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28.11.2007
A LA TOUR SUR TINÉE: LE TRIOMPHE DU DIABLE
D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55
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24.11.2007
LE SINISTRE FESTIN DE ROCCASPARVIERA
| Vai, ô rocca, roquina | Va, roche, rochette |
| Un, aultre temp sara | Un jour viendra |
| que sobre te reina | Où sur tes ruines |
| Plu noun li cantera | Ne chantera plus |
| Le gal ni la gallina | Le coq ni la poule, |
| Ma les crôos, los sparviers, | Mais les corbeaux et les éperviers |
| El altre aosels salvagiere | Et autres oiseaux de proies |
Il souleva le voile. Un cercueil vide apparut. Deux hommes embusqués sous la table saisirent Paolo et le couchèrent dans la bière qu’ils descendirent dans un caveau.
Toutes les nuits, à l’heure où Paolo avait égorgé son père et deux de ses frères, le justicier ouvrait la trappe du caveau et montrait au prisonnier des quartiers de sangliers. « Monseigneur est servi. » Le douzième jour, Paolo mourut de faim et de rage. Le jeune seigneur de Roccasparvièra se mit à la tête des habitants et chassa les sarrasins du village. Puis il mit le feu au château qui avait été le théâtre de tant de forfaits. Ayant ainsi vengé sa famille, il s’en alla en pèlerinage à Jérusalem.D’après « Les Légendes et Chroniques insolites des Alpes Maritimes » (Equinoxe-éditions Saint Rémy de Provence), pour commander cet ouvrage dédicacé de 23 € : téléphoner au 04 93 24 86 55.
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20.11.2007
LA COMMANDERIE DU BROC, DES VESTIGES TEMPLIERS EXCEPTIONNELS
Selon l’historien local Tisserand, les populations de Vence sous la direction de leur évêque, le bienheureux Deuthère, se seraient réfugiées sur les Baous vers 578, la ville étant saccagée par les terribles Lombards.
Sur les fondations d’un «castellaras » protohistorique, les habitants commencent alors à édifier une grande forteresse pour s’y abriter et quitter les grottes voisines où ils s’étaient cachés avec leurs biens les plus précieux.
Une église dédiée à Saint Laurent y fut consacrée, de cette lointaine époque daterait la fondation de La Bastide-Saint Laurent. Aucune mention du lieu n’est faite avant la troisième invasion musulmane. Vers 732, les bandes de Sarrasins envahissent la Provence orientale, à Lérins 505 moines périssent sous les cimeterres, Toulon, Fréjus, Antibes et Nice ne peuvent résister au pillage. Vence est à nouveau complètement rasé et les sommets des Baous servent encore de refuge. Selon L. Dailliez, cette période mouvementée marquerait la naissance du «castrum » (village fortifié) de La Bastide-Saint Laurent. Plus précises, les annales de la ville nous apprennent qu’en 933 la population, décimée par une nouvelle incursion sarrasine, regagne la chaîne des Baous et y édifie les premiers éléments de La Bastide-Saint Laurent ou encore Saint Laurent- La Bastide.
Cette hypothèse est soutenue par J.C. Poteur qui ajoute que : « le groupe épiscopal de Vence est reconstruit, sur le site antique ou non loin, dès l’époque carolingienne ». Toujours à la fin du Xe siècle, de nouveaux seigneurs régionaux de l’entourage de Guillaume de Provence dit «le libérateur », les Mévouillon, vicomtes de Nice, occupent les fortifications de l’éperon du Baou des Blancs où ils dressent un château. La famille de Saint Laurent est présente dès 1033 à la cour des vicomtes de Nice.
La seigneurie transmise aux Templiers en 1195 avec un but militaire évident, leur sera confirmée en 1215, lorsque Rostang de Saint Laurent reçoit les biens du Cayron. Il est invité à cette occasion par l’évêque «à protéger les habitants en veillant sur les gardes de son monastère ».
Le toponyme de Baou des Blancs ou rocher des « Blancs» pourrait être en rapport avec la présence en ces lieux des chevaliers au « blanc » manteau. D’après J.C. Poteur, au début du XIIIe siècle l’église Saint Martin, bâtie au pied du Baou, aurait été fortifiée par le Comte de Provence, à l’occasion des luttes l’opposant aux aristocrates. Le château Saint Martin aurait alors contrôlé la voie reliant Vence au Haut Pays, tout en permettant le siège de la forteresse de Saint Laurent La Bastide, échappée pour un temps à la tutelle des Templiers, alliés fidèles du Comte. Les opérations achevées, Raymond-Bérenger V comte de Provence cède par acte du 15 décembre 1229 à son loyal serviteur le baron Romée de Villeneuve, entre autres fiefs, ceux de Vence et de Saint Laurent de Vence. Cette décision mettra définitivement fin au consulat de la cité de Vence. J.C. Poteur émet l’hypothèse d’une éventuelle cession du château Saint Martin aux dévoués Templiers, à cette même époque. Soucieux de stimuler l’économie de Vence, Romée de Villeneuve va y attirer les populations des alentours. Néanmoins, Saint-Laurent-la-Bastide moins peuplée apparaît affouagée en 1252, puis en 1297, dans l’enquête dite de Saint Jean et encore en 1315. Seule la Bastide est maintenue comme forteresse, avec son église paroissiale. Le château Saint Martin, faussement désigné comme «castrum »(village fortifié) en 1232, a été supposé devenir au XIVe siècle une forteresse des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, ces héritiers et successeurs des Templiers. Ils auraient géré depuis cette maison leurs possessions locales de Vence et Saint Jeannet. Cette attribution, à un ordre militaire et religieux a contribué à amplifier la confusion sur la présence templière en ces lieux, certains y voyant le siège d’une commanderie. Or les biens du Temple à Vence n’étaient plus, dès 1338, dans l’enquête de ceux relatifs à l’Hôpital, ils avaient déjà été concédés aux seigneurs de Vence. Le château Saint Martin édifié au début du XIIIe siècle par le Comte de Provence, pour asseoir son autorité lors de la guerre contre les aristocrates rebelles du lieu, sera d’abord remis à son fidèle lieutenant Romée de Villeneuve en 1229 et restera ensuite propriété de la famille des Villeneuve-Vence, jusqu’à sa destruction en 1707, par un régiment hongrois des troupes impériales. Il est donc improbable que cette forteresse ait pu être dévolue aux Templiers puis aux Hospitaliers pour servir de siège à une quelconque commanderie. Dans l’évêché de Vence, l’Ordre disposera de 88 services, le rendement en espèces des tenures s’élevait à 3 livres dont une livre et 4 sous à Vence et 1 livre et 10 deniers au Broc. Les biens de la maison de Vence vont être inventoriés lors de l’arrestation des Templiers en Provence. A cette occasion les représentants du Comte : Etienne de Vence, Bertrand Falcoz, Paul de Palena, Guillaume Mayfred et Guillaume Beroard de Vence visitent le bailliage de Villeneuve. Ne connaissant ni les membres ni les censitaires de l’Ordre, répartis dans le bailliage, les officiers de Villeneuve procédèrent à une criée en langue provençale, dans les diverses localités du diocèse de Vence, pour que les intéressés se présentent devant Guillaume Gaillard, châtelain de Villeneuve, jusqu’aux premiers jours de février. Cette mesure peu discrète alerta les derniers Templiers des lieux qui purent ainsi échapper aux sergents en armes. Le recensement releva le 28 janvier 21 services au Broc, Après avoir remis leur inventaire au Sénéchal, les envoyés du Comte de Provence nommèrent à Villeneuve Guillaume Beroard de Vence comme administrateur unique de l’ensemble des biens du bailliage. L. Dailliez précise que « après la suppression, les biens de Vence passèrent à l’évêché et au baron de Villeneuve qui se partageaient la seigneurie, en compagnie du chapitre canonial de la ville ». Ceux de La Gaude seront rattachés à la maison du Broc passée à l’Hôpital. L’inventaire des biens de la commanderie de Vence, recensés dans de nombreuses localités a pu entraîner l’attribution abusive de certains monuments ou vestiges au bénéfice du Temple. La prudence et la rigueur historique imposent d’en vérifier l’authenticité, à la lumière des archives et des annales lorsqu’elles existent. Les services qu’y détenait l’Ordre n’ont fait qu’attiser davantage une polémique qui mérite quelques explications. Là encore, la présence mythique des Templiers s’accompagne de celle possible d’un trésor, propre à enflammer bien des imaginations et non des moindres. Ainsi, comme au château de La Gaude, où l’une des dernières propriétaires des lieux l’actrice Viviane Romance, nous avait confié avoir fait procéder à des sondages méthodiques, à l’occasion d’une importante restauration des lieux. Au Broc, le Temple possédait sa maison, y détenait 21 services, des droits divers dont la juridiction sur ses hommes, 1/16 de tous les bans tombés en commise et 5 redevances pour des habitations. Ce lieu figure comme une des possessions les mieux pourvues. Curieusement cette localité a été tenue à l’écart de la liste flatteuse des sites templiers, dressée par les auteurs à sensation et c’est peut-être là qu’existent les vestiges les plus authentiques, attestant de la présence de l’Ordre. Dans un acte de 1285, il est fait allusion aux droits pour les moins quinquagénaires du Temple dans le castrum du Broc. Sur appel du frère Bertrand Monnier agissant au nom du Temple de Nice, Grasse et Biot, le juge mage de Provence casse le 18 mai 1285 une sentence rendue par le juge de Nice, contre le frère donateur R. Jaubert qui avait empêché un homme du Broc, tenancier de l’Ordre d’obéir à la cour de Nice. Le 29 mai, sur appel du même frère, le juge mage casse une autre sentence rendue par le juge de Nice contre un habitant du Broc, P. Transtour, homme du Temple qui avait frappé Bertrand Canestrier, le commandeur G. Capion affirme à cette occasion les droits de justice de l’Ordre sur ses hommes dans ce castrum. Présent dès 1235 au Broc, le Temple va y exploiter ses biens jusqu’à leur saisie en 1308, avant qu’ils ne soient transmis à la commanderie de Nice des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem. En 1338, l’Hôpital y détient une maison et une chapelle héritées du Temple, 100 séterés de terre cultivée produisant 100 sétiers de méteil, 40 sétiers d’orge, s’y ajoutent 30 fosserées de vigne donnant 20 saumées de vin, 2 souchoirées de pré produisant 20 charges de foin, plus des cens et services représentant la coquette somme de 8 livres et 10 sous en argent, ainsi que plus de 5 saumées de vin. Cette estimation donne une idée du fructueux rapport de cette ancienne possession templière, trente ans après sa saisie. Sur un mamelon dominant la route reliant Le Broc à Bouyon, à trois kilomètres du village, s’élèvent les ruines de la «commanderie ». Il s’agit d’un ensemble récemment répertorié par l’I.P.I.A.M. (Institut de préhistoire et d’archéologie des Alpes Maritimes). Trois bâtiments à étages, disposés en U, délimitent une cour intérieure, des salles voûtées sont encore apparentes aux étages inférieurs. Le bâtiment médian présente une ouverture ronde, formant rosace, orientée vers le Levant, il s’agissait probablement de la chapelle. Ce groupe d’édifices de facture médiévale, désigné comme une commanderie, dut être occupé tour à tour par les deux ordres militaires et religieux, les Templiers d’abord, puis leurs héritiers et successeurs les Hospitaliers. Dressée selon le plan classique d’une commanderie à vocation agricole, cette structure dispose ses corps de bâtiments autour d’une cour centrale fermée par une chapelle, chaque édifice ayant un usage particulier : habitation, étable, écurie, grange, caves, etc… Nous sommes là certainement en présence des restes authentiques de ce qui fut la «maison » de l’Ordre au Broc avec sa chapelle. Ces vestiges sont aujourd’hui en cours de restauration par leur nouveau propriétaire M. Santolaria.
Extrait des travaux de l’Institut de Préhistoire et d’Archéologie Alpes Méditerranée Mémoires, Tome XL, 2000, p. 125-138 Editions IPAAM (Christelle CARRON - Laurence LAUTIER)
A la demande du Service Régional de l'Archéologie, nous avons procédé, en 1998, à une campagne de prospection sur les territoires des communes de Bouyon, du Broc et de Carros. Il n'a pas été effectué de prospections systématiques mais une étude bibliographique puis une vérification sur le terrain nous ont conduites à des découvertes de sites nouveaux.
La Commanderie (x: 987,57 y: 180,55 z : 562) : il s'agit d'un ensemble de trois bâtiments à étages, placés en « U » qui délimitent une cour intérieure. Aux étages inférieurs, des salles voûtées sont encore en place. Sur le bâtiment du milieu, présence d'une ouverture ronde en forme de rosace. Datation: il n'est pas impossible que l'ensemble ou une partie puisse remonter à l'époque médiévale. Cependant, si ce bâtiment a réellement appartenu à un groupe religieux, il est probable qu'il s'agissait des Templiers puis des Hospitaliers qui leur succédèrent.
Le Broc conserve donc les vestiges exceptionnels d’une authentique Commanderie templière, souhaitons qu’ à ce titre ils soient protégés comme un patrimoine historique évident.
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18.11.2007
LES TEMPLIERS DE VENCE AU BROC (1ère partie)
« Lors de leur deuxième incursion, rapporte Tisserand, les Sarrasins se retranchèrent à Gourdon, à Gattières, à Carros, au Broc et au château des Gaudes. Un groupe de ces envahisseurs se fixa au quartier de La Maure, où il créa une colonie en s'unissant avec des femmes du lieu. » Le comte d’Arles Guillaumes et son frère le marquis de Turin Arduin fédèrent les seigneurs locaux dans une sorte de croisade qui aboutit en 972-974, à l’expulsion définitive des Maures de leur repaire du Fraxinet.
Après cette glorieuse épopée, Guillaume dit «le libérateur » assoit son autorité sur une Provence indépendante en prenant le titre de marquis. Mais la menace insidieuse des corsaires musulmans catalans ou andalous, va se poursuivre par des raids surprises sur les côtes des Alpes Maritimes. En 1047, l’île de Lérins est de nouveau dévastée et les jeunes moines sont emmenés en Espagne musulmane. L’incendie criminel de la cathédrale épiscopale d’Antibes en 1125, par les princes opposés à l’évêque, sera mis ensuite au compte des Sarrasins qui, donc, sévissaient encore dans la région. Qui étaient ces pirates enturbannés venus de la mer ? Selon les historiens, des muwallads espagnols convertis à l’Islam ou des mozarabes chrétiens sous domination musulmane du calife de Cordoue.
S’y ajoutaient parfois des apports du Maghreb, comme en 934, quand une flotte arabe, venue d’Afrique et de Sicile, saccage la ville de Gênes.
En Espagne, le roi d’Aragon Jacques le conquérant (1213-1276 ) atténuera le péril par la conquête de Valence et des Baléares. Il en sera de même lors de la reconquête de Murcie en 1243. Mais il faudra attendre 1492, pour voir les musulmans, chassés de leur royaume de Grenade, quitter définitivement l’Espagne. Durant tout le Moyen-Age, les inquiétantes felouques des flottilles sarrasines viendront depuis leurs bases espagnoles razzier sans vergogne le littoral des Alpes Maritimes.
L’apport odieux d’esclaves, femmes et enfants, enlevés sur la côte de Nice à Cannes, va constituer tout au long de ces siècles, un commerce florissant, propre à encourager la répétition d’attaques audacieuses dont il faudra se protéger. Les Templiers vont accomplir la noble tâche de défendre le diocèse de Vence des possibles incursions sarrasines en occupant la Bastide-Saint Laurent, point stratégique admirablement situé sur le piton rocheux du Baou des Blancs, dominant la cité et les collines environnantes, jusqu’à la mer.
Rayonnant depuis cette position fortifiée sur toute la région, l’Ordre va acquérir de nombreux biens alentour, faisant de la commanderie de Vence une maison prospère qui détiendra jusqu’à 88 services dans le diocèse. Sa juridiction va s’étendre géographiquement des hauteurs dominant l’Esteron, jusqu’à la côte, limitée à l’Est par le Var et à l’Ouest par les rives du Loup.
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14.11.2007
LES TEMPLIERS A NICE: L'INSTALLATION
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UN BLOG VIVANT ET INTERACTIF !
Régulièrement mis à jour avec des notes, fruits de patientes recherches, ce blog reflète le passé méconnu, les traditions, la mémoire et la richesse de l’Histoire des Alpes Maritimes. S’il vous intéresse ne manquez pas de l’inscrire dans vos « Favoris » et de le faire connaître autour de vous. http://pays-d-azur.hautetfort.com est votre blog, interrogez la rédaction en adressant vos mails à edmondrossi@orange.fr Votre question recevra chaque fois une réponse. A bientôt !
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07.11.2007
ENTRAUNES : LA BETE DU CHAUDAN
«homo homini lupus » (l’homme est un loup pour l’homme), Plaute
Durant la guerre 39-45, la découverte du cadavre d’un malheureux accidenté dans le vallon du Chaudan, au-dessus d’Entraunes, près des sources du Var, remit en mémoire une étrange histoire qui alimentait autrefois les veillées. Ces assemblées de parents et d’amis, regroupés dans la douce chaleur de l’étable, permettaient à chaque conteur de broder habilement sur une trame souvent ressassée, pour le plus grand plaisir de l’auditoire. Voici une version de cette légende, reprise d’après une relation de René Liautaud, chantre du Val d’Entraunes. Nous étions en août, au creux de l’été 1514 lorsque j’arrivais épuisé devant le presbytère. Venant d’Arles, j’avais marché sans relâche depuis huit jours, pressé de revoir mon oncle, prêtre à Entraunes. Ce brave homme avait tout fait pour me faire étudier et m’encourageait à préparer la prêtrise. D’un coup de tête je venais de tout abandonner. Absorbé par mes pensées, soucieux de l’accueil et des reproches sévères qu’il n’allait pas manquer de m’adresser, j’avançais à grand pas sans rien voir. Après une courte hésitation, je frappais à la porte. Mon oncle apparut, je le reconnus à peine, tant son visage avait changé. De grosses rides barraient son front. Amaigri, la mine triste et le regard inquiet, il s’avança vers moi sans marquer la moindre surprise. Il m’invita simplement à rentrer et à me reposer. Trop heureux de m’en tirer à si bon compte, j’allais m’étendre jusqu’à l’heure du souper. Alors que je décidais de m’expliquer, il m’interrompit presque aussitôt : « Tu es là, as-tu fais bon voyage ? Tant mieux. Dommage que tu arrives à un pareil moment. Ici nous tremblons tous, le malheur est sur le pays. – Pourquoi ? ». Tout en mangeant, il me raconta l’objet de sa contrariété. Cela avait débuté à la fin juin, là-haut sur le chemin du Col le plus fréquenté de la région. Chaque jour, allant et venant de Colmars, bêtes et gens y circulaient, montant ou descendant tout au long des interminables lacets. Mon oncle ajouta : « Nos gens n’osent plus s’y aventurer seuls, ils soutiennent que l’endroit est ensorcelé. – Ensorcelé ? – Oui, ils estiment que le Diable s’est rendu maître du passage depuis que quatre hommes y sont morts, tous au même lieu. Quatre voyageurs solides et vigoureux ! ». L’oncle précisa que les traces de pas des malheureux indiquaient qu’ils avaient tous abandonné le sentier pour dévaler dans un grand pré pentu, finissant sans prévenir sur une falaise dominant la gorge. On n’aurait pas mieux fait si on avait voulu s’y précipiter. Tout cela me paraissait incroyable. Mon oncle poursuivit : « Pour le premier, chacun supposa qu’il s’agissait d’un accident. Prenant un raccourci le pauvre homme avait dû courir et manquer le rebord avant de s‘écraser sur les rochers au fond du vallon. Mais trois jours plus tard, un second mort fut retrouvé à moins d’un pas des traces sanglantes de l’autre ! ». C’en était trop, refusant d’écouter les sages paroles du prêtre qui prêchait le bon sens, les esprits échauffés imputèrent ces crimes au Diable et à ses maléfices. Deux semaines s’écoulèrent ainsi en vains et superstitieux bavardages. Hochant tristement la tête, l’oncle poursuivit : « J’aurais peut-être réussi à ramener le calme, mais hélas, coup sur coup deux autres infortunés chutèrent à leur tour au même endroit…Cela te semble impossible ! Pourtant, quatre déjà qui ont dégringolé dans des circonstances identiques sans raison apparente. C’est à n’y rien comprendre, s’ils avaient suivi le chemin bien tracé et en bon état, rien n’aurait pu leur arriver. Depuis et plus que jamais, le Malin a la part belle. Je n ‘en dors plus, j’en suis malade, il m’arrive même de douter. Pour un prêtre c’est un comble ! ». Le jour suivant, je m’étais assoupi à l’heure chaude, en feuilletant un vieux traité sur l’exorcisme, je fus réveillé par des éclats de voix. Deux villageois venaient prévenir mon oncle : un nouveau corps avait été aperçu dans le vallon maudit, toujours au même endroit. Très vite, nous nous sommes retrouvés quelques-uns, franchissant le passage de la Porte. Personne ne parlait. Plus que jamais, chacun rasait le rocher. Le grand Césaire qui ouvrait la marche, semblait hésitant, l’oncle le dépassa, je le suivis. Brusquement, je vis le cadavre tout en bas, au fond d’une cuvette creusée par les eaux dans les marnes grises. Quelqu’un sembla reconnaître une femme. Malgré l’absence de touffes de genêts ou de buis pour nous accrocher, nous nous sommes lancés dans la pente raide. C’était Amélie Giloux, la nièce d’Angelin de la Frache, une jeune et jolie fille en âge de se marier qui était placée chez le notaire de Colmars. Personne raisonnable et pieuse, habituée des lieux, elle ne pouvait s’être suicidée à la veille de ses noces et encore moins avoir un accident en pareil endroit. Alors plus que jamais, on reparla du Diable. Comme mon oncle s’approchait du corps mutilé pour dire quelques prières avant de l’emporter, on remarqua une longue entaille marquant le cou, de la nuque à la gorge. « Elle a été attaquée et blessée avec un couteau », remarqua quelqu’un. « Elle s’est même défendue », ajouta un autre en retirant une poignée de poils roux des doigts recroquevillés de la pauvre morte. « On croirait des poils de loup ! ». En un sens ces constatations macabres nous rassuraient. Si Amélie s’était battue contre quelque chose de vivant, une sorte de monstre velu qui pouvait se toucher et s’attraper, la menace ne venait plus d’un insaisissable sortilège du Malin. Le soir même, baile et consuls réunis, décidèrent d’organiser de vastes battues aux alentours, depuis le vallon du Bourguet en passant par le Drouit et, de là, vers le Col, la Bouisse jusqu’à l’Aiglières. Les trois jours suivants, tous les hommes valides d’Entraunes, accompagnés des meilleurs chiens de chasse, visitèrent chaque recoin de la montagne sans aucun résultat. Il fallait se rendre à l’évidence, la bête se méfiait et paraissait douée d’astuce et de jugement, n’attaquant qu’à coup sûr, comme le prouvait le sort de ses malheureuses victimes. Aussi semblait-il impossible de la démasquer. Mon oncle me confia qu’il pouvait s’agir d’un loup-garou, moitié homme, moitié animal, comme il en avait entendu parler lorsqu’il débutait jeune prêtre dans les monts du Vivarais. « Ces sortes d’êtres sont insaisissables, car ils peuvent revêtir plusieurs aspects selon les circonstances…Nous n’en avons jamais rencontré par ici, mais qu’envisager d’autre ? ». Décidé comme lui à éclaircir ce mystère, je lui proposais mon idée : « Ici, je suis peu connu et puisqu’il semble en vouloir particulièrement aux voyageurs étrangers, je vais essayer de le débusquer. Etant prévenu du danger et suffisamment alerte, je saurai me défendre mieux qu’un autre ». Deux jours plus tard, après avoir quitté les dernières maisons du village, j’attaquais, appuyé sur un bâton, la rude montée qui mène au Col. Au-delà du passage de la Porte, je ne pus m’empêcher de penser à ceux qui avaient emprunté ce même chemin avant d’être précipités au fond de l’abîme. Attentif au moindre bruit suspect, observant chaque buisson qui pouvait cacher une menace, j’avançais d’un pas rapide, le cœur palpitant. Seul, gagné par la peur, je dus me raisonner plusieurs fois pour ne pas abandonner et faire demi-tour. Après avoir dépassé ces lieux funestes, une autre crainte m’assaillit : et si j’étais suivi ? Alors je pressais encore le pas, si bien que je parvint épuisé au sommet du Col ! Je m’assis enfin pour reprendre mon souffle et j’en profitais pour dénouer le carré de toile qui contenait un morceau de tome et une tranche de pain. Le soleil inondait déjà les crêtes de ses chauds rayons, seule une brume légère couvrait encore le fond de la vallée. Cette courte pause casse-croûte me permit de retrouver mes esprits. Je repartis à travers les prairies qui bordent le Col. Rassuré, je vis bientôt un important troupeau de moutons gardé par un grand escogriffe barbu et deux chiens noirs. Accueilli et escorté par des aboiements rageurs difficilement apaisés, je saluais l’homme qui s’enquit de savoir qui j’étais : « Je suis le neveu du curé, il m’envoie à Colmars pour y chercher quelques médecines…– Bon voyage ! Et retournez avant la nuit, les chemins sont peu sûrs ces temps-ci et moi-même, j’aurais peur sans mes chiens. ». Après l’avoir quitté, j’abordais le col frontière où commençait la descente sur le versant du Verdon à travers la forêt de sapins et de mélèzes. Au milieu de l’après-midi, je remontais, ragaillardi par un déjeuner dans une bonne auberge où j’avais plaisanté avec quelques jeunes qui m’avaient fait oublier le motif de mon voyage. Parvenu au Col, je ne retrouvais plus le troupeau et son berger qui s’était sans doute déplacé vers Chastelonnette. Le soleil baissait et l’ombre gagnait déjà le fond de la vallée. Je hâtais le pas pour arriver avant le crépuscule au passage dangereux. Me sentant léger, je descendais rapidement, coupant les lacets du sentier à travers prés et talus. Dévalant de la sorte, j’atteignis très vite le lieu maudit. Parvenu là, je m’arrêtais anxieux, pendant un long moment pour récupérer mon souffle. Attentif à ce qui pouvait se produire, je me remis en route, en suivant prudemment le chemin. Prêt à toute éventualité, sans quitter mon bâton ferré, je pris mon poignard dans l’autre main. J’avançais lentement, scrutant chaque buisson. Bientôt, je fus arrêté par un étrange barrage constitué de fagots de bois sec coupant le chemin sur une cinquantaine de pas. Curieux ? L’obstacle n’était pas là le matin et, pour l’éviter, il ne me restait plus qu’à descendre droit vers la pente, pour reprendre le sentier plus bas. En quelques enjambées dans la pierraille, j’atteignis mon but. J’allais repartir lorsqu’une énorme bête déboula de sa tanière. Epouvanté, je trébuchais contre une motte d’herbe, me redressant tout aussitôt pour m’enfuir devant l’animal qui, déjà me talonnait. Bondissant en courant, je descendais toujours plus vite pour échapper à la bête, oubliant l’autre danger tout aussi terrifiant : le précipice ! Je réalisais soudain que j’allais parvenir au saut de la mort. J’étais perdu, j’entendais la respiration sifflante du monstre. Les jambes coupées par la peur, je vacillais et perdis l’équilibre roulant déjà vers l’abîme. Dans un ultime sursaut, je plantais mon bâton et me remis sur pieds. Surpris dans sa course, l’autre me dépassa pour s’arrêter plus bas avec difficulté. En un clin d’œil, la situation s’inversait. Armé de mon poignard, je dominais l’énorme bête couverte d’une abondante fourrure rousse. Je remarquais sa grosse tête de loup, sans rapport avec la longueur et le volume de ses pattes. Malgré son aspect inquiétant, ce n’était pas une mauvaise bête, je compris vite que l’horrible accoutrement ne cachait qu’un homme. Cette découverte me rassura, si sa stature était imposante, j’avais l’avantage de la position. Je l’interpellais en m’avançant vers lui. Il resta muet debout sur ces pattes. D’un bond, il plongea dans mes jambes, me renversant sur le sol, j’eus le réflexe de frapper avec mon poignard qui s’enfonça dans l’épaisse fourrure. Le monstre poussa un cri de douleur. Il essaya de m’écraser de tout son poids, je n’arrivais plus à me dégager. Encore une fois, je réussis à plonger la lame dans la masse qui m’étouffait. Entravé dans sa fourrure, soufflant de plus en plus fort, perdant son sang, soudain il se redressa pour s’enfuir. J’essayais de le retenir mais, épuisé, haletant, je suis retombé. A demi-inconscient, j’entendis alors des éclats de voix et je vis sortir d’un peu partout des hommes armés, parmi lesquels je reconnus mon oncle. Déconcerté par cette apparition, le monstre s’élança vers le bas du champ, d’où il sauta sans hésiter dans le gouffre. Lorsque je me suis réveillé dans ma chambre, mon oncle assis près de la fenêtre, lisait son bréviaire. M’entendant bouger, il s’approcha : « Mon pauvre enfant, tu m’as fait peur. Heureusement que nous avions tout combiné avec le baile. Depuis le midi, nous étions tous accroupis dans les buissons au-dessus du chemin. C’est là que nous avons vu le berger barrer le passage avec du bois, nous avons alors compris le piège et ses intentions. Si nous étions intervenus, il aurait prétendu vouloir arrêter ses bêtes. Nous avons donc attendu son retour. Lui seul avait le temps de mettre chaque fois un barrage et de se tenir à l’affût des malheureux. Tu ne peux imaginer le souci que je me faisais en te voyant descendre le sentier et après quand je l’ai vu t’attaquer ! – Crois moi j’ai cru mon dernier moment arriver ! » Dis-je en riant. « Mais pourquoi tous ces crimes inutiles ? – Vas savoir ce qui peut traverser l’esprit d’un homme solitaire, perdu dans la montagne ! …Mais j’ai mon idée. Nous en reparlerons demain après l’enterrement », murmura mon oncle en se levant. La cérémonie rassembla tout le village. L’inquiétude persistait encore quand on eut enterré le pâtre au fond du cimetière dans le carré des hérétiques, des mort-nés et des suicidés. La foule commentait encore ces événements troublants en voyant dans le défunt un serviteur patenté du Démon. Lorsque nous fûmes de retour au presbytère, mon oncle m’entraîna à l’écart dans son jardin, loin des oreilles indiscrètes. Parvenu sous le grand mûrier il me confia : « Pendant la longue attente de ton retour, là-haut sur le chemin, j’ai eu tout le temps de réfléchir. Cet homme ne tuait pas pour voler, il n’agissait pas davantage par vengeance puisque ses victimes étaient presque toutes étrangères au pays. Quel dessein pouvait alors animer son comportement ? Le plaisir de tuer d’un être sans divertissement ? Et pourquoi dans ce lieu déjà nommé le « Saut du Diable » ? Je me suis souvenu que mon père racontait qu’au temps jadis, le vallon du Chaudan servait de lieu de culte aux populations primitives qui peuplaient la vallée. Pour apaiser les forces occultes de la nature, chaque année, au solstice d’été, on y sacrifiait d’innocentes créatures en les précipitant dans le vide. Notre sainte religion a heureusement mis un terme à ces mœurs barbares, nées du paganisme des premiers âges. Vois-tu ce berger inculte n’a fait que reprendre, en digne serviteur de l’obscurantisme, les pratiques d’un temps où le Malin régnait en maître sur les consciences. – Au fond, ajoutais-je, « Le Saut du Diable » mérite toujours son nom.
D’après « Les Aventures du Diable en Pays d’Azur » (Alandis-éditions Cannes), pour commander cet ouvrage illustré et dédicacé de 18 € : téléphoner au 04 93 24 86 55Pour en savoir plus sur un village typique chargé d’anecdotes et d’images du passé : Cliquez sur
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