Vésubie, certaines nuits de pleine lune, les villageois pouvaient apercevoir au nord d’inquiétants feux follets dansant sur le Balaour du Mont Archas où devaient folâtrer les sorcières du coin !

Les balcons du Gélas, jadis aussi fréquentés, dominent le vénérable sanctuaire de la Madone de Fenestre.

Selon une épouvantable légende, l’hospice tenu par les Templiers devint le théâtre d’un horrible massacre à la suite de leur arrestation en 1308.

Accusés de pactiser avec le Diable, quinze frères seront décapités sur place.

Depuis ce tragique événement, leurs spectres persistent à hanter les abords du sanctuaire, niché au pied des diaboliques Balaours du Gélas.

D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Où mieux rencontrer le Diable que dans les Alpes Maritimes, sur ces terres chargées de contrastes où s’opposent mer et montagne, au carrefour de la Provence et de l’Italie ?

Ici, le Diable est aussi à l’aise sur la Côte d’Azur où s’étalent d’outrageantes richesses que  vers l’intérieur où se cachent une humilité austère.

Puits du Diable, Château du Diable, Cime du Diable, longue est la liste des sites, marqués par la forte empreinte de celui qualifié par Bernanos de « Singe de Dieu ».

De Nice, à la Vallée des Merveilles, devenue son « domaine réservé », le Diable hante les villages, plastronne sur les murs des chapelles et persiste à enflammer l’imaginaire de ses habitants.

Il fallait raconter l’extraordinaire aventure du Diable dans les Alpes Maritimes. Grâce à Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la mémoire de son pays, cette lacune est aujourd’hui comblée.

Laissons-nous entraîner, à travers les siècles, sur la piste attrayante et mouvementée, de l’éternel et fascinant tourmenteur du cœur et de l’âme.

 

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16:39 Publié dans MEMOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire