31.12.2008

ESTERON: A LA SAGNE, L'ORATOIRE DES SEPTS LOUPS

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Témoignages d’habitants de La Sagne, hameau de Briançonnet, dans le haut pays grassois (décembre 1980) :

« Mr PILO: Et les histoires de loups: ils y croyaient, il fallait pas chercher à dire que c'était pas vrai, hein!

Melle TOCHE: Moi, ma mère, elle était du côté d'Entrevaux, elle était jeune encore, elle dit qu'une petite fille était sortie de la maison avec une torche de bois gras, pour s'éclairer, alors elle portait ce bois et elle rentrait, jamais, jamais; jamais elle rentrait. Les parents se sont dit: mais quand même il faut un peu aller voir ce qu'elle fait cette petite dehors. Alors ils ont vu la torche de bois loin, loin, que le loup la portait avec sa torche à la main.

Mme PILO: On me l'avait dit au Touyet aussi. Alors on voyait toujours la torche qui marchait on a supposé que c'était un loup qui avait enlevé l'enfant.

« Mr BRUN: Ils nous en racontaient des trucs: en bas des près, il y a encore les restes d'un oratoire qu'on appelait l'Oratoire des Sept Loups. Il parait qu'un type avec une mule rentrait de nuit, il s'est vu tous ces loups autour de lui, il a eu peur, il a attaché sa mule et il est parti comme il a pu, il a laissé la mule aux loups. Et le matin, la mule les avait tués tous les sept à coups de pied.

Mr TOCHE: Et ce qui s'était passé à Font-Fromai...

Mr BRUN: Ah! ben ça, ça mère me l'avait raconté. Il parait qu'une fois il yen avait un du Touyet qui rentrait chez lui de nuit. Arrivé sur le col, il y avait tout plein de gens, qui faisaient la bringue, qui dansaient. Alors on lui a offert à boire, on lui a donné un verre, on lui a servi à boire il a bu et puis il n'a plus vu personne: il est resté avec son verre à la main . . .

Melle TOCHE: Il paraît qu'il a dit: "Oh! Bon Diou!" Quelque chose comme ça.

Mme RA YNAUD: Jésus Maria!

Mr BRUN: Quand on était gosses il venait un plombier, on l'appelait un "magnin" de Roquesteron, Pierre. Alors il venait manger à la maison; alors le soir il racontait ses histoires, je prenais une paiusso, je la renversais, je m'asseyais dessus à côté de lui et j'écoutais ce qu'il racontait. Mais ça a tout disparu, je m'en rappelle plus.

Mme PILO: Le "magnin" c'est le ferblantier. Il nous étamait toutes les casseroles, on n'avait que des casseroles en fer. Elles étaient rouillées, alors là il passait une couche et puis ça revenait joli.

Mr PILO: Ils restaient à la place, ils s'installaient, ils faisaient le feu. Ils dormaient dans la grange.

Melle TOCHE: Les voyages! Oh, pauvres de nous! Moi, j'ai commencé à voyager que j'avais 70 ans. On allait un peu aux foires à Briançonnet, c'est tout. Quelquefois An­not.

Mme PILO: C'était énorme d'aller à la foire à Briançonnet, tout en allant à pied! D'aller à la foire, à la fête, c'était beau! On faisait les fêtes des environs, mais, vous savez c'était pas mal. Tout à pied. On rentrait le matin à l'aube, pour ne pas être attaqués par les loups qui rodaient dans les bois. Moi ça m'est encore arrivé d'aller à Soleilhas et de revenir à pied, mais toujours de jour.

Mr PILO: Et quand ils allaient à la foire à Annot, toujours à pied!

Mme PILO: De Soleilhas et d'ici, il yen avait pas mal qui y allaient. Nous on y est allées toutes les deux: ».

 

D’après «Les Histoires de loups en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Le loup est de retour en France et plus exactement près de nous, dans le Parc du Mercantour et les Alpes du Sud.

Ce « grand méchant loup », cauchemar de nos nuits d’enfant, traînant dans la mémoire collective des générations de « mères-grand » et de « chaperons » dévorés tout cru, revient cette fois sur notre territoire nanti du statut intouchable d’espèce protégée par le Conseil National de la protection de la nature et la Convention de Berne.

Réhabilité et qualifié de « prédateur indispensable à la chaîne alimentaire et aux rétablissements des équilibres naturels », le voici blanchi de tous ses crimes passés et à venir et toléré aux portes de nos villages.

L’homme encore une fois a décidé du destin de la bête  avec sa propre logique.

Pourtant, les souvenirs laissés dans la mémoire de nos aïeux ne sont pas tendres et méritent qu’on s’y arrête.

Les Alpes Maritimes ou « Pays d’Azur », nées de la rencontre des Alpes et de la Provence, offrent un cadre exceptionnel fait de vallées aux forêts sauvages et de villages perchés aux traditions vivaces.

Edmond Rossi, auteur niçois de différents ouvrages sur le passé et mémoire de sa région, présente ici une trentaine de récits recueillis dans les annales de la Provence orientale et du Comté de Nice.

Témoignages authentifiés touchants de vérité, ces textes évoquent les péripéties du loup, dans ce vaste territoire.

Parfois issus d’une tradition orale qui se perpétuait jadis aux veillées, ces contes portaient le plus souvent sur des faits réels, auxquels nos anciens se trouvaient mêlés.

Partons sur la piste mystérieuse de ce grand perturbateur que l’imagination populaire a toujours travesti familièrement de ses propres fantasmes.

A travers les « Histoires de loups au Pays d’Azur » retrouvez les contes de jadis, cette vieille magie des mots qui vous emmène au pays du rêve et de l’insolite.

Pour un temps, laissez-vous emporter vers un passé troublant celui où nos ancêtres vivaient en compagnie du loup avec des rencontres riches d’émotion.

 

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Chers correspondants des sites

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Que cette nouvelle année vous apporte joie, santé et prospérité.

Bien à vous

Edmond Rossi

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27.12.2008

POUR LES ETRENNES OFFREZ LES LIVRES DU "PAYS D'AZUR"

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24.12.2008

VENCE: QUAND LES GENETS FLEURISSAIENT A NOËL

LE CAMP DES SARRASINS.jpg

Pour resituer la menace des Sarrasins dans les Alpes Maritimes, rappelons qu’après avoir été battus par Charles Martel, les Maures se replient en Provence où ils brûlent Cimiez et Lérins en 734.

Les raids se poursuivent ensuite, avec une attaque sur Nice en 813.

A la suite de sa prise de pouvoir en 822, le comte Hugues d’Arles détruit l’armée sarrasine, avant de céder ses droits au duc de Bourgogne Rodolphe II. Les Sarrasins se regroupent alors dans la Basse Provence.

Commence à ce moment-là, une période sombre pour la Provence orientale qui durera presque un siècle de, 883 à 972.

Installés au Fraxinet (La Garde-Freinet) au- dessus  du Golfe de Saint Tropez, au Cap Ferrat et à Eze,  les Sarrasins opèrent dans toute la région, ravageant  successivement Grassse, Nice, Cimiez, La Turbie et Vence.

Le comte d’Arles Guillaumes et son frère le marquis  de  Turin Arduin fédèrent  les seigneurs locaux dans  une sorte de croisade qui aboutit en 972-974, à l’expulsion définitive  des Maures de leur repaire du Fraxinet.

Après cette glorieuse épopée, Guillaume dit «le libérateur » assoit son autorité sur une Provence indépendante en prenant le titre de marquis.

Mais la menace  insidieuse des corsaires musulmans catalans ou andalous, va se poursuivre par des raids surprises  sur les côtes des Alpes Maritimes. En 1047, l’île de Lérins est de nouveau dévastée et  les jeunes moines sont emmenés en Espagne musulmane.

L’incendie criminel de la cathédrale épiscopale d’Antibes en 1125, par les princes opposés à l’évêque, sera mis ensuite au compte des Sarrasins qui, donc, sévissaient encore dans la région.   

Qui étaient ces  pirates enturbannés venus  de  la mer ? Selon les historiens, des  muwallads espagnols convertis à l’Islam ou des mozarabes chrétiens sous domination musulmane du calife de Cordoue.

S’y ajoutaient parfois des apports du  Maghreb, comme en  934, quand  une  flotte arabe, venue d’Afrique et de Sicile, saccage la ville de Gênes.

En Espagne, le  roi d’Aragon Jacques le conquérant (1213-1276 ) atténuera le péril par la conquête de Valence et des Baléares. Il en sera de même lors de la reconquête de Murcie en 1243. 

Mais il faudra attendre 1492, pour voir les musulmans, chassés de leur royaume de Grenade, quitter définitivement l’Espagne.

Durant tout le Moyen-Age, les inquiétantes felouques des flottilles sarrasines viendront depuis leurs  bases espagnoles razzier  sans vergogne  le littoral des Alpes Maritimes.

L’apport odieux d’esclaves, femmes et enfants, enlevés sur la côte de Nice à Cannes, va constituer tout au long  de ces siècles, un commerce florissant, propre à encourager la  répétition d’attaques audacieuses dont il faudra se protéger.

Du haut des murs dressés au sommet du «Baou des Blancs», dominant collines et vallons, la vue s'étend jusqu'à la mer. De son repère aérien, Victor Roubaudy, attentif, surveille les allées et venues des Infidèles campant dans les ruines de l'ancienne cité de Vence. Les campagnes d'alentour, abandonnées et sans culture depuis trois ans, n'offrent plus que le spectacle de la désolation. Ce nouveau raid des Maures a débuté la veille par l'arrivée de voiles noires cinglant au Ponant. Débarqués sur la côte déserte, les nouveaux venus sont d'abord allés renforcer leurs frères d'arme regroupés dans l'ancienne forteresse de Cagnes.

Réfugié depuis peu à Saint Laurent la Bastide, le moine Aymard, rescapé de l'abbaye de Lérins, a témoigné dans son premier sermon des crimes et dévastations: «Les Sarrasins ont tout saccagé, détruit l'église et le monastère, des lieux les plus agréables ils en ont fait la plus affreuse solitude. Sur la côte, ils se promènent dans tout le pays portant le fer et la flamme, emmenant en esclavage une multitude de captifs. Des hommes et des femmes sont écorchés vifs, comme les Sarrasins ont coutume de le faire à l'égard des nôtres et comme nous l'avons vu de nos yeux. »

La poignée de Vençois retirés dans le nouveau village de Saint Laurent la Bastide, à l'abri des hauteurs du Baou, s'est placée sous la protection du nouveau seigneur Laugier Ruffi. Laugier a conquis ses titres de noblesse au combat, il a su organiser la défense et la vie de la petite communauté évitant les attaques et la famine. Les murs ont été renforcés autour de l'antique castelet à tour carrée. Placé au sommet de cet observatoire, Victor Roubaudy guette les mouvements de l'adversaire depuis le lever du jour.

Soudain un cri: «Les Maures! Les Maures ! . » Secouant la cloche tout en hurlant, Victor donne l'alerte. En effet, prenant la direction du vallon de Malvan, après s'être regroupés, quelques centaines d 'hommes s'avancent d'un pas décidé. Devinant la manœuvre d'encerclement, Laugier Ruffi prépare une sortie avant que l'ennemi n'atteigne le pied des murailles en contournant par le plateau. Dévalant du rocher vers le vallon, la petite troupe part courageusement à la rencontre de l'adversaire. Surpris par l'attaque, les Maures désemparés reculent puis se ressaisissent et très vite submergent les Provençaux qui succombent sous le nombre. Laugier Ruffi, après un combat héroïque où tombent à ses côtés les meilleurs de ses hommes, est fait prisonnier, entravé et traîné au pied du farouche caïd Haround el Rachid. Nous étions le jour de Noël de l'an 953. La veille, la femme du seigneur de Saint Laurent la Bastide, dame Phanette à la chevelure d'or, belle comme une madone, avait donné le jour à une fillette jolie comme un ange. L'enfant avait été baptisée Nouvette en souvenir de la nuit sacrée de Noël se disant Nouvé en provençal. Avant de partir, captif du Maure, Laugier, le vainqueur de jadis, s 'humilia en demandant une ultime faveur: embrasser son épouse sur le point de rendre le dernier soupir et sa fille qui venait de naître. Magnanime, Haround accepta et proposa un bien étrange marché: «Retourne dans ton château, nous ne troublerons plus la paix des terres dont tu es le maître. Mais dans vingt ans, jour pour jour, mon fils viendra réclamer la main de ta fille, à cette condition je t'offre la liberté à toi et aux tiens qui vous êtes si bien battus ! »

Libre, Laugier Ruffi reprit le chemin de Saint Laurent la Bastide où, après avoir pleuré la mort de Phanette, il se consacra tout entier à sa fille. Au fil des années, Nouvette grandissait en beauté et en sagesse. Dans toute la contrée chacun vantait la douceur de ses traits, son charme et sa vertu. Mais le retour du Maure approchait. Laugier avait dissimulé à sa fille le terrible secret qu'il gardait enfoui au fond de son cœur tourmenté. Préparant l'assaut final contre les dernières bandes sarrasines qui infestaient encore le pays, Guillaumes le Roux Comte de Provence, déjà nommé le «libérateur», passa en automne par Saint Laurent la Bastide. Il y fut dignement reçu par Laugier Ruffi et les seigneurs d'alentour. A la fin du banquet, Guillaumes troublé par la beauté de Nouvette glissa à l'oreille de son hôte: «Je vous envie d'avoir un pareil joyau, il va pourtant falloir songer à vous en séparer pour la marier à l'un de nos preux chevaliers. Les prétendants seront nombreux! Je serais flatté de revenir parmi vous pour ses épousailles. » Laugier, confus et honteux, rougit sous le compliment n'osant révéler que sa fille représentait le prix de sa liberté.

En dépit du temps qui passait, l'odieux serment torturait la mémoire et le cœur du père de Nouvette. Les saisons s'écoulaient rapprochant toujours plus la date de l'échéance fatidique.

L'avant veille de Noël 973, alors qu'on s'activait déjà aux préparatifs de la fête, trois voiles sombres apparurent à l'horizon contournant le Cap d'Antibes. Le lendemain un émissaire du fils d'Haround el Rachid prévenait le malheureux Laugier Ruffi qu'il allait devoir exécuter sa promesse et lui livrer sa fille, rançon de l'impitoyable marché conclu vingt ans plus tôt jour pour jour. Le Maure promettait en outre à Nouvette un sort enviable, comme favorite de son harem.

Devant l'imminence du péril, le seigneur de Saint Laurent la Bastide terrassé par le poids de sa conscience, s'agenouilla dans la petite chapelle contiguë au château. Après avoir imploré la grâce divine et offert son âme et son corps pour expier la faute, il se décida enfin à avouer sa lâcheté.

Prévenue, Nouvette tomba en larmes, révoltée contre le sort injuste qui l'attendait. Nous étions le soir de Noël. Déjà la troupe des Maures confiante s'installait sous les remparts du château éclairés par la lune. Des tentes dressées s'échappaient des flots de musique étrange mêlés aux fumets des moutons rôtis pour fêter l'accueil de la promise.

La fille du seigneur de Saint Laurent la Bastide s'avançait déjà effleurant une dernière fois les genêts accrochés au bord de la falaise. Penchée vers le vide elle murmura : «Je ne vous verrai plus fleurir belles «ginestres» de ma Provence», implorante elle ajouta : «Si vous pouviez me protéger et m'épargner l'exil au pays de l'Infidèle! Aidez-moi ! » Supplia-t-elle. Simultanément et comme en écho à ces paroles, les douze coups de minuit s'égrenèrent au clocher de la modeste chapelle du château.

A ce signal et comme sous l'effet des chauds rayons du soleil de juin, tous les genêts se dressent, s'épanouissent et fleurissent formant mille haies défensives devant les Sarrasins déconcertés. Dans la campagne environnante autant de piques acérées couvertes de fleurs inondent le paysage d'une lumière dorée. Devant ce sortilège, attaqués de toute part par les flèches jaunes, les Maures abandonnent leur camp et s'enfuient en désordre vers la côte. Le jour qui suivit, ils levèrent l'ancre et disparurent à jamais du pays vençois.

Quelques mois plus tard, le 21 juin alors que les précieux genêts fleuris embau­maient les collines et les vallons, la douce et tendre Nouvette épousa en grande pompe le beau et brave Pons, fils de Rodoard, prince d'Antibes et seigneur de Grasse.

Les festivités du mariage se poursuivirent dix jours durant à la grande joie de tous. Plus tard sept enfants concrétisèrent cette union heureuse. Vence renaquit de ses ruines, la princesse s'y installa et vécut de longues années de bonheur dans sa chère Provence.

D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes » (Equinoxe-éditions Saint Rémy de Provence), pour commander cet ouvrage dédicacé de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.

Avec les "Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes", Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur le passé de son pays, nous offre un recueil d'une centaine de relations confondant la vérité historique et l'imaginaire de la légende.

Pour tous ceux qui désirent connaître non plus une Côte d'Azur artificielle mais une terre de culture et de mémoire, ce recueil constitue une promenade originale puisée aux meilleures sources.

Les Alpes Maritimes possèdent un particularisme né d'un isolement géographique, terre de contraste. Elles offrent une tradition enracinée dans un passé fertile en anecdotes souvent ignorées.

Merveilleux voyage que ces récits qui vont des légendes des origines aux chroniques d'un millénaire de défis naturels, se poursuivant vers des villages du bout du monde pour y traverser un passé où se croisent les silhouettes d'illustres personnages et l'ombre inquiétante des sorcières.

Laissons nous conduire dans les coulisses secrètes de ce théâtre factice qu'est la Côte, vers l'intérieur de ce pays d'Azur, à quelques pas du littoral, pour en découvrir et en pénétrer l'âme.

 

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17.12.2008

ALPES MARITIMES: EXORCISME ET CHASSE AUX SORCIÈRES (SUITE)

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Mais à côté de ces innocentes croyances populaires, confirmant un terrain propice à l’accueil de pratiques plus audacieuses, les chroniques du passé nous restituent les tragiques épisodes d’une impitoyable chasse aux sorcières.

Les potences et les bûchers vont se dresser aux quatre coins des Alpes Maritimes, pour punir les malheureuses « mascas » accusées de pactiser avec le Diable.

En 1428, plusieurs femmes seront pendues devant la population rassemblée à Sospel. Dans cette même bourgade, en 1446, une femme sera brûlée vive à cause de ses maléfices. Plus haut, à Saint Etienne de Tinée, une femme et ses deux filles monteront sur le bûcher en 1437 pour crime de sorcellerie. Une autre sera pendue en 1451 à Nice. Ces exécutions étant indépendantes de celles évoquées précédemment, relatives à la poursuite des partisans des hérésies.

A cette époque, l’Eglise pouvait rendre la justice, ce privilège ne sera aboli en France qu’en 1790. Jusque-là et particulièrement au XV ème siècle, les autorités ecclésiastiques persécutèrent sans relâche tous ceux qui s’écartaient des préceptes par leur conduite, s’exposant dans leurs égarements à l’hérésie ou à la sorcellerie.

S’il est admis, « qu’il n’y a qu’un sorcier pour dix mille sorcières » et que la « masca » est du féminin, nombreux furent les hommes poursuivis devant les tribunaux pour les mêmes délits

L’enquête initiée au XIX ème siècle par Mgr Dominique Galvano, évêque de Nice, permet de connaître l’état d’esprit des populations des Alpes Maritimes à cette époque, en matière de pratique et de croyance religieuse.

En 1836, le prélat adresse à tous les curés de son diocèse un imprimé en préalable à ses visites pastorales de 1838, 1839 et 1840.

Une rubrique, relative aux superstitions et aux rites étrangers à l’Eglise, reflète les mentalités des habitants, particulièrement sensibles à la sorcellerie dans le Haut-Pays.

Voici quelques exemples révélateurs, extraits de ces notes.

A Guillaumes, le curé Coste précise au sujet des gens du hameau de Bouchanières que  « les superstitions, vices et abus principaux sont ceux-ci : croire aux sorciers et agir en conséquence ; placer la lune presque en tout ; croire que le son des cloches garantit de la grêle et autres ridiculités semblables ».

Le prêtre de Saint Antonin signale : « Dans leur misère et leur infortune et aussi leur grossièreté, il y a des gens qui croient que les sorciers sont leurs ennemis et c’est pourquoi ils croient aussi aux devins et ils vont les consulter jusqu’à trois fois ».

Plus bas, à Sigale, : « Certains croient, mais en petit nombre, aux sortilèges, aux devins que l’on consulte en cas d’infortune ou de maladie ».

A La Penne : « On croit aux sortilèges ».

Toujours dans la vallée de l’Esteron, à Roquesteron : « On va consulter les « devineuses » et on pratique ce qu’elles prescrivent pour guérir les maladies ».

Et encore à Cuébris : « l’on croit quelques fois aux devineresses et on les consulte dans leurs adversités ».

Plus loin à Toudon : « Certains croient aux sortilèges et aux maléfices et à la vertu des cloches qui protègent contre les effets des tempêtes et des bourrasques ».

Dans la vallée du Var, à Villars, « On sonne les cloches en temps de tempête ou lorsque tombe la grêle ». De même à Beuil où l’on fait appel aux cloches, « pour chasser le mauvais temps ».

Jugée efficace, cette pratique était authentifiée au point que de nombreux villages des Alpes Maritimes comme Belvédère, Coaraze, Guillaumes, La Tour, Saint Jeannet, Valdeblore possédaient un carillonneur attitré que sa fonction entraînait vers le clocher à la moindre alerte. Certains d’entre eux perpétuent encore cet usage profane et d’autres possèdent toujours une cloche baptisée « Salva Terram » qui sonnait spécialement les jours d’orage.

Enfin, le curé de la paroisse niçoise de la cathédrale de Sainte Réparate reprochait à ses fidèles « d’avoir recours aux cartes pour tenter de gagner à la loterie » !

Toujours au XIX ème siècle, la fin troublante du grand violoniste Paganini à Nice est toute aussi révélatrice de la mentalité de la société de cette époque.

Le 27 mai 1840, une étrange nouvelle se répandait dans la ville : « Le Diable est mort ! ». Pourquoi ce qualificatif inquiétant ?

Dans le Vieux-Nice, on se méfiait de la présence de cet individu bizarre, au profil d’aigle, squelettique, au visage sans joues, aux cheveux sales couvrant le col. Depuis quelques semaines il n’apparaissait plus, était-il malade ? Oui, un pharmacien confirmait la nouvelle, il était atteint d’un cancer au larynx.

La rumeur s’enflait quand on apprit qu’un curé, Don Caffarelli, s’était présenté

plusieurs fois chez lui, pour lui administrer l’extrême onction et chaque fois dans un démoniaque sursaut d’énergie, Paganini avait envoyé le prêtre au Diable !

Dans le passé aussi, chaque fois qu’un représentant de l’Eglise était venu le solliciter pour des dons, il s’était fait sauvagement mettre à la porte.

De plus, ruiné, après la faillite d’un casino monté à Paris, il avait dû se réfugier à Nice, pour fuir la police française jetée à ses trousses.

Il se cachait au 23 rue du Gouvernement (l’actuelle rue de la Préfecture), dans un appartement mis à sa disposition par un de ses admirateurs, le Comte de Cessole, président du Sénat de Nice. Pourquoi portait-il cette étiquette diabolique ?

Il fallait lui reconnaître un tempérament volcanique qui s’exprimait par une surprenante virtuosité. Tous les musiciens du monde étaient à ses pieds, car partout où il jouait, il mettait ses auditoires en transes.

Nice se souvenait de ses concerts donnés quatre mois plus tôt, en décembre, le journal relatait alors la réaction d’un aveugle, ne voulant pas croire que Paganini était seul sur scène, à tirer autant de sonorités de son violon : « s’il est vraiment seul, c’est le Diable ! Fuyons, Fuyons ! ».

Il était même question de son « secret », évoqué par le poète Rosalinde Rancher, chacun souhaitait qu’il le révèle avant sa mort !

Enfermé dans son appartement du Vieux-Nice, Paganini restait sourd à ces sollicitations. Pourtant, n’avait-il pas déclaré au poète allemand Heine : « J’ai un secret : C’est le Diable qui me guide par la main ! ».

Deux jours après sa mort son corps était transporté à l’hôpital Saint Roch, pour y être embaumé.

Déjà la légende d’un être surnaturel, voir satanique, se répandait autour du port où des marins venus de Gênes, rappelaient les origines du violoniste, fils d’un docker de là-bas. A la veille de sa naissance, le 27 octobre 1782, sa mère avait vu le Diable en songe et celui-ci lui avait annoncé : « Teresa, forme un vœu pour ton fils Niccolo qui va naître !

– Qu’il soit le plus grand violoniste du monde !

– Il le sera ! ».

Les soupçons devenaient des doutes, la légende faisait place aux certitudes et les Niçois se persuadaient sérieusement que Satan venait de mourir chez eux. Les femmes se signaient dans la rue du Gouvernement où des musiques insolites émanaient des murs de l’appartement du défunt.

Cette émotion atteignit jusqu’à l’évêque Mgr Galvano qui prit la décision d’écarter Paganini de toute sépulture chrétienne. Son corps serait jeté dans le Paillon ! Etrange fin pour le plus grand violoniste de tous les temps ! Son ami le comte de Cessole ne pouvait l’admettre.

Sans s’opposer à la décision épiscopale, il cacha le corps de celui que l’Eglise estimait habité par Satan, d’abord dans une cuve à huile de sa propriété.

Les errances posthumes de Paganini se poursuivront ensuite pendant plus d’un demi-siècle, après que son cas fut examiné par le roi Charles Albert et le pape Grégoire XII ! Elles s’achèveront à Parmes dans la consécration et la gloire, en  1896.

A cette même époque, dès 1873, le Carnaval de Nice développe ses fastes avec une intensité nouvelle, exhibant dans les rues des personnages allégoriques où le Diable occupe une place privilégiée. Satan, Faust, Lilith et ses sorcières règnent en maîtres sur les chars, particulièrement en 1879. Méphisto sera tout aussi majestueux plus tard, en 1929. En 1884, « l’Enfer au Carnaval », tout comme en 1890 « La Redoute aux Enfers » et 1895 avec « La Fumisterie » (cuisine infernale) reprennent le thème avec complaisance. Le « Babaou », sorte de dragon cracheur de feu, apparaît dès 1882. Ce monstre effrayant, tout comme l’horrible « Ratapignata » (chauve-souris), fréquentera ensuite les corsi avec assiduité et une vigueur ostentatoire.

Les sorcières, accueillies avec la même ferveur, étalent leurs sabbats endiablés dès 1884. Leur présence animera avec fougue la suite des cortèges carnavalesques jusqu’à nos jours. Ces expressions traduisent les fantasmes d’une population qui mêle pour un temps, l’imaginaire au vécu, dans un psychodrame destiné à conjurer ses propres craintes.

Plus près de nous, dans l’entre-deux-guerres, les Niçois se rendaient à Saint-Jeannet, renommé pour être le village des sorcières, ces affidés du Diable.

Là, dans ce creuset de pratiques magico-superstitieuses et de remèdes de bonne femme d’un autre âge, chacun savait pouvoir trouver le réconfort et la paix du corps et de l’âme.

 

D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Où mieux rencontrer le Diable que dans les Alpes Maritimes, sur ces terres chargées de contrastes où s’opposent mer et montagne, au carrefour de la Provence et de l’Italie ?

Ici, le Diable est aussi à l’aise sur la Côte d’Azur où s’étalent d’outrageantes richesses que  vers l’intérieur où se cachent une humilité austère.

Puits du Diable, Château du Diable, Cime du Diable, longue est la liste des sites, marqués par la forte empreinte de celui qualifié par Bernanos de « Singe de Dieu ».

De Nice, à la Vallée des Merveilles, devenue son « domaine réservé », le Diable hante les villages, plastronne sur les murs des chapelles et persiste à enflammer l’imaginaire de ses habitants.

Il fallait raconter l’extraordinaire aventure du Diable dans les Alpes Maritimes. Grâce à Edmond Rossi, auteur niçois de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la mémoire de son pays, cette lacune est aujourd’hui comblée.

Laissons-nous entraîner, à travers les siècles, sur la piste attrayante et mouvementée, de l’éternel et fascinant tourmenteur du cœur et de l’âme.

 

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10.12.2008

RIGAUD ET SA COMMANDERIE TEMPLIÈRE (4ème PARTIE)

TEMPLIERS (3).jpg102 RIGAUD,BATISSE PRESENTEE COMME LE SIEGE SUPPOSE DE LA COMMANDERIE page 102.jpg

Saint-Dalmas-le-Selvage, au bout de la vallée, est également cité par plusieurs auteurs : Durante, Moris, Raynaud, comme une place templière de première importance.

Les 23 services recensés en 1308 confirment l’intérêt que portait l’Ordre à ce village.

Durante indique : « Saint-Dalmas-le-Selvage - Les Templiers, établis à Saint Etienne, intéressés à accroître leur influence dans la vallée de la Tinée, sollicitèrent et obtinrent du comte Balbo, une partie du haut territoire où cette rivière prend sa source. Ils recrutèrent quelques pauvres familles de cultivateurs et de bergers, y firent opérer des défrichements et fondèrent un hameau qu’ils appelèrent Saint Dalmas en mémoire de leur maison centrale de Valdeblore. La croix des Templiers, gravée sur la porte de l’église paroissiale est une preuve qu’ils en furent les fondateurs ».

E. Raynaud lui emboîte le pas, tout comme E. Pauty qui ajoute : «  Un véritable bourg fut constitué avec une enceinte circulaire en souvenir de leur ancienne fondation de Saint-Dalmas-de-Valdeblore ».

J.A. Durbec ne veut pas admettre que l’église puisse avoir été dressée par les Templiers, au prétexte qu’à la saisie de 1308, les frères ne percevaient là : « que des services ou cens dont la nature est assez rigoureusement déterminée : 23 services variant de 1 obole à 8 deniers ».

Néanmoins il n’écarte pas la présence de « quelques vestiges des immeubles construits ou simplement habités par des tenanciers ».

D’autre part, faut-il baser toutes nos références sur les seuls actes établis lors de la saisie et ignorer le siècle qui la précède où le Temple a bâti et développé sa présence dans la région, en ne laissant malheureusement aucune archive ?

Aujourd’hui encore, Saint-Dalmas-le-Selvage, présenté comme un village « marqué par les Templiers » conserve une élégante église romane avec un clocher lombard accolé, datable de la période où l’Ordre fréquentait les lieux. L’architecture du village a gardé la massive rudesse de ses maisons alpines de schiste sombre, avec toits de bardeaux et larges balcons de bois. Un urbanisme authentique qui a su traverser les siècles, pour mieux évoquer l’époque médiévale.

Les armoiries du village portent en évidence la croix du Temple comme pour mieux rappeler ses origines.

Faute de preuves, difficile de suivre les auteurs des « Sites templiers de France » lorsqu’ils affirment : « Les Templiers étaient également implantés au col de Restefond, près de Barcelonnette ».

La vallée du Var s’étire de la mer à l’extrémité du département en bassins successifs, porteurs de possessions templières échelonnées du Sud au Nord. Seules les deux premières : Villars et Touët relevaient jadis de l’évêché de Nice, les autres dépendant du diocèse de Glandèves.

Villars fournissait 3 services au Temple. Dans ce village un ancien linteau gravé de deux étoiles, attribué selon la tradition aux Templiers, a été réemployé comme pierre de maçonnerie. J.A. Durbec le prétend postérieur au Temple et probablement du XV ème siècle. Les ruines d’un cloître de l’Ordre, signalées par ce même auteur à Villars, n’ont pu être localisées. Signalons la « Castre » proche de la Mairie, dite « la Maison des Templiers », (voir la monographie de A. Magnan, 1938).

Touët sur Var : Le Temple y prélevait 38 services avec une « maison ». De cette présence prospère qui débute en 1176, il ne subsiste qu’une auge destinée à mesurer le grain.

Puget-Théniers a attiré l’attention des chercheurs sur les origines de son église et de son château.

E. Pauty note : « Il est fait mention du château établi par l’Ordre et d’une église principale dite de l’Assomption, solidement construite » également attribuée au Temple.

L’Ordre s’installe à Puget-Théniers en 1242, probablement sur l’initiative du Comte de Provence.

Fortement établis, les Templiers possèdent bientôt une grande partie du faubourg et des biens ruraux considérables. A la suite de tractations dont les annales n’ont laissé aucune trace, il ne restera au Temple que 3 redevances et une « maison » lors de la saisie de 1308.

L’église romane de « L’ Assomption », à l’aspect de forteresse, fut édifiée au X ème siècle. Le fait qu’elle fut confiée à l’abbaye de Lérins écarte la légende vivace d’une origine templière. La rotonde et le clocher qui complètent l’édifice au XIII ème siècle pourraient par contre avoir été bâtis par le Temple.

L’ancien château du XI ème siècle, résidence du seigneur local ne fut pas davantage propriété de l’Ordre. Les diverses marques lapidaires gravées sur les linteaux des maisons de la vieille ville seraient dans leur majorité postérieures au XV ème siècle.

J.A. Durbec faute de précision historique écarte l’ensemble des vestiges archéologiques templiers de Puget-Théniers.

Entrevaux, l’ancien Glandèves du Moyen-Age, au centre d’un fief d’une famille homonyme dominant le Haut Pays, fut également le siège d’un vaste évêché groupant au XIII ème siècle près de 70 « castra », répartis dans toute la partie Nord-Ouest des Alpes Maritimes.

La commanderie templière de Rigaud étendait ses possessions sur la totalité de l’évêché de Glandèves y ajoutant la partie nord de celui de Nice.

La famille des Garac-Glandèves symbolise cette vieille aristocratie montagnarde, fièrement attachée à son indépendance, donc hostile à la mainmise centralisatrice de la Maison de Barcelone.

La résistance armée de la noblesse des vallées alpines va contraindre les comtes de Provence à entreprendre une véritable guerre de conquête du territoire de ses vassaux.

La campagne militaire ne s’achèvera qu’en 1278, après la totale victoire de Charles 1er d’Anjou.

Entrevaux et La Seds (sur la rive droite du Var) sont regroupés à la saisie des biens de 1308.

L’ensemble fournit 23 services à l’Ordre, propriétaire d’une « maison ».

Le récent inventaire des « Sites templiers de France » d’Aubarbier et Binet indique : « Que la puissante commanderie d’Entrevaux a entièrement disparu », probablement en écho à E. Raynaud qui y signale un établissement templier, effectivement conforme à la vérité historique. De plus, la cathédrale du XVII ème siècle conserve comme clocher un austère donjon roman avec assises du XII ème siècle, remanié au début du XIII ème siècle, attribué aux Templiers par les historiens locaux.

 Plus haut, en suivant la vallée du Var, Castellet les Sausses et Daluis sont également cités dans l’ouvrage relatif aux « Sites templiers de France ».

 

D’après «Les Templiers en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55

Reconnu comme le département de France le plus pourvu en possessions templières, les Alpes Maritimes conservent encore de multiples et intéressantes traces de la présence au Moyen-Age de ces fiers chevaliers.

Quel fut le rôle des Templiers, très tôt installés dans cette région entre mer et montagne ?

Que connaît-on des chroniques oubliées et des règles secrètes de l’Ordre du Temple ?

Par ailleurs, quel crédit accorder aux légendes relatives à leurs trésors cachés ?

Enfin, quels monuments et vestiges portent encore l’empreinte des chevaliers « de la croix et des roses » ?

Les Templiers inspirent d’abord l’image glorieuse de moines soldats se jetant la lance ou l’épée au poing, pour défendre ardemment les lieux saints, à l’époque des croisades.

Par la suite, ce tableau avantageux se nuance, avec l’évocation de leurs richesses, pour s’obscurcir enfin dans l’épaisseur du mystère, avant de n’être plus éclairé que par les sinistres lueurs des bûchers où s’achève l’épopée des frères du Temple, accusés d’hérésie.

Auteur de divers ouvrages traitant de l‘Histoire des Alpes Maritimes, Edmond Rossi, niçois passionné par le passé et la mémoire d’une région qu’il connaît bien, nous entraîne dans une attentive et fascinante découverte des annales et des sites toujours hantés par l’ombre des chevaliers au blanc manteau à la croix rouge.

 

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03.12.2008

COMTE DE NICE HISTOIRE

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Le territoire compris dans la circonscription actuelle du département des Alpes-Maritimes fut d'abord habité par les Ligures, les sauvages aborigènes, sur l'histoire et les mœurs desquels on possède peu de notion. Le premier héros qui ait laissé sa trace sur ce sol, foulé depuis par les pas de tant de vainqueurs, fut Hercule. On lui attribue la fondation de Monaco.

Trois siècles plus tard, les Phocéens de Marseille, jaloux de la prospérité de ce port, en creusent un autre à l'embouchure du Paillon. Emerveillés de la fertilité des campagnes, de la beauté du climat, ils y envoient de nombreux colons. On défriche le sol, on y apporte la vigne et l'olivier de la Grèce. Les Romains convoitent à leur tour ce qui a séduit les Phocéens sur ces rivages fortunés, ils plantent leurs aigles dominatrices. Le Forum Julii (Fréjus), le monument de la Turbie sont comme deux empreintes de la puissance romaine. La voie de mer, les vaisseaux de Marseille et du port d'Hercule ne suffisent plus aux besoins de communications nouvelles. Des routes sont ouvertes à travers les rochers. la voie Aurélienne, faite pour les légions, livrera bientôt le passage des Alpes aux barbares. Ils sont précédés par les apôtres de la foi évangélique : saint Barnabé descend des Gaules, saint Nazaire débarque d'Afrique.

Pendant trois siècles, le pays fut incessamment traversé et ravagé par les barbares. Ces colonies isolées, qu'aucun lien ne rattachait entre elles, ne pouvaient offrir aux envahisseurs aucune résistance. Elles imploraient le secours de leurs voisins. La Ligurie eut pour première protectrice la république de Gênes, au VIIe siècle. Elle s'abrita, en 741, sous le bouclier de Charles Martel.

L'impuissance des descendants de Charlemagne livra la malheureuse province à de nouveaux et plus redoutables ennemis, les Sarrasins, les pirates d'Afrique. Pas un point de la côte n'était à l'abri de leurs invasions. Ils s'étaient construit de distance en distance, sur des rochers, dans des endroits inaccessibles, des espèces de repaires du haut desquels ils s'abattaient sur les campagnes et sur les villes. Cet état de choses devint si intolérable, ces horreurs furent poussées à un tel point que la chrétienté s'en émut, et le pape Martin Il organisa une espèce de croisade contre les Maures, qui possédaient tous les passages des Alpes maritimes et qui en opprimaient si cruellement les habitants.

C'est à Othon, le grand empereur d'Allemagne, que revient l'honneur d'avoir porté le coup décisif à la domination des Sarrasins, c'est lui qui prit d'assaut La Garde-Fraxinet, la plus redoutable de leurs forteresses. L'époque de cette délivrance, le XIe siècle, coïncide malheureusement avec les développements les plus caractéristiques de la féodalité. Aussi les guerres intérieures, les discordes civiles permirent-elles à peine de relever les ruines que les Sarrasins laissaient derrière eux. D'une part, les Grimaldi travaillent à affranchir et à étendre leur souveraineté depuis Monaco. Le spectacle des prospérités de Gènes et de Pise suscite des conspirations républicaines. Ailleurs, les héritiers de Boson, les comtes de Provence, revendiquent leurs droits sur ce qu'ils prétendent être une dépendance du royaume d'Arles.

Il n'y a de trêve à ces déchirements que pendant le règne de Raymond-Berenger IV, comte de Barcelone et de Provence, dans la première moitié du XIIIe siècle. En 1246, recommence, avec l'avènement de Charles d'Anjou, une longue période de calamités. Entraînée par ce prince dans sa désastreuse croisade et dans sa fatale expédition contre Naples, la Ligurie y perdit quatre galères et l'élite de ses enfants. Le comté de Nice fut ruiné et vit disparaître les trois quarts de sa population, qui était alors de 80 000 âmes, en comprenant les bailliages de Barcelonnette et de Puget-Théniers. Le commerce était presque anéanti, la désolation régnait dans les familles décimées par la guerre. Les terres, faute de bras, restaient incultes.

L'autorité était exercée au nom du souverain absent par un grand sénéchal qui faisait peser sur les petits une tyrannie d'autant plus impitoyable qu'elle était plus impunément bravée par les grands. Les possesseurs de hauts fiefs, l'évêque de Nice et l'abbé de Saint-Pons, les Caïs et les Badat, les Marquesans et les Riquieri, les Grimaldi de Vintimille échappaient à sa juridiction et agitaient de leurs querelles incessantes l'intérieur de la cité. A l'extérieur, c'étaient de grands vassaux plus indépendants encore : les Lascaris, comtes de Tende, qui descendaient par les femmes des empereurs de Constantinople, et les Doria de Dolceaqua, qui dominaient dans la vallée de la Roya. Par eux le Piémont et la république de Gènes pesaient sur le comté de Nice.

Il y eut pourtant une compensation à tant de malheurs. Le pays de Nice doit aux règnes des deux Charles les orangers de Sicile, qui, arrosés à leur naissance de bien des larmes, font aujourd'hui la fortune de la contrée. Après l'extinction de la branche aînée d'Anjou, et la renonciation de la branche cadette, le 5 octobre 1419, le comté de Nice vint s'ajouter aux États déjà si considérablement agrandis d'Amédée VIII, duc de Savoie. Pendant plus d'un demi-siècle, la Ligurie put s'applaudir d'avoir changé de maîtres. Mais l'Europe tremblait sur ses bases, bientôt allait commencer le grand duel entre la France et l'Espagne. Charles-Quint et François Ier, allaient se disputer l'Italie. Les Alpes- Maritimes étaient le passage indiqué des deux armées, elles étaient destinées à la fois à devenir théâtre et victimes de ces luttes acharnées. Peste, guerre et famine, tels furent les fléaux qui inaugurèrent le XVIe siècle.

L'entrevue de Villefranche, ménagée par le pape Paul III entre François Ier et Charles-Quint, devait procurer une trêve de dix années. Au commencement de la cinquième, les hostilités recommencèrent, le monarque français amenant cette fois avec lui le forban apostat, devenu bey de Tunis, Hariadan Barberousse.

Après la paix de Cateau-Cambrésis, sous l'administration réparatrice de Philibert-Emmanuel, la Ligurie respirait à peine, heureuse de pouvoir effacer de si longs et de si cruels désastres, quand survint le fameux tremblement de terre du 20 juillet 1564. Les secousses se prolongèrent jusque dans les premiers jours d'août et bouleversèrent tout le pays. Le fond du port de Villefranche s'affaissa, le cours de la Vésubie fut un moment interrompu ; les villages de Bollène, Lantosque, Belvedère, Saint-Martin, Roccabigliera et Venanson, furent écrasés par la chute des rochers environnants, et beaucoup de sources non thermales jusque là devinrent chaudes et sulfureuses.

Les règnes les plus heureux dans les États voisins, les administrations les plus habiles semblent être pour notre malheureuse province l'occasion, la cause de nouvelles infortunes. C'est elle encore qui paye une partie de la gloire d’Henri IV et de ses généraux. Quand, rompant la paix de Suse, Richelieu endosse la cuirasse par-dessus la pourpre romaine, c'est la Ligurie que menace le cardinal, devenu capitaine. En 1689, lorsque se forma la ligue d'Augsbourg, Victor-Amédée, contraint de renoncer à la neutralité, prit parti contre la France, ce fut le signal d'une nouvelle invasion, et, le 11 mars 1691, Catinat établissait son quartier général à Saint-Laurent-du-Var. L'occupation française dura jusqu'à la paix de Turin, signée le 29 août 1696.

Quelques années plus tard éclatait la guerre de Succession, c'est sur les mêmes rivages et sous les mêmes murailles que le prince Eugène et le duc de Berwick développèrent leurs talents stratégiques. Louis XIV victorieux ordonna, en 1706, de raser toutes les fortifications du comté. La guerre cependant continua encore avec des succès divers jusqu'au traité d'Utrecht, en 1713 ; son oeuvre avait été complétée par les rigueurs de l'hiver de 1709, pendant lequel, dans la nuit du 13 au 14 février, un froid de 9 degrés gela tous les oliviers.

Une trêve de vingt années, dans cette suite continuelle de guerres, permit aux princes de Savoie, Victor-Amédée et Charles-Emmanuel, de faire preuve des bonnes intentions dont ils étaient animés envers les Liguriens. Mais il était écrit que toute secousse européenne devait avoir son contrecoup au pied des Alpes.

A propos de la succession de Pologne, les soldats de l'Autriche, les vaisseaux de l'Angleterre et les armées franco-espagnoles se mettent en marche, c'est encore dans le couloir et dans les ports des Alpes-Maritimes que s'établit le principal courant des troupes et des arrivages. L'excessive sécheresse de l'été de 1734 occasionne disette et famine, laissant le nom de mortelle.

Nous renonçons à décrire les péripéties de ces luttes éternelles, qui sont presque aussi semblables dans leurs détails que dans leurs résultats, toujours des sièges, des batailles, puis des traités, l'un refaisant ce que l'autre a défait, c'est à peine si les noms des lieux changent. Le traité d'Aix-la-Chapelle ne fait que rétablir un état de choses qui avait existé auparavant. Ce qu'il constate surtout, ce sont les inépuisables ressources de ce pays, qui, pour célébrer la paix, surprend l'Europe par le faste et l'éclat de ses fêtes, alors qu'on pouvait le croire épuisé par tous les sacrifices de la guerre.

Le 24 mars 1760, fut signée, à Paris, la partie du traité définitif qui rectifiait la ligne de frontière entre la Savoie et la France. Les communes de Gattières, Dosfraines, Bouyon, Ferres, Conségudes, Aiglun et la moitié de Roquesteron, situées au-delà du Var et de l'Estéron, furent échangées contre les villages provençaux d’Auvare, Saint-Léger, La Croix, Puget Rostang, Cubéris, Saint-Antonin et La Pène, qui passèrent au comté de Nice. La sagesse du roi de Piémont conserva la paix à ses États pendant la guerre de Sept ans. Les afflictions d'une disette, que les sécheresses rendaient imminente en 1767, furent épargnées aux populations par d'habiles mesures. D'importants travaux d'utilité publique furent menés à bonne fin, la route du col de Tende fut considérablement améliorée, deux beaux ponts en pierre, jetés sur la Roya, assurèrent le dangereux passage des gorges de Saorgio.

Ce calme fut troublé, en 1788, par des calamités, préludes d'autres orages. A la suite de pluies torrentielles et de tempêtes effroyables, d'affreux éboulements eurent lieu dans la vallée de Roccabigliera ; la montagne du col de Becca s'affaissa et ensevelit, avec de nombreuses victimes, une partie du territoire de Coaraze. Pendant l'hiver de l'année suivante, dans la nuit du 11 au 12 janvier, à la suite d'une tempête qui avait couvert le sol de deux pieds de neige, une désastreuse gelée de 9 degrés frappa de mort jusque dans leurs racines les orangers et les oliviers, c'était la richesse de toute la contrée, elle sera ruinée pour longtemps.

Quand éclata la Révolution française, des liens de parenté unissaient trop étroitement la maison de Savoie aux Bourbons de France pour qu'elle pût assister indifférente et inactive au grand drame qui allait se dérouler. Turin devint un centre d'émigration, un foyer de conspirations royalistes. Une armée sarde fut réunie sous les ordres du général Courten et du major Pinto, qui firent garnir de redoutes les hauteurs de la rive gauche du Var, depuis le rivage jusqu'au-delà d'Aspremont, sur une étendue de 12 kilomètres.

A ces dispositions hostiles, l'Assemblée constituante opposa un rassemblement de volontaires marseillais campés à La Brague, entre Cagnes et Antibes. Ordre fut donné à M. Lesueur, consul à Nice, de demander ses passeports qui lui furent refusés. Une panique que rien. ne justifiait entraîna dans les montagnes les défenseurs de la frontière piémontaise. Les notables du pays vinrent implorer la présence des forces françaises comme garantie d'ordre, et ce fut sans brûler une amorce et comme libérateur que le général Anselme prit possession du comté de Nice ou Ligurie.

Alors fut organisé le département des Alpes-Maritimes, qui était compris entre le Var et la rive droite de la Taggia ; il avait pour chef-lieu Nice et comprenait les arrondissements de Nice, de Monaco, et de Puget-Théniers, sa superficie était de 322 654 hectares et sa Population (1804) de 88 000 habitants. Plus tard, l'Autriche, alliée au Piémont, voulut nous enlever notre conquête. La Convention envoya sur les lieux trois de ses membres, l'un d'eux était Robespierre jeune, qui venait d'assister à la délivrance de Toulon, il amenait avec lui deux jeunes officiers dont il avait remarqué l'ardeur et deviné les talents, l'un était Corse, l'autre était né près d'Antibes : c'étaient Bonaparte et Masséna.

Pour l'Autriche, ce n'était déjà plus la Ligurie qu'il fallait songer à reprendre, c'était l'Italie qu'il s'agissait de garder. Le premier corps d'armée qui s'organisa dans le département des Alpes-Maritimes, et qui en partit pour cette première fabuleuse campagne d'Italie, comptait dans ses rangs Junot, Berthier, Charlet, Laharpe et Suchet. Le pays fut administré, de 1802 à 1814, par un préfet qui y laissa d'excellents souvenirs, M. le vicomte Joseph du Bouchage.

Rappelons le débarquement de la duchesse de Berry, venue en France sur un navire sarde, imitation malheureuse de l'épisode du golfe Jouan ; mentionnons aussi les révolutions microscopiques de Monaco. Ce furent les seules agitations qui troublèrent le pays pendant la période pacifique du XIXe siècle.

En 1860 le comté de Nice sera rattaché à la France à la suite d’un référendum. Cette annexion récompensait l’intervention française au coté des Piémontais dans leur guerre d’indépendance face aux Autrichiens.

Depuis le comté de Nice suit le destin historique de la France.

 

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