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31/03/2009

SAINT DALMAS DE VALDEBLORE: LES LOUPS DANS LE VILLAGE !

101 SAINT DALMAS DE VALDEBLORE, L'EGLISE page 101.jpg

 

A SAINT DALMAS DE VALDEBLORE,

UNE INQUIÈTANTE PRÉSENCE

 

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LA SERRURE DIFFICILE A OUVRIR…

 

 Témoignage de ALFRED TESTOR, Juin 1982

 

« Des histoires de loups, j'ai entendu, j'en ai pas vu, mais il yen avait, racontées par des personnes de mon âge. Et vous savez, ils faisaient attention, parce qu'il y avait pas de lumières et ni rien.

 

Moi ça m'a été raconté qu'un jour, il y avait une campagne du côté du vallon, là, ils avaient une bergerie, et le soir il allait toujours voir ses bêtes, avec la lanterne. Et il avait une serrure qui ouvrait très difficilement. Et ce soir-là, il te voit briller les yeux des loups, qui étaient affamés, c'était l'hiver, il se dit: maintenant j'en ai pour une heure à ouvrir, je crois que ce soir je suis fait ! Et du premier coup il a ouvert ! ».

 

LE LOUP ET LE CORDONNIER

.

 Témoignage de M. Mario ERNEST, Juin 1982

 

« Maintenant j'ai entendu dire, moi j'ai pas connu, que dans le temps, les cordonniers, quand vous vouliez faire une paire de chaussures, c'était le cordonnier qui venait à la maison. Et il y avait un cordonnier qui était "l'écoumet", il avait été chez quelqu'un faire une paire de chaussures, et le soir, bien entendu, il fallait faire la paire de chaussures dans la journée, tout à main, on cousait tout à main et tout, et quand la nuit est venue il avait pas fini, il est resté jusqu'à tant qu'il a eu fini. Il est parti de Saint-Dalmas vers les 11 heures ou peut-être minuit. Et quand il a été dans le quartier de Saint-Sébastien, il y a un loup qui s'est approché de lui, mais lui il avait pas de lumière, il avait rien à ce moment-là on marchait dans la nuit comme en plein jour, hein ! Ça nous fait rien d'aller en montagne dans la nuit, sans lumière et par moments ce loup l'a suivi; par moments il l'avait devant et par moments le loup était derrière. Il a dit:

- "Maintenant quand j'arrive au vallon de Saint-Joseph, il va me manger ! Mais quand même le loup il est pas arrivé après lui, il l'a toujours suivi. Et quand il est arrivé à La Roche, là où c'est qu'a construit Pietri, il y a un grand vallon, il s'est dit:

- "Maintenant quand il est là, le loup il me saute dessus"; mais le loup par moments il était devant, par moments il le suivait tout le temps, par moments il était derrière.

Et quand il a été là, qu'il a pris la descente il y a une personne qui est sortie à la Roche à ce moment-là de la lumière, il yen avait pas -, il est sorti à l'écurie avec une petite lanterne, et le loup quand il a vu la lumière, il a foutu le camp. C'est là qu'il a pu revenir à la Bolline sain et sauf, parce que peut-être que le loup l'aurait attaqué.»


L'ENFANT QUI ETAIT ALLE CHERCHER DU FEU (Thème récurrent)

 

Témoignage de Mme Marcelle GINNALESCI, Juin 1982

 

« Voilà, je vais vous raconter une histoire, mais c'est peut-être vrai. Ça se passe, tu vois où il y a ta cousine Adrienne? (cousine de M. Mario Ernest ), c'était le premier village d'ici, c'était le "Bourjau", la première maison de la Bolline ça c'est appelé le quartier de la Bourjau; et alors dans le temps, il y avait pas des allumettes. Ils laissaient toujours couver une petit peu de brasier, et une mémé elle donnait du feu à l'autre.

 

Alors elle avait été aux champs, et le soir quand elle est arrivée, son feu s'était éteint, c'était dans la maison des Audoli, par-là. Alors elle lui (à son fils) dit:

 

- "Tu vas aller jusque là-haut chez ta tante, et puis je te donne un morceau de bois gras,  c'était un morceau de bois résineux, tu vas chercher du feu là-haut". Et alors le petit, il est parti avec ce bois gras, et la tante lui a donné le feu, il est sorti avec le feu allumé, et puis en descendant dans la ruelle, le loup l'a rattrapé et il est allé le manger dans un canal, là au-dessus. Et alors, la maman disait: "Mais comment ça se fait qu'il ne vient pas!" Elle est sortie, elle appelait, elle appelait, mais ils l'ont plus vu. Et ils ont vu un petit bout de flamme, qui brûlait là-haut dans le canal, il avait même rôti un petit peu la bordure ils sont montés, ben le petit était à moitié mangé par les loups là-haut ».

 

D’après «Les Histoires de loups en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Le loup est de retour en France et plus exactement près de nous, dans le Parc du Mercantour et les Alpes du Sud.

Ce « grand méchant loup », cauchemar de nos nuits d’enfant, traînant dans la mémoire collective des générations de « mères-grand » et de « chaperons » dévorés tout cru, revient cette fois sur notre territoire nanti du statut intouchable d’espèce protégée par le Conseil National de la protection de la nature et la Convention de Berne.

Réhabilité et qualifié de « prédateur indispensable à la chaîne alimentaire et aux rétablissements des équilibres naturels », le voici blanchi de tous ses crimes passés et à venir et toléré aux portes de nos villages.

L’homme encore une fois a décidé du destin de la bête  avec sa propre logique.

Pourtant, les souvenirs laissés dans la mémoire de nos aïeux ne sont pas tendres et méritent qu’on s’y arrête.

Les Alpes Maritimes ou « Pays d’Azur », nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de vallées aux forêts sauvages et de villages perchés aux traditions vivaces.

Edmond Rossi, auteur niçois de différents ouvrages sur le passé et mémoire de sa région, présente ici une trentaine de récits recueillis dans les annales de la Provence orientale et du Comté de Nice.

Témoignages authentifiés touchants de vérité, ces textes évoquent les péripéties du loup, dans ce vaste territoire.

Parfois issus d’une tradition orale qui se perpétuait jadis aux veillées, ces contes portaient le plus souvent sur des faits réels, auxquels nos anciens se trouvaient mêlés.

Partons sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de ses propres fantasmes.

A travers les « Histoires de loups au Pays d’Azur » retrouvez les contes de jadis, cette vieille magie des mots qui vous emmène au pays du rêve et de l’insolite.

Pour un temps, laissez-vous emporter vers un passé troublant celui où nos ancêtres vivaient en compagnie du loup avec des rencontres riches d’émotion.

 

Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur

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17:45 Publié dans MEMOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire

26/03/2009

VENGEANCE DIABOLIQUE A ILONSE

 

ILONSE.jpg

 

A Ilonse, au-dessus de la vallée de la Tinée, Justine et Jean allaient régulièrement faucher l’herbe sur les hauts pâturages dominant le village.

Chaque matin, alors qu’ils travaillaient dans les prés, un gros serpent venait soustraire une partie de leur repas déposé dans un panier à l’intérieur de la grange. Justine demanda à Jean de tuer cette sale bête, mais l’homme hésitait. Elle insista comme si elle flairait quelque chose d’anormal.

Un matin, lassé par ses doléances, Jean décida, un peu à contrecœur, de satisfaire au désir de sa femme. Il asséna un coup de bâton magistral au reptile, capable de rompre l’échine d’un mulet. Par chance, la bête réussit tout de même à s’enfuir.

Quelques jours après, Jean descendit aux provisions à Saint-Sauveur-sur-Tinée.

Chemin faisant, il rencontra une femme sur qui son habit, à l’élégance inhabituelle, dut faire de l’effet, puisqu’elle lui dit : « Oh ! Jean où allez-vous de ce pas ? ». Surpris d’être apostrophé par son nom, Jean lui demanda :

 « Comment me connaissez-vous ?

– Nous nous sommes rencontrés voilà bien longtemps. Vous ne me remettez pas ? Je sais que vous êtes un brave homme ». Elle tira alors de son couffin un joli châle en soie et pria Jean de l’offrir à sa femme.

De retour, Jean pense au beau cadeau qu’il allait faire à sa Justine et pour mieux apprécier l’effet qu’il produirait sur les épaules de sa femme, il s’arrêta, déploya et attacha le fichu au tronc d’un arbre.

Comme il nouait les pointes, l’arbre prit feu et fut réduit en un instant en une bûche calcinée.

Le malheureux paysan réalisa alors qu’il avait été victime d’une sorcière, capable de prendre plusieurs aspects, comme celui de la couleuvre bâtonnée sur l’insistance de Justine. Par chance, sa femme avait échappé à sa vengeance, orchestrée avec un raffinement diabolique.²

 

D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Où mieux rencontrer le Diable que dans les Alpes Maritimes, sur ces terres chargées de contrastes où s’opposent mer et montagne, au carrefour de la Provence et de l’Italie ?

Ici, le Diable est aussi à l’aise sur la Côte d’Azur où s’étalent d’outrageantes richesses que  vers l’intérieur où se cachent une humilité austère.

Puits du Diable, Château du Diable, Cime du Diable, longue est la liste des sites, marqués par la forte empreinte de celui qualifié par Bernanos de « Singe de Dieu ».

De Nice, à la Vallée des Merveilles, devenue son « domaine réservé », le Diable hante les villages, plastronne sur les murs des chapelles et persiste à enflammer l’imaginaire de ses habitants.

Il fallait raconter l’extraordinaire aventure du Diable dans les Alpes Maritimes. Grâce à Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la mémoire de son pays, cette lacune est aujourd’hui comblée.

Laissons-nous entraîner, à travers les siècles, sur la piste attrayante et mouvementée, de l’éternel et fascinant tourmenteur du cœur et de l’âme.

 

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19:03 Publié dans MEMOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire

18/03/2009

LES TEMPLIERS CHASSÉS DE BIOT

TEMPLIERS (4).jpg

LA FIN DE L’ORDRE DU TEMPLE A BIOT (2ème partie, suite) 

 

La fin du XIII ème siècle est marquée par de graves conflits opposant les Templiers de Biot à leurs voisins, les habitants d’Antibes et de Villeneuve, entre autre à propos des droits d’usage sur le territoire de Clausonne.

Après avoir acquis quelques biens au quartier de Clausonne, proche de Biot, les Templiers virent cette transaction contestée par des habitants d’Antibes, au point qu’il fallut une sentence du 12 décembre 1258, de Guillaume Aicard bailli de Vence, pour faire reconnaître leurs droits.

Confirmation du fief fut faite à Guillaume Clumans, commandeur de Biot, au nom de Bernard de Bellano commandeur de Grasse et Nice. Néanmoins, des incidents vont éclater.

Ainsi, Foulques Bérenger, commandeur de la Maison du Temple de Grasse, Nice et Biot, demande le 4 mai 1286, aux officiers de la Cour de Grasse, d’ouvrir une instruction judiciaire, contre plusieurs habitants d’Antibes, qu’il accuse d’avoir commis, toute sorte de méfaits, dans le castrum et le territoire de Biot.

Le juge de Grasse confie l’enquête au notaire Ambroise, puis s’en dessaisit au profit de l’évêque de cette ville qui lui avait présenté un privilège de juridiction.

Contestant la décision de justice, des habitants d’Antibes organisent le 26 décembre 1286, une expédition punitive contre les Templiers de Biot. Après avoir molesté deux frères, ils s’emparent de plusieurs têtes de bétail qu’ils ramenèrent sur leur propriété.

Selon J.A. Durbec, ils récidiveront de même, le 9 mai 1296, sous la conduite du baile d’Antibes, détruisant les cultures et amenant quelques têtes de bétail.

La Cour de Grasse rendra plusieurs sentences à ce sujet, attestant de la persistance et de la vigueur du conflit.

Une affaire similaire éclate quelques années après, avec des habitants de Villeneuve, certains d’entre eux, ayant été surpris en délit de ramassage de bois dans les forêts de l’Ordre. En représailles, les Villeneuvois s’emparent alors d’une ânesse et de deux bœufs, de la Maison du Temple de Biot.

Invités à rendre les bêtes, ils ne restituent que les bœufs. Aussi, le 17 mars 1298, à la demande du commandeur P. Ricau, le juge de Grasse, Jacques « de Vastalla » écrit à son collègue de Nice, Pierre Bérard, pour le prier de faire rendre, à la Maison du Temple de Biot, une ânesse saisie dans les bois de cette localité.

Les Templiers eurent gain de cause, mais les démêlés rebondirent lorsqu’en juin 1298, le bailli de Villeneuve fait enlever deux hommes du Temple de Biot, circulant sur « le chemin royal », pour les enfermer dans sa forteresse. Un seul ayant été libéré, le frère Pons Ycard demande le 21 juin 1298, à Paul Fabre, viguier de Nice, au nom du commandeur Pierre Ricau, de faire relâcher le prisonnier, homme du Temple que les officiers de Villeneuve détiennent comme otage dans leur forteresse.

En effet, les Templiers enlevés par les Villeneuvois, devaient leur permettre de poursuivre, en toute impunité leurs méfaits, dans le domaine du Temple de Biot.

Devant les lenteurs de la justice, les Templiers de Biot vont suivre l’exemple des gens de Villeneuve et s’emparer d’objets leur appartenant. Cette dernière manœuvre entraîne une sentence immédiate du juge de Grasse, ordonnant aux Templiers de restituer les biens dérobés aux Villeneuvois. Face à une attitude aussi partiale, Pons Ycard fait appel de la décision le 4 septembre 1298.

L’affaire traîne, puisqu’un an plus tard, le 15 septembre 1299, Pons Ycard se présente à Grasse, comme délégué du commandeur devant le sénéchal de Provence Raymond de Lecto. Il lui montre différentes pièces de son procès contre Villeneuve et interjette appel d’une sentence rendue en cette cause, par la Cour de Grasse.

Un mois après, le 29 octobre 1299, le même Pons Ycard s’adresse au lieutenant du juge de Nice, Guillaume de Biot, pour faire transférer dans la viguerie de Grasse, deux hommes qui relevant de la juridiction du Temple, ont commis un larcin à Clausonne et sont retenus dans la forteresse de Villeneuve.

Mais, au-delà de l’imbroglio juridique et des jugements rendus par les Cours de Nice et Grasse, le conflit s’envenime au mois de mai 1300, à l’occasion d’un nouvel enlèvement délibéré, opéré par les gens de Villeneuve, lesquels entraînés par leur propre bailli, raflent 23 juments et 8 poulains dans le domaine du Temple de Biot !

Le 9 mai, Jean Rodolphe, juge de Grasse, expose aux officiers de la Cour de Nice que plusieurs habitants de Villeneuve ont enlevé 23 juments et 8 poulains à la Maison du Temple de Biot. Il les prie de renvoyer les coupables devant sa juridiction et de faire restituer le bétail saisi.

La réponse ne tarde pas et le lendemain, le 10 mai, le juge de Grasse est informé par les chevaliers Bertrand de Regio, viguier et Isnard Rosseto, juge de Nice, qu’ils sont disposés à lui donner satisfaction, mais après avoir entendu les explications de gens de Villeneuve (!).

Ils invitent le frère Pons Ycard à se rendre dans cette localité le jeudi suivant.

L’affaire va remonter jusqu’au sénéchal de Provence Raymond de Lecto qui le 23 mai suivant, écrit au viguier et au juge de Grasse, ainsi qu’au bailli de Villeneuve, qu’après avoir été informé que le bétail du commandeur de Biot avait été razzié, il ordonne aux habitants de Villeneuve de le restituer. Il charge par ailleurs, le juge et le viguier de Grasse, de rendre la justice, non sans avoir fait remettre aux gens de Villeneuve, les gages que la Maison de Biot pouvait avoir pris.

Il semble que le Templier, otage prisonnier de la forteresse de Villeneuve, ne fut pas libéré, on ne sait s’il y mourut ? Seule certitude, le conflit ne trouvera sa conclusion qu’en 1320, réglé alors par le commandeur de l’Ordre  de Saint Jean de Jérusalem, héritier des biens du Temple.

Parallèlement, les Templiers poursuivaient l’acquisition d’autres biens meubles et immeubles, (des terres, des prés) sur le territoire de Biot, les actes précisent les dates de 1235, 1240, 1248, 1277, 1297 et 1301.

Les Templiers de Biot se livrent à une exploitation directe de leur riche domaine. Le commandeur emploi des domestiques attachés en permanence à sa Maison et temporairement, un certain nombre d’étrangers ou de personnes de basse condition, appelés à répondre à des corvées ou à des journées au moment des grands travaux.

Ces employés gardaient avec eux leurs instruments aratoires, absents des maisons templières lors des saisies.

Les meilleures prairies du Temple dans la région, se trouvaient dans la plaine de la Brague où elles feront l’objet d’une exploitation intensive.

Les forêts autour de Biot, comme celle de Clausonne, offraient en plus du bois de pin et de divers chênes (chênes verts, chênes blancs et chênes lièges), de vastes sous bois que le commandeur affermait aux pâtres. Ainsi les troupeaux de porcs divaguaient dans les bois de la Baume.

L’élevage constituait la principale ressource de la Maison de Biot, comme en témoigne les produits de razzias, opérées tour à tour par leurs voisins d’Antibes et de Villeneuve.

Le quartier de la « Cavalerie » rappelle l’existence d’un véritable haras. Le bétail élevé servait aussi bien d’animaux de trait que pour le commerce.

Le recensement de 1308, indique : 22 bœufs de labours et 24 chevaux de trait, 48 bœufs ou vaches et 16 veaux, 56 porcs et 10 pourceaux, 250 chèvres et moutons. J.A. Durbec estime à 70 livres la valeur du gros bétail (équidés, bovins et porcins) saisis le 25 janvier 1308, ce qu’il juge comme une somme importante pour l’époque.

Biot possédait en outre un troupeau d’ovins transhumant l’été à Tende, sous la conduite du berger Aubert Bonnard.

La Maison disposait de 35 ruches et d’une très belle basse-cour.

Parmi les produits des récoltes, signalons, les figues de plusieurs « figayretos », conservées après séchage sur des claies, les olives d’une « olivette » qui après passage au moulin à bras : le « torcular », donnaient une huile conservée dans des jarres.

A son abolition, le domaine de Biot fournit à l’Ordre 704 setiers de blé, 264 d’orge, 176 de méteil, 288 d’avoine, 28 de fèves, 90 setiers de mil et 2 setiers et 1 émine de pois chiche (1 setier valait 48 kilos).

Les 80 « fosserées » de vignobles de ce pays rendaient 50 « saumées » de vin.

40 saumées de vin, réparties dans trois cuves, seront saisies en 1308 (1 saumée valait environ 100 litres).

Au total le domaine de Biot, avec ses 1168 setiers de céréales donne une valeur voisine de 245 livres, équivalait à  9 fois le montant des cens et services en argent, des biens inféodés dans les autres localités de la commanderie (chiffré à seulement 28 livres). Cet ensemble représentait un patrimoine agricole prospère.

A cela, venait s’ajouter les revenus d’un important troupeau de bétail et la production de vin et de fourrage.

A titre de comparaison, sachons qu’un setier de blé représentait une valeur de 5 sous et qu’un bon ouvrier touchait alors annuellement, une somme d’environ 7 à  10 livres (une livre valant 20 sous) pour salaire, nourriture et frais d’habillement. Soit l’équivalent de 40 setiers de blé, ceci établi d’après les archives de l’époque.

Uniquement préoccupé d’accroître l’importance et le rendement de leur domaine, les Templiers se comportent comme des gestionnaires surtout attentifs au profit, ne se souciant apparemment plus, de disposer des moyens les plus élémentaires de défense, contre les rapines commises sur leur territoire par les gens d’Antibes et de Villeneuve.

Leur rôle militaire s’estompe au XIII ème siècle, comme le révèlent deux actes confirmant la distance prise par l’Ordre à l’égard de cette fonction.

Ainsi, Geoffroi de Grasse, commandeur des Maisons de Grasse, Nice et Biot, demande à Foulques du Cannet, le 3 janvier 1248, de venir à son secours, pendant deux ans, en cas de besoin, en échange d’une mule appelée « Pontia » (!).

Le frère Bertrand Sylvestre refusera de payer 30 sous au viguier de Grasse, le 30 décembre 1291, au service des galères, pour assurer la défense de la côte, sous prétexte que sa Maison jouit d’un privilège d’exemption.

Le  24 janvier 1308, avant l’aube, selon l’ordre d’arrestation lancé par le Comte de Provence le 13 janvier précédent, Michel « de Cocharello », viguier de la Cour de Grasse, Pierre de Montagnagol clavaire, P. Rebuffel, notaire et quatre sergents de cette Cour quittent Grasse pour rejoindre Biot. Ils interpellent là, sans la moindre résistance, les frères Hugues Alberge et Jacques Vilglonus résidant au château.

Ils dressent ensuite, en présence de ces derniers, un inventaire complet du mobilier et des biens appartenant à l’Ordre. Le tout est placé en gérance provisoire et confié à frère Guillaume Fraynet, donateur, probablement un religieux de la localité.

L’inventaire du mobilier révèle essentiellement des coffres et des caisses, des ustensiles de ménage variés, une vaisselle dépourvue de couverts (!), la literie limitée à des paillasses sans lit, au total un ensemble de biens rudimentaire, pour la plus riche commanderie de la région !

Pas de descriptif de la Maison, située dans le château, les archives indiquent qu’elle comprenait  la chambre du commandeur, une vaste pièce servant à la fois de chambre, de cuisine et de magasin, une cave, un cachot, une tour et de vastes dépendances avec écuries et étables.

Les Hospitaliers y installeront un oratoire, après que l’édifice leur sera remis, entre 1313 et 1320.

En 1387, le bâtiment sera presque entièrement détruit par les bandes de Raymond de Turenne, lors des luttes opposant les partisans de la Maison d’Anjou et ceux de Charles Duras.

La Maison, tenue par l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, sera reconstruite au XV ème siècle.

Biot cité par J.A. Durbec, comme « le fief du Temple par excellence dans les Alpes Maritimes » ne conserve à son avis, « aucun vestige apparent des maisons et casaux que cet Ordre y trouva en 1209 ou que ses hommes firent construire au XIII ème siècle.

Presque tout a disparu dans les tourmentes qui à partir du XIV ème siècle, ruinèrent entièrement le vieux « castrum de Buzoto ».

Certaines parties de la belle place des Arcades et quelques voûtes sur piliers, non visibles de l’extérieur, peuvent seules être contemporaines du Temple…Le château (la « Maison ou « sala ») ne fut pas construit par les Templiers ». Compris en 1209, dans les biens du Comte dont  la seigneurie passa à l’Ordre, cette forteresse dépendait alors de Raimond de Biot, lequel la vendra à l’évêque d’Antibes en 1227. Les frères du Temple la reprendront en 1233, pour s’y installer peu après comme l’atteste le premier acte de l’Ordre signé sous son portique le 9 août 1246.

Antérieurement, les notaires opéraient en 1211, « devant l’église sous les palmiers » et en 1213, au domicile des tenanciers, à la demande du commandeur.

Laurent Dailliez, dans son « Atlas », situe des biens relevant de la commanderie de Biot à Villeneuve, Valbonne, Saint Julien, Clausonne, Antibes avec une maison dépendance établie à la Brague.

Objet d’attaque et de marques évidentes d’hostilité, les Templiers de Biot apparaissent comme des gêneurs en cette fin du XIII ème siècle qui précède leur arrestation.

Les deux frères qui furent arrêtés à Biot, tout comme ceux de Grasse, seront dirigés à Pertuis, pour y être emprisonnés, nous perdons leur trace après leur transfert à Aix en 1308.

Edmond Blanc, dans son « Epigraphie des Alpes Maritimes », cite la « Tour de Clausonne » ou de « la Chèvre d’Or », comme un authentique vestige templier. Plus prudent, J.A. Durbec n’y voit qu’une construction gallo-romaine, un mausolée massif, utilisé un temps comme oratoire.

En Provence les monuments étranges ou les cavités naturelles associées au mythe de « la Chèvre d’Or », sont sensés dissimuler un magot, accessible à celui qui rencontrera l’animal légendaire, porteur de fortune. La présence templière étant affirmée ici, au voisinage de la plus importante commanderie de la région, le mausolée classé de Clausonne est apparu comme le probable réceptacle, d’un des fabuleux « trésors » du Temple.

Biot, après avoir été partiellement dépeuplé par la peste noire en 1348-50, puis vidé de ses habitants, obligés, sous la menace, de se réfugier en 1367 à La Garde, sera rasé par Raymond de Turenne en 1387, le village ne sera plus au début du XIV ème siècle, qu’un lieu abandonné servant de refuge à des malfaiteurs et des pirates.

Sa renaissance, digne de ses riches heures templières, ne s’opère qu’en 1470, avec la venue de 50 familles de colons, originaires du Val d’Oneglia, dans la proche Ligurie, ceci à l’initiative de ses coseigneurs l’évêque de Grasse pour un tiers et des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, successeurs des Templiers.

D’après «Les Templiers en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

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